Subventions de 345 millions de dollars aux OGM camouflées en mesures environnementales ?

Avez-vous vu l'annonce du gouvernement Harper sur le développement des biocarburants ?

Cette annonce est, dans les faits, une subvention déguisée de 345 millions de dollars aux cultures génétiquement modifiés (GM) suite au rejet croissant des OGM sur les marchés internationaux. De plus, produire des biodiésels avec principalement du maïs et du canola est probablement une des pires options d'un point de vue environnementale, notamment sur la réduction des gas à effect de serre (GES) et le bilan énergétique global. En fait le plan Harper permettrait de réduire de 4 mégatonnes les émissions de GES ce qui représente environ actuellement 0,5 % de toutes les émissions de GES du Canada ! Un montant ridicule lorsque l'on sait que le Canada devrait les réduire d'environ de 30 % pour remplir ses obligations selon le protocole de Kyoto

Il est évident que les bioénergies peuvent faire partie de la solution pour combattre les changements climatiques. Cependant, les bioénergies ne sont pas la solution miracle aux utilisations non-écologiquement durables de l'énergie et doivent être adoptées en combinaison avec d'autres mesures politiques et sociales afin de réduire la consommation d'énergie et pour augmenter l'éfficacité énergétique. En l'absence d'autres mesures pour combattre les changements climatiques, l'annonce du gouvernement Harper n'est que de la poudre au yeux destinés aux électeurs et aux poches des entreprises des biotechnologies comme Monsanto via les agriculteurs.

On devrait appuyer l'utilisation de la biomasse produit d'une manière écologiquement durable pour des générateurs d'électricité et de chaleurs décentralisés et permanents (comme la cogénération ou le biogaz). Certains biodiésels produits à partir de cultures (comme par exemple le panic érigé ou d'autres herbes) peuvent réduire les gas à effet de serre (GES) provenant des transports. Dans tous les case ce devrait être des biodiésels (1) qui ont un bilan énergétique global élévé et une faible teneur en carbonne ; (2) qui sont issus de pratiques agricoles écologiquement durables ; (3) qui ne détruisent pas directement ou indirectement les écosystèmes intacts ; et (4) qui ne menace pas les possibilités d'un pays, spécialement dans le Sud, d'atteindre la sécurité et la souveraineté alimentaire.

Et un commentaire d'un lecteur publié dans Le Soleil, vendredi 22 décembre 2006

Les biocarburants, de la foutaise

Dr Christian Phaneuf, Ph.D.Sc. Cap-Rouge

Récemment, le premier ministre, Stephen Harper nous dévoilait un volet de son «plan vert», assorti de subventions de plusieurs centaines de millions $ et visant à incorporer 10 % d'éthanol à l'essence d'ici 2010.

L'éthanol de biomasse, dont il est question ici, résulte de la fermentation microbienne du sucre ou de l'amidon contenu dans les fruits ou les céréales tels le raisin ou le maïs. L'éthanol, c'est aussi l'alcool du vin, de la bière et... du gros gin que le gouvernement canadien voudrait voir propulser nos voitures.

Si l'utilisation de l'éthanol à des fins bacchiques ne saurait être remise en question, la preuve scientifique de la rentabilité énergétique, économique et environnementale de l'utilisation de l'éthanol comme carburant est loin d'être faite. En effet, produire de l'éthanol en quantité industrielle est un processus complexe, très énergivore, polluant et qui requiert beaucoup de labeur.

Pour commencer, il faut produire, typiquement, du maïs... des quantités phénoménales de maïs, une plante qui a beaucoup de feuillage et peu de grain fermentable. Ce genre de culture requiert des surfaces cultivables importantes, beaucoup d'eau, d'engrais chimique, et de pesticides. Puis, il faut faire fermenter dans un réacteur les grains et distiller le mout obtenu pour en soutirer l'éthanol.

À ce sujet, une étude du Dr David Pimentel du College of Agriculture and Life sciences de l'Université Cornell conclut que le bilan énergétique de l'éthanol est fortement négatif. Pour produire un litre d'éthanol, il faudrait, selon ce chercheur, 29 % plus d'énergie ( en provenance, bien sûr, de carburants fossiles) que l'énergie contenue dans le litre d'éthanol produit !

En outre, le bilan est loin d'être reluisant pour l'environnement. La production d'un litre d'éthanol requiert 1700 litres d'eau douce et rejette dans l'environnement 12 litres d'effluents nocifs (engrais et pesticides).

Il est loin d'être évident que le plan vert Harper bénéficiera à l'environnement et au peuple canadien.

Par contre, ce qui est plus sûr, c'est que les grands capitalistes, les patrons des multinationales céréalières et les grands distillateurs doivent déjà se frotter les mains d'aise à l'annonce des plantureuses subventions gouvernementales (il en faut, car le projet n'est pas rentable...); ainsi que de l'explosion prochaine de la demande (et du prix) des céréales, et aussi de la viande, car les animaux de boucherie sont engraissés avec ces mêmes céréales.

Je suis inquiet pour la démocratie lorsque je vois un gouvernement négliger, escamoter, ou masquer carrément les vrais enjeux pour rendre acceptable à la population un projet douteux. ******

Le jeudi 21 décembre 2006
Ottawa investit dans les biocarburants
Stéphanie Bérubé
La Presse
Ottawa a annoncé hier un investissement de 345 millions de dollars pour favoriser le développement de biocarburants au pays. Fait nouveau, on parle de plus en plus de deuxième génération de carburants verts, ceux qui succéderont à l'éthanol de maïs dont la production est critiquée. Aurons-nous un jour le choix entre un plein d'huile à frites recyclée ou de fumier de moutons?
L'enveloppe fédérale est divisée : 200 millions sur quatre ans iront directement aux producteurs et autres industriels qui voudront construire des usines; 145 millions en recherches et développement, notamment pour mettre en place un réseau de scientifiques qui s'intéressent aux carburants verts.

Les représentants des ministères impliqués ont assuré hier qu'ils ne fermaient la porte à rien. Différents projets de carburants alternatifs, dont certains à base d'huiles végétales, sont présentement à l'étude. Un abattoir québécois travaille même sur un projet-pilote qui lui permettrait de transformer des restes d'animaux en carburants.

«La prochaine génération de biocarburants sera sans aucun doute fabriquée en grande partie à partir de résidus agricoles», a indiqué Laurent Bousquet, de la Coop fédérée, regroupement de producteurs qui se réjouit de cette annonce.

Pas une seule fois, dans le communiqué officiel, on ne retrouve le mot éthanol.

«L'opinion publique se rend compte que derrière l'appellation biocarburant se cachent beaucoup de choses», commente Éric Darier, de Greenpeace. L'organisme s'inquiète particulièrement du fait que la production d'éthanol favoriserait la mise au point de maïs génétiquement modifié.

D'autres groupes craignent aussi que de grandes superficies de la même culture ne favorisent un appauvrissement des terres. Éric Darier est à la fois content qu'il y ait une ouverture de la part d'Ottawa et très prudent parce que les annonces d'hier comportent beaucoup de zones floues.

Effectivement, le représentant du ministre de l'Agriculture fédéral qui répondait aux questions des médias avait, en fait, peu de réponses à donner. On ne sait pas encore où ira l'argent : les décisions seront rendues selon les projets présentés. On ne pouvait pas garantir que les usines qui font de l'éthanol devront obligatoirement s'approvisionner chez les agriculteurs canadiens : les décisions seront prises selon les exigences du marché.

Pas assez

Hier, la ministre de l'Environnement, Rona Ambrose, a confirmé que le gouvernement fédéral allait imposer un contenu de «carburant renouvelable» de 5 % dans l'essence d'ici 2010, puis de 2 % dans le carburant diesel et le fioul domestique d'ici à 2012.

Stéphane Dion n'a pas tardé à critiquer les mesures annoncées hier. Le nouveau chef de l'opposition estime que le gouvernement conservateur ne va pas assez loin et double la mise. Il s'engage à porter à 10 % la part «d'éthanol» dans l'essence et le gazole d'ici à 2010.