Une rizicultrice au travail

L’origine de la bataille contre le riz OGM en Chine remonte à l’arrivée de Greenpeace au pays du soleil levant. La victoire contre la culture du riz transgénique illustre une fois de plus que, même lorsqu’on doit se battre contre des adversaires issus du gouvernement ou des milieux d’affaires, des progrès importants peuvent être accomplis. Nos efforts s’en trouvent ainsi justifiés.

Mais revenons un peu dans le temps et commençons par présenter le monsieur au crâne dégarni. Il s’appelle Sze Pan Cheung, il a 38 ans, et on le surnomme « Kontau », ce qui signifie chauve en cantonais. Il est maintenant Directeur des campagnes chez Greenpeace en Asie du Sud-est.

En 2004, Greenpeace avait monté une équipe composée d’environnementalistes en Chine continentale. Une de leurs premières campagnes consistait à lutter contre l’implantation du riz OGM dans ce pays. Kontau, qui est originaire du Fujian, venait juste de se joindre à l’organisation; il avait appris les différents aspects du métier d’activiste lorsqu’il était étudiant à Hong-Kong. Son visage s’éclaire d’un large sourire au souvenir des balbutiements de Greenpeace en Chine. 

« Nous avions commencé notre campagne à Canton par une tournée de cinq jours en autobus, dit-il. En fait, notre autobus avait plutôt l’air d’un petit camion, et nous n’en étions même pas les propriétaires. Nous l’avions emprunté à une autre ONG chinoise, les "Amis de la nature" ».   

 

« Nous devons au chocolat notre premier succès. Notre équipe avait publié à Canton des résultats d’analyses prouvant que la compagnie suisse Nestlé fabriquait du chocolat en poudre renfermant des ingrédients OGM. Une mère de famille de Shanghai, Eileen Zhu, choquée d’avoir nourri sans le savoir son enfant avec un produit OGM, avait alors poursuivi la compagnie. Les médias s’étaient aussitôt emparés de l’affaire, et le débat public sur les OGM avait commencé. »

On situe les origines de la culture du riz en Chine dans les vallées bordant le fleuve Yang-Tsê Kiang. D’après certaines estimations, elle aurait débuté il y a plus de 7 000 ans. Depuis lors, le riz est devenu une composante incontournable de la vie culturelle et de l’économie de ce pays, la Chine étant le premier producteur et le principal exportateur de riz au niveau mondial. Les millions de riziculteurs qui habitent la campagne chinoise dépendent de cette céréale. De plus, le riz permet de nourrir plus d’un milliard de Chinois et son nom est intimement lié à la cuisine et à la culture chinoises. Une bonne partie du riz chinois provient du Yunnan, au sud-ouest du pays.

En octobre 2004, Kontau et son équipe s’étaient rendus au Yunnan où plusieurs paysans locaux mettaient à profit des méthodes culturales à la fois traditionnelles et durables. Ils avaient prêté des appareils photo aux paysans pour que ceux-ci puissent documenter leur vie quotidienne au milieu des rizières. Ils ont par exemple photographié la culture du riz en synergie avec l’élevage des canards : ces derniers pataugent dans les rizières inondées à la recherche de ravageurs à consommer, tandis que leurs déjections servent de fertilisants. L’utilisation des canards dans les rizières se pratique depuis plus de 2 000 ans.

« C’était une des activités que nous avions réalisées à nos débuts, j’en garde un très bon souvenir », remarque Kontau.

« La tournée avait connu un tel succès qu’on avait décidé d’étendre sur un an la durée du prêt consenti pour les appareils photo. Ce prolongement a rendu possible la création d’un beau livre richement illustré. » *

Mais juste au moment où l’équipe s’apprêtait à se diriger vers le sud, une mauvaise nouvelle leur est parvenue. Des scientifiques chinois avaient fait une demande pour commercialiser quatre variétés OGM de riz chinois.

« J’étais estomaqué » dit Kontau. Bien que la démarche des chercheurs ne signifiait pas que le riz OGM allait être commercialisé de sitôt (bien des étapes auraient d’abord à être franchies), il s’agissait néanmoins d’un pas important vers sa mise en marché.

Pourquoi les OGM sont-ils à éviter ? Le génie génétique permet aux scientifiques de créer des végétaux, des animaux et des micro-organismes en utilisant des manipulations qui ne se produisent pas à l’état naturel. Les organismes génétiquement modifiés (OGM) obtenus se répandent dans la nature où ils se croisent avec les organismes naturels; ceux-ci subissent alors une contamination aux effets imprévisibles et incontrôlables.

Leur dissémination dans l’environnement constitue une « pollution génétique » qui représente une importante menace parce qu’une fois relâchés dans la nature, les plantes OGM ne peuvent plus être récupérés. On compte d’ailleurs plus de 140 cas documentés de cultures contaminées aux OGM depuis dix ans. Une fois échappés dans l’environnement, ils deviennent incontrôlables. En cas de mauvaises récoltes, de dommages à l’environnement, ou si l’on décèle des risques pour la santé humaine, etc., il est impossible de les récupérer.  

* Voir les photos de la tournée dans le Yunan (sous-titre anglais)