Il y a un mot qui résume parfaitement ce que le monde ressent devant les maigres résultats de Rio+20 : frustration.

Une fois de plus, la volonté des millions a été trahie par les intérêts d’une poignée de gens convaincus qu’ils ont déjà créé le meilleur monde possible : celui où ils conservent leurs privilèges à tout prix. J’en ai été témoin à Rio.

Alors, dans le texte final de Rio+20, il n’y a pas d’accord clair et contraignant sur la gouvernance des eaux internationales, pas de protection efficace pour la biodiversité marine non plus, pas de plan pour créer des réserves marines, pas d’élimination des subsides aux carburants fossiles… Bref, rien de ce que nous voulions voir dans le texte final n’y se trouve.

Pourtant, s’il existe une bonne nouvelle dans ce marasme politique, c’est bien le lancement de la campagne de Greenpeace pour sauver l’Arctique. Personne ne s’attendait vraiment à ce que nous n’amenions ce sujet d’une façon si claire et si originale dans l’agenda des médias et des gouvernements. Ce 21 juin, le futur de l’Arctique est devenu un nouveau sujet de débat partout dans le monde, grâce  à notre détermination et à l’appui que nous avons reçu de la part de centaines de personnalités, comme Sir Paul McCartney, Thom Yorke, Penelope Cruz et Robert Redford.

Des voix porteuses d'espoir

C’est ainsi que de la médiocrité et de l’échec de ce sommet se lèvent des voix porteuses d’espoir. La bataille pour sauver l’Arctique vient de commencer. Elle entraînera une profonde remise en question de tous les débats politiques et environnementaux, car toutes les activités humaines ont maintenant une incidence sur l’Arctique et vice-versa. Nous brûlons plus de pétrole dans les grandes capitales du Sud? C’est l’Arctique qui fondra plus vite. Nous arrosons nos champs avec des pesticides toxiques? L’autopsie du foie d’un ours polaire nous montrera comment ce poison est capable de se rendre jusqu’au Pôle Nord. La calotte polaire fond-elle à une vitesse effrayante? Les petits états insulaires du Pacifique devront payer la facture de notre négligence.

La bataille pour sauver l’Arctique sera longue et complexe. Nous devrons nous opposer de toutes nos forces aux compagnies pétrolières et aux gouvernements avides de ressources naturelles et de richesses à court terme. Nous devrons expliquer aux gens qui se trouvent dans des pays très éloignés de l’Arctique à quel point l’avenir de cette région les concerne. Mais nous réussirons. La vague sera de plus en plus imposante, et les gouvernements ne pourront plus l’ignorer.

Je pars de Rio+20 avec des sentiments mélangés : comme plusieurs autres, je laisse derrière moi la frustration et la peine. Mais l’histoire ne finit pas là, car je retourne dans mon imaginaire dans ce nord encore glacial et plein d’espoir.

Mon voyage ne finit pas ici : ce n’est que le point de départ.