Un autre exemple éloquent démontrant les raisons pour lesquelles forer en Arctique afin d’y extraire du pétrole est carrément une mauvaise idée : la plateforme de forage de Shell Kulluk est partie à la dérive pour finalement échouer face à l’île Sitkalidak,  près de la ville de Kodiak, en Alaska.

La vieille plateforme était en train de se faire remorquer pour passer l’hiver dans un port au sud de l’Alaska ­­– après un été de forages parsemé d’échecs retentissants – lorsqu’une série de pannes et d’accidents l’a laissée à la dérive.

Le jeudi 27 décembre, la plateforme Kulluk se faisait traîner par le nouveau remorqueur Aiviq  que Shell a fait construire au coût de 200 $ millions, quand des vents violents se sont déchaînés sur la mer de Béring, déchirant les cordes de remorquage de quelque 120 mètres et laissant la plateforme livrée à son sort.

Vendredi, l’Aiviq a pu finalement se rattacher à la plateforme Kulluk, mais ses moteurs sont alors tombés en panne 90 kilomètres au sud de l’île Kodiak, laissant la plateforme encore une fois à la dérive dans des eaux peu profondes et avec des vents qui soufflaient à 65 km/h.

Samedi, la Garde côtière américaine a dû évacuer l’équipage de la plateforme Kulluk en hélicoptère. Pour ralentir sa dérive, la plateforme a jeté ses ancres. Dimanche, de nouvelles cordes de remorquage ont été rattachées, mais la mer agitée et les vents violents les ont encore une fois déchirées.

Lundi matin, l’Aiviq a pu joindre la plateforme Kulluk alors que celle-ci se trouvait à environ 30 kilomètres de l’île de Kodiak. Ila ensuite commencé les manœuvres pour remorquer la plateforme jusqu’au port d’Hobron en Alaska. Mais l’infortune ne donnerait pas de répit. Lundi soir, les cordes furent coupées encore une fois quand le convoi se trouvait à seulement six kilomètres de la côte. Quelques heures plus tard, la plateforme Kulluk échouait au large de l’île Sitkalidak.

La plateforme Kulluk transporte 526 000 litres de diesel et 45 000 litres d’huile hydraulique. Pour le moment, aucun déversement n’a été signalé. Par contre, un officier de la Garde côtière américaine a dit qu’il est encore trop tôt pour évaluer les dommages, car il y a peu de lumière et que les conditions météorologiques demeurent difficiles.

Shell et la Garde côtière américaine discutent actuellement des étapes à suivre pour ramener la plateforme au port, mais le mauvais temps et les hautes marées leur imposent des retards exceptionnels.

On connaît déjà les conséquences néfastes des déversements en Alaska. En 1989, le pétrolier Exxon-Valdez a sombré dans le récif de Bligh, répandant des centaines de milliers de barils de pétrole dans le canal du Prince William, noircissant une énorme surface de mer et des kilomètres de côte avec un pétrole brut dense et gluant, tuant des milliers d’oiseaux, de phoques, d’otaries et d’épaulards. Les dommages sont encore visibles dans cette région.

Par malheur, l’incident de la plateforme Kulluk n’est pas une nouveauté pour Shell.

Ses tentatives de forage dans la mer des Tchouktches et la mer de Beaufort ont été émaillées d’erreurs et d’accidents : des bateaux de forage échoués sur la plage, des moteurs en feu, des inspections de sécurité non réussies et des tests de certains équipements de contention de déversements qui ont révélé une fragilité inédite.

Shell affirme avoir un plan de réponse de premier ordre en cas de déversement de pétrole dans l’Arctique, mais l’échouement de la plateforme Kulluk prouve encore une fois à quel point cette compagnie est incapable d’opérer de manière sécuritaire dans l’une des régions les plus éloignées et rudes de la planète.

Si l’environnement immaculé du nord glacial n’était pas menacé par une marée noire, cette situation serait presque hilarante. Pourtant, elle est tragique.

Au lieu de dérouler le tapis rouge aux compagnies pétrolières, nous devons préserver l’Arctique de toute industrialisation téméraire. Joignez-vous à nous pour sauver l’Arctique.