D'après un article de la Presse canadienne, l'agriculture biologique à grande échelle ne nuirait pas à l'approvisionnement global. C'est que des chercheurs démontrent dans le cadre d'une conférence des Nations-Unies. Et oui la vraie révolution verte est faisable ! Allez le dire à la Commission sur l'avenir de l'agriculture et de l'alimentation.

Une conversion à grande échelle à l'agriculture "bio" ne nuirait pas à l'approvisionnement global, selon de nouvelles recherches

Presse Canadienne

PAR NICOLE WINFIELD

ROME (AP) -- L'agriculture "bio", longtemps considérée comme un segment de marché marginal ciblant les consommateurs les plus aisés, pourrait en fait devenir déterminante pour le combat contre la malnutrition et pour l'environnement, estiment des chercheurs européens à l'issue d'une conférence internationale organisée cette semaine à Rome sous l'égide des Nations unies.

Une conversion aux pratiques biologiques des agricultures conventionnelles à échelle industrielle, associées aux engrais et aux pesticides, pourrait dans un premier temps faire chuter les récoltes de 50%. Même si de telles conséquences sont souvent atténuées dans le temps, cette perspective a tenu l'agriculture biologique à l'écart des débats sur la malnutrition dans le monde.

Des chercheurs danois affirment cependant qu'un basculement vers le bio de la moitié des exploitations agricoles des régions exportatrices de produits alimentaires en Europe et en Amérique du nord d'ici 2020 n'aurait pas d'effets négatifs importants sur la sécurité alimentaire des pays de l'Afrique sub-saharienne.

La production alimentaire globale baisserait, mais cette baisse par culture individuelle ne serait pas aussi importante qu'estimée auparavant. Et la hausse des prix des produits alimentaires au niveau mondial qui s'en suivrait pourrait être compensée par l'amélioration de la qualité des terres et d'autres avantages liés à la culture biologique, ont conclu ces chercheurs.

Un telle conversion au bio dans les pays d'Afrique sub-saharienne pourrait de son côté pallier la malnutrition dans la région en réduisant la dépendance aux importations, a déclaré Niels Halberg du Centre de recherche danois pour les aliments et l'agriculture biologiques, qui se prononçait lors de la Conférence internationale sur l'agriculture biologique et la sécurité alimentaire, organisée à Rome au siège de l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO).

De leur côté, les agriculteurs convertis au biologique profiteraient d'une baisse du prix de production en raison de l'abandon des engrais coûteux et cultiveraient des aliments plus divers et plus résistants.

Alexander Muller, sous-directeur général à la FAO en charge du développement durable, a salué le rapport des chercheurs danois. Il a noté que le nombre de personnes souffrant de malnutrition dans le monde était amené à augmenter et que les effets du changement climatique nuiraient avant tout aux pauvres, en concluant qu'une "conversion à l'agriculture biologique pourrait être bénéfique".

De son côté, Nadia El-Hage Scialabba de la FAO a déclaré que d'autres projections indiquaient que l'agriculture biologique avait la capacité de produire assez de nourriture pour la population actuelle de la Terre.

"Ces modèles suggèrent que l'agriculture biologique a le potentiel d'assurer un approvisionnement global en nourriture, comme l'agriculture conventionnelle aujourd'hui, mais avec des impacts écologiques réduits", a-t-elle estimé dans un texte présenté à la conférence, soulignant cependant qu'il ne s'agissait pour l'instant que de simulations.

Les Nations unies définissent l'agriculture biologique comme un système alimentaire global dont est exclue l'utilisation d'engrais chimiques et de pesticides, et qui minimise la pollution et optimise la santé des végétaux, des animaux et des humains. Selon Mme Scialabba, le "bio" est présent dans 120 pays et représentait l'année dernière un marché de 40 milliards de dollars.