« Je dis souvent qu'il ne faut jamais sous-estimer la capacité des gouvernements de se tromper.» Autobiographie de Jean Charest 1998.
Le documentaire Chercher le courant commence par cette réflexion et on se rend vite compte, au fur et à mesure de la descente majestueuse de la Romaine, que cet éclair de lucidité de la part de notre premier ministre ne nous a jamais autant sauté aux yeux.
Hier soir, je suis donc allé voir ce documentaire de Nicolas Boisclair et Alexis de Gheldere, auquel participe Roy Dupuis. J’ai été énormément marqué premièrement par la beauté des lieux, l’une des dernières grandes rivières à l’état naturel au Québec, ensuite par la pertinence et la simplicité de l’argumentaire qui démontre la stupidité de ce projet pharaonique de 8 milliards de dollars sans compter le 1.5 milliards de lignes à haute tension (ceci excluant les dépassements de coût, monnaie courante dans la construction !!). Au fil de l’eau, on voit malheureusement jaillir la non viabilité du projet du point de vue environnemental, mais aussi économique.
Destruction de l’environnement
Quiconque ira voir ce documentaire souhaitera par la suite la préservation de la Romaine. Imaginez : plus de 290 km2 inondés, (50 m de hauteur à certains endroits); la libération de tonnes de méthane (gaz à effet de serre 23 fois plus puissant que le CO2) impactant l’ensemble des espèces marines et notre atmosphère; la segmentation du territoire du Caribou et de nombreuses autres espèces… En bref, la fin d’un paysage sauvage qui sera bientôt sous les eaux et balafré par 4 énormes barrages de béton.
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Oligarchie énergétique
Plus le documentaire avance, plus la seule explication plausible apparaissant clairement est la grande "complicité" existant entre le gouvernement et l’industrie. Cela expliquerait pourquoi, aujourd’hui, le premier ne désire pas enquêter sur le second. Malheureusement en 2011, nous ne sommes toujours pas encore sorti de cette "oligarchie énergétique" où les entrepreneurs et les fonctionnaires sont interchangeables, et utilisent leurs carnets d’adresses pour obtenir de juteux contrats comme celui de la Romaine. Rappelons qu’ Hydroquébec n’a jamais voulu donner d’entrevues à l’équipe du film.
Retour dans le passé
Au milieu des années 90, le gouvernement péquiste de Jacques Parizeau, avec son rapport Pour un Québec efficace issu d’un débat public sur l’énergie (1996), souhaite donner en autre la priorité à l’économie d’énergie afin d’éviter la construction de nouveaux barrages de moins en moins rentables. Et voici qu’arrivent, quelques années plus tard, Lucien Bouchard (Premier ministre du Québec 1996-2001) et André Caillé (président de Hydroquébec 1996-2004) pour saboter ce projet. À cause de cette union entre le premier ministre, Hydro-Québec et les lobbies de la construction, cette belle initiative restera lettre morte et de nouveaux projets hydroélectriques verront le jour. Étrangement, ces deux personnages semblent encore aujourd’hui vouloir nuire à un changement réel dans la stratégie énergétique du Québec, notamment avec le dossier des gaz de schiste.
Vous avez dit interchangeable ?
À diffuser à grande échelle
Il y aurait tant à dire sur ce documentaire, mais sachez que la seule façon d’en apprécier l’ampleur est de foncer le voir! Pour information, vous le trouverez à l’affiche au Cinéma du Parc jusqu’au 17 février. Si vous désirez en prolonger la programmation, il ne tient qu’à vous de manifester votre vif intérêt. Il est donc important de faire la promotion de ce documentaire partout à travers le Québec. Dépêchez-vous de visiter le site de chercher le courant et restez à l’écoute, la protestation ne manquera pas d’enfler tout au long de 2011.