Coupe de PFR dans les Montagnes Blanches

Il fait beau, il fait chaud, et la journée est idéale pour participer à la Corvée annuelle du Mont-Royal, là où on prend le temps de soigner ce poumon de l’île de Montréal qui offre tant de services à ses citoyens. La montagne est un symbole fort de l’attachement des Montréalais, et de milliers de visiteurs, pour la forêt et ce qu’elle offre de plus beau : fraîcheur et air pur, refuge pour la faune et la flore, beauté et lieu de recueillement et de détente. Et c’est pourquoi encore cette année des centaines de citoyens ont participé dimanche dernier à la corvée, un succès sur toute la ligne qui a permis de ramasser des dizaines de sac d’ordure.

Mais voilà que le toupet m’a frisé quand j’ai appris que le principal partenaire de cet évènement est la compagnie qui coupe le plus d’arbres au Québec, qui a un historique environnemental des moins reluisant et qui, depuis des années, empêche la protection de la forêt québécoise tout en investissant des millions pour verdir son image. Cette multinationale, qui rase actuellement les dernières portions vierges de la forêt boréale, dont la forêt menacée des Montagnes Blanches, se bat comme le diable dans l’eau bénite pour  que la population et les grands acheteurs de bois et de papier ne tiennent pas compte de son empreinte écologique désastreuse. Après avoir acheté ou fusionné avec ses principaux compétiteurs, après avoir fait faillite, reçu un prêt de 100 millions de nos fonds publics et avoir changé de nom, voici que le plus grand destructeur de la forêt québécoise finance le nettoyage du Mont-Royal.

Ce géant forestier s’appelle Produits Forestiers Résolu (PFR ou anciennement Abitibi-Bowater, Abitibi-Consolidated, Bowater, Abitibi-Price, etc.). La multinationale exploite en Amérique du Nord plus de 14 millions d’hectares de forêt et coupera cette année au Québec plus de 4 millions d’arbres, surtout en forêt boréale. Selon les données gouvernementales, si l’on additionne toutes les coupes forestières exécutées par Résolu l’an dernier seulement au Québec, ce sont plus de 40 000 hectares (ou l’équivalent de 55 000 terrains de soccer) de forêts qui ont été impactés par leurs activités industrielles. Le Mont-Royal, bijou de l’île de Montréal, compte 230 hectares. C’est donc l’équivalent de 174 parcs du Mont-Royal qui ont été exploité et fragmenté l’an dernier par Résolu. Ouch !

Or l’image est reine dans ce business en crise, où les marchés sont fébriles et où les années de mauvaise gestion environnementale ont entaché la réputation de certaines compagnies. Alors vaut mieux changer de nom plutôt que changer de pratique, vaut mieux investir dans la publicité plutôt que d’arrêter de bloquer la création d’aires protégées, et vaut mieux aider à nettoyer la forêt dans l’arrière cours de millions de personne plutôt que de cesser la destruction des dernières portions vierges de l’habitat d’espèces menacées comme le caribou forestier au 51ème parallèle.

Conséquence : des régions comme le Lac St-Jean, où PFR possède la vaste majorité des volumes de bois, ont à peine 5% d’aires protégées et des forêts menacées comme les Montagnes Blanches sont activement exploitées par Résolu. Dans d’autres régions comme l’Outaouais et le Témiscaminque, des communautés autochtones tentent de bloquer leurs activités de coupe sur les derniers territoires ancestraux encore intacts.

Alors la prochaine fois que vous voyez un événement commandité par Résolu, posez-vous la question : Que tente de nous faire oublier Résolu par cette commandite ?