Une bonne entrevue dans le magazine français Marianne avec Bruno Rebelle qui est aussi l'ancien directeur des campagnes à Greenpeace International. Ici au Québec, toute l'agriculture bio reçoit annuellement 1 million de dollars alors que l'agriculture industrialisée, chimique et OGM recoit directement ou indirectement des centaines de millions de dollars de Québec et d'Ottawa. Et on ne parle pas de l'exemption du secteur agricole de nouvelles mesures environnementales jusqu'en 2010 signée par le gouvernement Charest avec l'Union des producteurs agricoles !

MarianneBruno Rebelle : Le droit d'entreprendre existe aussi pour les agriculteurs bio

L'ancien conseiller environnement de Ségolène Royal, également ex-directeur de Greenpeace France, donne sa lecture du conflit qui oppose pro et anti-OGM. Selon lui, les agriculteurs sont les premières victimes d'une législation nébuleuse sur le sujet.

La tension n'a cessé de monter, cet été, entre faucheurs volontaires et agriculteurs, jusqu'au suicide d'un cultivateur du Lot qui avait semé du maïs transgénique en cachette. Ce week-end, pro et anti-OGM ont défilé en Ariège, chacun dans son coin, pour défendre leurs convictions. Mais l'actualité de ce débat laisse découvrir, parallèlement, de curieuses méthodes employées de part et d'autre. Tandis que certains agriculteurs des OGM s'efforcent de ne pas se faire repérer, des « brigades vertes » de Greenpeace les traquent inlassablement, cherchant à identifier les cultures suspectes. Bien souvent, quelques jours plus tard, les faucheurs volontaires s'en prennent aux champs ainsi repérés. Pourquoi ce manège ? Qu'est-ce qui justifie de telles méthodes ? Bruno Rebelle, ex-conseiller de Ségolène Royal en matière d'environnement, et ancien directeur de Greenpeace France, interprète ces évènements pour Marianne2007.info.
Marianne2007.info : Quel est le rôle des « brigades vertes » de Greenpeace ? Bruno Rebelle : Avant d'évoquer ce sujet, il faut savoir que la réglementation européenne impose au gouvernement de rendre publiques les parcelles sur lesquelles sont cultivés des OGM. Peu avant l'élection présidentielle, le ministère de l'Agriculture avait publié une carte sur son site Web. Greenpeace s'est empressé de faire un lien sur cette carte, pour la faire connaître. Mais très vite, le ministère l'a fait disparaître, en dépit de son devoir d'information. Greenpeace a donc mis en place un réseau de détectives, qui vont sur le terrain pour localiser les cultures génétiquement modifiées. Ces « brigades vertes » ne sont pas directement liées aux faucheurs volontaires. Leur but est simplement de rendre publique une information qui devrait l'être de toute façon.Les agriculteurs ne cultivent-ils pas des OGM en secret par crainte des fauchages ? Non, c'est avant tout parce qu'il existe une énorme tension sociale sur le sujet entre agriculteurs. Je vous donne un exemple : un agriculteur du Gers élève des canards nourris au maïs bio. Il tient à son label, qui garantit la qualité de ses produits. Mais admettons que, juste à côté, un autre agriculteur cultive du maïs génétiquement modifié. La proximité des deux cultures créée un risque de contamination de la culture bio par les OGM, ce qui peut faire perdre son label à l'agriculteur bio. Soit ces voisins s'entendent, et le cultivateur d'OGM promet, par exemple, de racheter la production du cultivateur bio en cas de contamination. Soit, comme cela arrive parfois, ils ne s'entendent pas, et, en cas de contamination de ses cultures par les OGM voisins, l'agriculteur bio n'a aucun recours juridique. Sa culture est fichue, mais aucune assurance ne le remboursera, et le cultivateur d'OGM ne sera pas considéré comme responsable. J'ai vu des gens tentés de résoudre le problème à coup de fusil ! Cela explique que certains cultivateurs d'OGM préfèrent rester discrets.Comment les faucheurs volontaires sont-ils perçus par les agriculteurs ? C'est variable, mais les agriculteurs sont conscients de ce vide juridique. Ils perçoivent la polémique sur les OGM comme un problème de cohabitation entre différents systèmes de production. Les cultures qui utilisent des OGM sont extrêmement minoritaires, elles s'étendent sur 20 000 hectares environ, soit une infime partie des cultures conventionnelles. Le clivage n'oppose plus les consommateurs soucieux de leur nourriture et les anti-OGM d'un côté, et les agriculteurs de l'autre. La plupart des agriculteurs souhaitent une information et une législation claire sur la contamination. S'il veut préserver la liberté d'entreprendre si chère à Nicolas Sarkozy, le gouvernement n'a pas vraiment le choix : il devra mettre en place un moratoire sur les OGM. Mais c'est exactement ce que les producteurs de semences modifiées ne souhaitent pas : ils espèrent, au contraire, mettre les autorités et les agriculteurs devant le fait accompli. Si de nombreuses cultures sont contaminées, on ne pourra plus s'opposer aux OGM. Ils diront : « de toute façon, il y en a partout, c'est trop tard ».

Mardi 14 Août 2007 - 13:36
Anna Borrel