Nicolas Mainville au International Pellet Industry Forum à BerlinNicolas Mainville au International Pellet Industry Forum à Berlin

Dans un souci grandissant de se départir des énergies fossiles et répondre aux cibles d’énergies renouvelables de 20% pour 2020, les pays Européens se tournent de plus en plus vers le bois pour produire de l’électricité. (Et oui…le bois ! Bienvenue au 18ème siècle…euh je veux dire au 21ème !) Hors les sources de bois étant limités en Europe, le Canada est devenu le principal pays exportateur de granule de bois pour l’Europe, avec une augmentation de 700% des exportations depuis 2002. Jadis produites à partir des résidus d’usine (sciures, écorces, etc.), ces granules sont maintenant faite à partir d’arbres debout, de branches et autre « biomasse » en forêt, augmentant la pression sur nos écosystèmes déjà fragilisés. Ce que Greenpeace dénonce comme la « biomascarade » dans son rapport paru l’an dernier, c’est que de brûler nos forêts pour produire de l’électricité est encore présenté par l’industrie et les gouvernements comme une utilisation de résidus, verte et « carbo-neutre ». Tout ce qu’il y a de plus faux.

C’est pourquoi Greenpeace Canada multiplie les efforts en Europe pour démystifier ce boom de la bioénergie forestière. Cette semaine j'ai été invité à Berlin pour présenter nos préoccupations et rencontrer les grands joueurs de l’industrie des granules. Dans le cadre du International Pellet Industry Forum, Greenpeace a montré que si la bioénergie peut trouver sa place dans le porte-feuille énergétique des États, ce rôle doit rester limité et gérer localement, à petite échelle et à des fins de chauffage. Mais les grands promoteurs voient grand, gros et loin, ce qui mine la crédibilité de cette filière en expansion.

Lundi prochain je serai à la division Européenne de l’ONU à Genève afin d’illustrer les menaces que pose la biomascarade aux forêts en Amérique du Nord et au climat planétaire. En brûlant ces arbres en Europe sous forme de granule, les grandes entreprises d’électricité se retrouve à avoir une empreinte climatique pire que le charbon, et ce pour des décennies. Effectivement brûler du bois libère énormément de CO2, quoi qu’en dise l’industrie, et une dette de carbone pouvant aller jusqu’à 190 ans ne sera repayée qu’une fois ce carbone recapté par les arbres devenus matures.

Pire, transformer ce bois en granule et le transporter  sur de si grandes distances consomme plus de 30 à 40% du contenu énergétique de la granule elle-même avant qu’elle n’arrive à destination dans les grandes centrales électriques en Europe. Comble, les fausses prémisses sur lequel est basé ce boom impliquent qu’aucune émissions de CO2 provenant du bois n’est actuellement comptabilisées en Europe, donnant un incitatif majeur pour les grandes compagnies de charbon à brûler du bois en co-combustion, redorant leur image du même coup mais augmentant tout de même significativement leur empreinte climatique. Quelle mascarade !

Greenpeace sera de plus en plus actif sur cette dérape environnementale qui prend des proportions jusqu’alors inestimées.