Nouvelle étude sur la biomasse forestière

La biomasse pire que le charbon...

Par Nicolas Mainville, responsable de la campagne forêt

Un sujet chaud de ces temps-ci: brûler la forêt pour produire de l’énergie. La filière de la biomasse forestière à des fins énergétiques reçoit de plus en plus d’attention car elle permet de diversifier le portefeuille des exploitants forestiers et d’occuper un marché énergétique en recherche de nouvelles avenues pour l’ère post-pétrole.

Le concept est louable. Les arbres poussent et captent du carbone grâce à la photosynthèse, on les coupe, les déchiquette, les brûle (en partie ou entièrement), relibère ce carbone pendant que d’autres arbres repoussent à leur place. Voilà une forme d’énergie renouvelable et un beau cycle qui se mérite la fabuleuse étampe « carbo-neutre » par les promoteurs de cette filière. C’est magique! Brûler du bois est tout d’un coup une solution miracle...et en plus c’est bio!

Le hic, c’est que si ce cycle était vraiment « carbo-neutre », 50, 75, 100 ou même 150 ans seraient nécessaires pour compléter le cycle, dépendamment de la région où a été récolté le bois et le temps nécessaire à la forêt pour se régénérer (si bien aménagée). De plus, le bois, en plus d’être partie intégrale d’un écosystème forestier complexe, est une source d’énergie préhistorique, la moins dense qui soit. Pour produire une unité d’énergie, on a besoin en moyenne de 10 fois plus de biomasse (copeaux) que de mazout, ce qui implique évidemment plus de transport, de transformation...et d’émissions de GES qui nous éloignent grandement par le fait même du scénario « carbo-neutre ».

Alors que les scientifiques contredisent ce précepte de la « carbo-neutralité » depuis des années, une nouvelle étude du Manomet Center for Conservation Sciences du Massachusetts viens renforcer leurs dires et révèle que l’engouement pour la biomasse risque de compromettre les cibles de réduction des GES fixées pour 2020, et même celles de 2050.

En faisant une analyse complète du cycle de vie de la filière (une des premières en la matière), l’étude produite pour le compte de l’État montre que de brûler de la biomasse en remplacement du gaz naturel, du pétrole ou du charbon libère beaucoup plus de CO2 que ces énergies fossiles et sera pire pour le climat pendant plusieurs décennies pour ce qui est de la production de chaleur (chauffage industriel par exemple) et jusqu’à plus d’un siècle pour la production d’électricité.

Un siècle pour voir quelconque bénéfice climatique face à une transition d’une énergie fossile jusqu’à la biomasse!...ça me semble plutôt long quand l’on sait que l’urgence d’agir face aux changements climatiques est palpable. Si la biomasse présente certaines opportunités à petite échelle, pour le chauffage commercial et institutionnel en région par exemple, la production d’électricité comme en font la promotion Hydro-Québec et le gouvernement Charest va en sens contraire de la lutte aux changements climatiques...

De mon regard de personne qui voit dans la forêt beaucoup plus que des mètres cubes de bois ou des kilowatts d’électricité, il est grand temps que l’on retire cette filière des options vertes et que l’on se penche sur les vraies solutions, soient l’efficacité énergétique, l’éolien, le solaire, la géothermie et surtout...la diminution de la consommation énergétique.

L’étude est téléchargeable ici:

http://www.manomet.org/node/322

Voici quelques articles parus sur la question:

New York Times:
http://www.nytimes.com/2010/06/19/science/earth/19biomass.html
Boston Globe
http://www.boston.com/lifestyle/green/greenblog/2010/06/wood_burning_power_plants_may.html
Associated Press
http://www.google.com/hostednews/ap/article/ALeqM5gfe69Woon_43mEJbvRsdEmOc2GkgD9G8N55O0
Boston Buisness Journal
http://www.bizjournals.com/boston/stories/2010/06/07/daily40.html?ana=e_du_pap