L’expression choc et stupeur (en anglais « Shock and Awe ») décrit une doctrine militaire américaine énoncée en 1996 et appliquée lors de l’invasion de l’Irak en 2003.  Elle consiste en l’écrasement de l’ennemi à travers « l’emploi d’une très grande puissance de feu, la domination du champ de bataille, et des démonstrations de force spectaculaires pour paralyser la perception du champ de bataille par l’adversaire et annihiler sa volonté de combattre ».

Cette doctrine militaire a été reprise dans les stratégies politiques, notamment par la droite américaine, et au Canada, par le gouvernement Harper. Comment cette stratégie fonctionne-t-elle en politique? Par le démantèlement brutal de 50 ans de législations environnementales introduit par le budget 2012 ou le retrait sans consultation du Protocole de Kyoto, ajouté à de dures attaques, démesurées et répétées, contre les organisations environnementales allant jusqu’à les accuser de « blanchir » de l’argent (comme l’a fait Peter Kent tout récemment), sont des exemples de la mise en pratique de cette stratégie du choc.

En effet, cette approche permet non seulement de solidifier et mobiliser la base électorale conservatrice, mais aussi de créer un effet de choc et d’effroi chez ceux qui n’appuient pas le gouvernement, avec l’objectif évident de « paralyser la perception du champ de bataille par l’adversaire et annihiler sa volonté de combattre ».

Diversion pour camoufler ses vraies intentions

Mais comme dans toute bataille militaire, souvent il faut utiliser la diversion pour « paralyser la perception du vrai champ de bataille par l’adversaire ».  Mais quel est donc le vrai champ de bataille si ce n’est...  le budget ?  Il s’agit en fait de faire taire l’opposition et les craintes légitimes liées à l’expansion de l’exploitation des sables bitumineux, des oléoducs et plus généralement des ressources naturelles (mines notamment).

La stratégie « choc et stupeur » permet au gouvernement Harper d’éviter un débat social sur le fait qu’il existe des alternatives au développement des énergies sales. La quasi-abolition de l’évaluation environnementale fédérale par le gouvernement illustre parfaitement cette idée du choc et de la stupeur dont le but est, comme dans le domaine militaire, d’annihiler la volonté des opposants.

Résister au choc

Comme dans la plupart des doctrines militaires, y compris celle dont il est question ici, une grande partie se base sur la manipulation de la perception des opposants. S’ils pensent que la bataille est perdue, ils penseront aussi qu’il ne sert à rien de se battre. C’est justement l’objectif du gouvernement Harper. Mais la manœuvre politique inclut aussi beaucoup de bluff et cela ne marche pas toujours. Le bluff et l’intensité des attaques sont probablement inversement proportionnels à la confiance réelle que s’acorde le gouvernement envers ses capacités à convaincre les citoyens.

Rappelons que les conservateurs n’ont reçu que 39.62 % des votes en 2011, si on inclut le taux d’abstention de près de 39 %, c’est moins d’un adulte sur quatre qui a voté pour les conservateurs d’Harper. On est loin d’un raz de marée ou d’un mandat clair et légitime pour mettre en place les politiques du gouvernement.  Et ça, le gouvernement le sait. C’est pour cela qu’à travers les attaques systématiques contre les groupes environnementaux et autochtones, le gouvernement s’attaque aux trois quarts des citoyens au Canada qui ont osé ne pas appuyer les candidats conservateurs en 2011. Par conséquent, la mise en pratique de la stratégie choc et effroi est aussi une fuite en avant pour tenter de faire oublier le manque d’appui majoritaire réel du gouvernement.       

C’est à nous tous de dire NON! Ça suffit! Vaincre sa peur est la première étape. C’est à nous de dire que grâce à l’efficacité énergétique et aux énergies renouvelables et écologiques, le pays peut faire la transition vers un avenir sans énergies fossiles ou nucléaire, vers une économie verte et une société plus juste.

Cependant, il faut résister aux provocations violentes du gouvernement Harper en refusant d’entrer dans la spirale du choc et de l’effroi et répondre, au contraire, par la volonté et la détermination du nombre. C’est pour cela que Greenpeace, comme c'est le cas depuis plus de 40 ans, continuera de mobiliser la population par la désobéissance civile non violente

Vous pouvez aussi participer à ce mouvement non violent, pour la victoire de la vie et de la démocratie sur l’écocide accéléré mis en place par le gouvernement Harper. Vous pouvez aussi faire un don à Greenpeace. Donnons-nous les moyens de dire : « Ça suffit! »