Toujours plus de bateaux pourchassant des populations de thons en déclin constant... 
Concernant l'avenir de nos océans, le consensus règne :si nous voulons du poisson dans un futur pas si lointain, il est impératif de diminuer drastiquement dès maintenant le nombre de thoniers. 

L'industrie le sait, les environnementalistes le savent, les gouvernements et les scientifiques également.

Malgré tout, les flottes de thoniers continuent de grossir démesurément. La Fondation Internationale pour le développement durable des ressources de la mer (ISSF), dont la majeure partie des membres (80%) se trouve être composée de compagnies internationales d’exploitation du thon, affirme pourtant que l’industrie s'est engagée à changer.

L’ISSF a évidemment les moyens de promouvoir des changements au sein de cette puissante industrie. En dépit de cette capacité, le regroupement des compagnies de pêche, de transformation et de vente du thon a fait l’annonce surprenante qu’il s’autorisait six mois supplémentaires pour élargir sa flotte et commander plus de thoniers.

Ainsi, au lieu de prendre des mesures pour sauver nos océans et assurer l'approvisionnement de thon, l'industrie ne parle que de « limiter la croissance » des flottes de pêche.


Il est évident que la capacité de pêche ne se mesure pas en fonction du nombre de bateaux, mais plutôt selon la capacité de capture de chacun des navires. L’annonce qui a été faite ne fait pas mention des dispositifs de concentration de poissons (DCP) utilisés pour multiplier les prises, pas plus qu'elle ne parle de limiter leur utilisation. En raison de leur efficacité, ces dispositifs, non seulement aggrave le déclin des populations de thons, mais augmentent considérablement le taux de prises accessoires
- les captures accidentelles de thons juvéniles, requin, tortues marines et d'autres espèces.

Est-ce que le but de cette nouvelle résolution de l’ISSF est d'agir d'une quelconque manière sur le problème de la surpêche ou n'est-ce dans le fond qu'une façon de s'incliner devant les intérêts à court terme de l'industrie ?

La compagnie espagnole Albacora, propriétaire des plus imposants navires du monde (Albatun Uno et Albatun Tres) qui utilisent le système de senne coulissante1 , planifie la construction de deux navires similaires pour la somme de 24 millions d’euros. Les industries thonières française et de Corée du Nord ont procédé à des annonces semblables récemment.

L’industrie du thon semble vouloir cultiver le secret le plus total autour de son plan d'action pour augmenter les capacités de pêche pour les années à venir.

L’ISSF se réfugie derrière une résolution vide de sens et a échoué à fournir une liste publique des navires que ses membres prévoient construire d'ici 2015, donannt des détails les constructeurs de ces navires-usines et leurs futures zones de pêche.

Jusqu'à présent, nous n'avons pas eu la chance de voir un plan concret prévoyant la diminution des flottes de pêche des membres de l’ISSF. Pas plus qu'une carte précise des zones où opèrent les bateaux utilisant des sennes coulissantes, méthode de pêche requérant des DCP. Pourtant, des compagnies membres de l'ISSF ont annoncé vouloir équiper leur bateaux par de telles installations d’ici 2016.

Des milliards de personnes dépendent des océans pour se nourrir et travailler. Ce dont ces gens ont besoin, c’est d'un plan qui éliminera de nos océans les navires-usines qui vident et détruisent nos océans.

Il est plus que temps pour l’ISSF d’en prendre conscience et de passer à l'action pour le bien et l'avenir de tous.

1 Dispositif néfaste pour les espèces voisin des thons, car il augmente les prises des espèces non souhaités et réduit la viabilité de l’écosystème marin.