Hier, Enbridge débarquait en commission parlementaire pour vendre son projet de pipeline de sables bitumineux. Il s'agit d'une nouvelle offensive de la part de la compagnie responsable du plus gros déversement pétrolier en sol américain. Après avoir inondé le Québec de publicités vantant les mérites du pétrole d'«ici», après avoir fait la tournée des villes traversées par la Ligne 9 pour couvrir certains élus municipaux de « cadeaux » (tout en refusant de rencontrer les citoyens à micro-ouverts), Enbridge a aussi participé à l’audience non-crédible et non-démocratique de l’Office national de l’Énergie qui s'est tenue au mois d'octobre à Montréal.

Le cirque des lobbyistes

Le cirque Enbridge a donc fait route jusqu'à Québec où la compagnie présentait son projet devant un gouvernement presque déjà conquis par ce nouveau numéro de haute voltige.

Il faut dire que ce n’est pas la première visite d’Enbridge à Québec, elle qui a engagé plusieurs lobbyistes pour assiéger les bureaux des représentants du gouvernement de manière à « favoriser le processus d’acceptabilité sociale ». Sont venus s'ajouter à ces clowns tristes les lobbyistes des Chambres de commerce et de l'industrie du pétrole qui mettent tout leur poids pour pousser le projet de pipeline Ligne 9 et faire oublier la véritable nature du projet, les risques de déversements et la mauvaise réputation d’Enbridge.

Trois éléphants dans le salon bleu

Tout bon cirque possède un ou plusieurs éléphants, et cette commission parlementaire ne fait pas exception. Nous sommes bien sûr à des années lumières de ce qu'est une véritable évaluation environnementale.

Le premier « éléphant dans le salon bleu», c’est la question des changements climatiques et de l’expansion des sables bitumineux qui requiert l'augmentation de la capacité de transport du pétrole sale. Personne à Québec, pas même Yves-François Blanchet, le ministre de l’"Économie"(ou de l’Environnement, on ne sais plus) ne veut parler du fait que, sur l’ensemble de son cycle de vie, ce pétrole sale émet près de 20% plus de gaz à effet de serre (GES) que les pétroles conventionnels.

Si Québec choisi d’ouvrir les vannes au pétrole de l’Ouest, cela augmentera la demande et s’ensuivra inévitablement une augmentation de la production. Or, on ne peut ignorer cet enjeu, surtout après la récente publication du rapport du GIEC  venue nous rappeler l’urgence de réduire nos émissions de GES.

Mais faisons tout de suite entrer le deuxième éléphant dans l'arène. Qu'en est-il de l'importance qu'Enbridge accorde à la sécurité de ses pipelines? C'est un fait, la pipelinière Enbridge est devenue la championne des déversements de pétrole en Amérique du Nord. En moyenne, la compagnie jongle avec une moyenne de 65 déversements par années depuis les 12 dernières années (1999 à 2010 inclusivement), pour un total estimé de 25 554 238 litres de pétrole déversés. Vous ne rêvez pas : plus de 25 millions de litres déversés dans la nature ou au sein de nos communautés, comme à Terrebonne il n'y a pas si longtemps. 

Enbridge se dit maintenant « humble »  suite à son déversement de juillet 2010, au Michigan, le plus important déversement d’hydrocarbures en sol états-uniens, dans la rivière Kalamazoo. Plus de 4,3 millions de litres déversés! Trois ans après l’accident, l’Agence de Protection Environnementale américaine (EPA) exigeait d'Enbridge qu'elle termine le nettoyage alors qu’environ 720 000 litres de pétrole en provenance de la fuite de la ligne 6B se trouvent encore dans les sédiments de la rivière.

Mais c'est alors que le troisième éléphant entre en scène : l’absence de discussions sur les alternatives et moyens qui permettraient de réduire la consommation de pétrole au Québec. Même pas 6 mois après la tragédie de Lac-Mégantic, la question de la dépendance au pétrole apparait de nouveau comme la grande absente du débat. Pourtant, le gouvernement du Parti Québécois s’est doté d’objectif de réduction de la consommation de pétrole de -30% d’ici 2020 et de -60%. Là il nous est permis de nous questionner. Nous sommes bientôt en 2014, 2020 c'est dans six ans. Si l'inversion du pipeline d'Enbridge est approuvée pour permettre l'exportation à l'international, le pipeline de TransCanada et son port pétrolier devrait l'être aussi et opérationnel à l'horizon 2017. Rien ne dit que les projets s'arrêteront là.

La question est, en ouvrant la porte au pétrole de l'ouest et en laissant des millions de barils de pétrole transiter à travers la province, comment le gouvernement de Québec compte-t-il atteindre son objectif autrefois prometteur de 30% de réduction? Cette logique nous échappe, à moins qu'il ne s'agisse d'un nouveau numéro de trapèze...
Mais soyons sérieux. Comment se fait-il que le gouvernement n’ait toujours aucun plan crédible pour atteindre cet objectif? Qu'en est-il de la réduction de nos émissions de GES de 25% d’ici 2020 par rapport à l’année 1990? Une chose est sûre, le gouvernement va avoir des comptes à rendre à la population.

L’absence d’une véritable évaluation environnementale sur le projet de pipeline de sables bitumineux et d’une consultation de la population est une honte que devra porter le gouvernment péquiste s'il ne change pas de stratégie. Mais nous y reviendrons... 

D'ici là, que le spectacle commence!

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