La directrice générale de Greenpeace Allemagne, Brigitte Behrens, nous fait part de ses réflexions au sujet de la décision du Parlement allemand de mettre progressivement hors service ses centrales nucléaires. Cette décision est importante non seulement pour l’Allemagne, mais elle a aussi valeur d’exemple pour les autres pays utilisateurs de l’énergie atomique.
Il s’agit d’un vote historique non seulement parce qu’il prévoit l’élimination progressive d’ici 2022 de tous les réacteurs nucléaires du pays, mais surtout parce qu’il souligne la volonté du Parlement allemand d’effectuer un virage vers les énergies renouvelables en tant que sources de remplacement à l’atome. Le projet de loi a été adopté par une écrasante majorité, soit 513 voix en faveur, 79 contre et 8 abstentions. Le résultat est compatible avec l’objectif allemand de réduire de 40 % d’ici 2020 les émissions de CO2 par rapport à 1990; point important, la loi prévoit aussi une baisse significative de l’utilisation du charbon.
Le train de mesures inclus dans la loi envoie un très important signal à l’univers : l’Allemagne est convaincue qu’il faut soutenir les énergies renouvelables et l’efficacité énergétique, car celles-ci sauront favoriser non seulement la durabilité des espèces présentes sur notre planète, mais aussi la durabilité de l’économie de demain. La décision du gouvernement est porteuse de création d’emplois et de succès économique, c’est pourquoi les syndicats ouvriers appuient la démarche du Parlement, y compris les plus importants syndicats des travailleurs du métal.
Chose importante, la loi prévoyant la sortie progressive du nucléaire va s’accompagner d’autres lois qui garantiront le passage aux énergies renouvelables. La législation favorisera notamment l’accélération des investissements dans de nouveaux réseaux de distribution, une efficacité énergétique accrue; la promotion de l’énergie éolienne terrestre et une révision de la tarification incitative pour favoriser l’électricité renouvelable.
On procédera aux mises hors service selon les étapes suivantes : huit réacteurs nucléaires interrompus depuis mars 2011, en raison d’un moratoire dont l’instauration est liée à la catastrophe de Fukushima, ne seront pas redémarrés; ils seront progressivement désaffectés. Cette mise au rancart est une excellente nouvelle, car il s’agit des plus vieux réacteurs, ceux dont l’utilisation comporte le plus de risques. Les neuf autres réacteurs seront progressivement mis hors service d’ici 2022.
Heureusement, les dates de suppression graduelle sont fixes et il n’existe pas d’échappatoires qui permettraient de prolonger la durée des réacteurs. Cette certitude va évidemment favoriser les investissements dans le secteur des énergies renouvelables, en plus d’éliminer les incertitudes inhérentes à la planification de nouveaux réseaux.
Nous déplorons cependant le fait que les réacteurs plus récents pourront continuer à fonctionner jusqu’en 2022. Cela signifie onze années durant lesquelles les populations et l’environnement seront soumis à des risques inutiles. Nous avions pourtant démontré dans notre scénario énergétique que l’élimination totale des centrales pouvait être réalisée d’ici 2015. De plus, une autre question cruciale demeure en suspens : que faire avec toutes ces piles de déchets nucléaires inquiétants, accumulés pendant des années en raison de la dépendance de l’Allemagne envers la filière nucléaire ? Aucune solution acceptable n’a encore été trouvée.
Il n’en reste pas moins que l’avenir paraît bien plus prometteur qu’à l’automne 2010, lorsque le gouvernement avait non seulement annulé une décision antérieure ordonnant l’élimination progressive de l’énergie nucléaire, mais aussi proposé de prolonger la durée de vie des réacteurs atomiques de 12 ans en moyenne, jusqu’en 2032, avec d’autres échappatoires pour couronner le tout. Puis il y eut la catastrophe de Fukushima. Le désastre a bouleversé non seulement les Allemands, mais aussi certains personnages politiques appartenant à l’équipe au pouvoir, dont la chancelière Angela Merkel.
Depuis le 11 mars 2011, notre personnel permanent et nos bénévoles ont distribué sans relâche des informations sur les accidents catastrophiques de Fukushima, et ils ont aussi saisi cette occasion historique qui nous est donnée de promouvoir la révolution énergétique en Allemagne. Nous avons publié plusieurs études, mis de l'avant une version vulgarisée de notre scénario énergétique, réalisé notre plus grande mobilisation à ce jour, et nos efforts ont été récompensés ! Espérons que le message que l'Allemagne lance à la planète favorisera l'adoption de la révolution énergétique dans le monde entier !
Pour plus d’infos :
Le rapport de Greenpeace Allemagne explique comment se passer du nucléaire d'ici 2015
La situation à Fukushima après 4 mois
Risques liés à l'exploitation des centrales nucléaires CANDU-6
Traduction de l’anglais : Louis Teasdale