La surpêche et la menace qu'elle fait peser sur nos océans sont le sujet d'un dossier-choc paru dans le magazine L'actualité du mois d'août 2013. Cet enjeu, qui ne cesse de prendre de l’ampleur, a conduit le mensuel québécois à faire une grande enquête sur ce que représente véritablement la notion de « pêche durable » et sur la raison pour laquelle celle-ci est primordiale pour la survie de nos écosystèmes marins.

Au cours de ses recherches, la journaliste Valérie Borde m’a contacté pour discuter des océans, de la pêche industrielle qui met en danger leur santé, et du marché des aliments de la mer qui, mieux vaut tard que jamais, est aujourd’hui en pleine transformation.

Certifications, écolabels, comment s'y retrouver?

Il est vrai que, de prime abord, s'y reconnaitre dans le monde des certifications et de l’écoétiquetage n’est pas toujours évident. Nous ne sommes pas encore convaincus que les consommateurs peuvent avoir une confiance totale envers les multiples certifications dites « durables » accolées aux produits de la mer. Même si ces nouveaux outils représentent, en général, un pas dans la bonne direction, se fier seulement aux logos apposés sur les aliments peut amener les consommateurs à faire de mauvais choix pour l’environnement.

Ce qui est le cas par exemple de l’espadon provenant de la côte est canadienne, capturé à la palangre, une méthode de pêche pas si durable. Bien qu’elle soit certifiée Marine Stewardship Council (MSC), cette méthode engendre de très grosses captures de prises accessoires (ou prises accidentelles). Il a été démontré que pour chaque espadon capturé, cinq requins finissent également par être pêchés avant d'être rejetés à la mer, morts ou agonisants. Rappelons ici que les requins sont des espèces très importantes pour l'équilibre écosystémique marin et qu'ils sont de plus en plus en danger de disparition en raison d'une mauvaise gestion des pêcheries et d'un gaspillage flagrant.

Ces faits minent la crédibilité des certifications. C'est ce qui nous avait poussé à signer une lettre avec plusieurs autres groupes environnementaux dénonçant le manque d'impacts positifs de cette pêcherie.

Là, vous vous dites : quelle est donc la solution? Que proposez-vous?

Les solutions que nous avançons prônent davantage la mise en place d'outils de contrôle de chaque détaillant, comme des politiques d'approvisionnement. Les compagnies doivent dès maintenant prendre leurs responsabilités en s’assurant que les poissons qu’elles vendent proviennent de pêcheries utilisant des méthodes de pêche durables. De notre point de vue, le fait que les détaillants vendent des poissons issus de pêcheries certifiées n’est pas suffisant. Ils doivent aussi mettre en place des politiques et des mécanismes internes qui leur permettent d’assurer la traçabilité complète de leurs aliments, c'est-à-dire être capable de savoir exactement où et comment le poisson a été pêché.

Place à l'amélioration

Pour protéger les océans de la surpêche, de la pêche illégale et de la pêche destructive, chaque année, Greenpeace classe les supermarchés canadiens et les marques canadiennes de thon en conserve selon plusieurs critères de durabilités. Ces outils permettent non seulement aux consommateurs d'y voir plus clair et de faire de meilleurs choix, mais aussi l'amélioration des politiques d'approvisionnement des compagnies. Depuis le début de notre campagne pour des aliments de la mer plus durables, nous avons vu de grands changements se réaliser au sein des compagnies visées.

En 2008, aucun supermarché au Canada n’avait de politiques concernant les aliments de la mer et seulement la moitié d'entre eux avaient répondu à nos demandes d’information. Avec l’appui de nos membres et militants, nous avons été en mesure de faire pression sur ces compagnies. Le résultat est qu'aujourd’hui nous pouvons être fiers de dire que toutes les grandes chaines de supermarchés canadiennes sont maintenant dotées d'une politique d’approvisionnement durable pour leurs aliments de la mer.

Il y a encore beaucoup de travail à faire avant que le marché canadien puisse être déclaré durable, mais avec le soutien des consommateurs Québécois et Québécoises conscientisé(e)s nous sommes sur la bonne voie.

Classement du thon durable 2013

Classement des supermarchés 2012

 

C’est encourageant de voir une attention particulière portée sur ce sujet, à tel point qu'il fait la une d’un magazine d’actualité. Encourageant, car il s'agit d'un enjeu sur lequel les Québécois et Québécoises peuvent agir en posant des gestes concrets.  Il est important de se rappeler que lorsque nous achetons des aliments, ce n’est pas un geste anodin, mais un acte avec des répercussions importantes pour l'avenir de notre planète. 

Cette édition du magazine de L’actualité sera en kiosque et en ligne jusqu’au 9 août.