Merci à Emmanuelle Bourassa Beaudoin de nous avoir fait parvenir sa lettre au Premier ministre Harper. Cette citoyenne engagée nous a permis d'en dévoilé le contenu afin de donner l'opportunité à d'autres citoyens de faire connaître leur point de vue au sujet du retrait du Canada du Protocole de Kyoto. Pour ce faire, rien de plus simple : copiez-collez le texte et envoyez-le à
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Le samedi 10 décembre 2011
Monsieur Harper,
C'est avec une déception immense et une peur effroyable pour les générations à venir que j'ai appris, récemment, vos intentions de retirer le Canada de sa participation à une deuxième phase du protocole de Kyoto.
Vous plannifiez faire parvenir votre avis formel de désengagement du traité, juste avant Noël, le 23 décembre, en guise de cadeau maléfique à la planète? De toute évidence, cette date, toute prochaine, à laquelle le Canada va se désengager du protocole de Kyoto a été choisie à dessein pour tenter de lui éviter d'assumer les conséquences financières et juridiques de son inaction depuis quatre ans, un laxisme qui devrait l'obliger normalement à assumer à la fin de 2012 des achats de crédits d'émission pour une valeur pouvant dépasser 14 milliards de dollars.
En effet, si vous faîtes parvenir l'avis de retrait le 23 décembre 2011, cet avis prendra effet un an plus tard, soit le 23 décembre 2012. Or c'est durant la semaine suivante, soit le 31 décembre 2012, que les parties au protocole doivent faire la preuve qu'elles ont atteint leurs objectifs de réduction. Le Canada a l'obligation de les ramener à 6 % sous le niveau historique de 1990 pendant les cinq années de la période 2008-2012. Il a le droit d'émettre pendant ces cinq ans un total de 3492 millions de tonnes de GES. D'après la modélisation publiée par Le Devoir samedi dernier, le Canada devrait dépasser d'au moins 719 millions de tonnes, ou de 24,4%, le niveau de 1990 et de 30 % sa cible Kyoto. Vous n'avez pas fait d'efforts pour respecter le traité, et maintenant, vous tenter d'éviter les conséquences. Belle lâcheté, Mr. Harper.
Si vous étiez plus à l'écoute, vous verriez facilement que vous ne représentez en rien les Canadiens, Mr. Harper, avec de telles actions. Avez-vous consulté les sondages en matière de climat, dernièrement, pour savoir quels sont nos intérêts? Le dernier en date est tombé hier : D’après Environics Research Group, 56% des Canadiens veulent que le Canada fasse partie d’un accord pour lutter contre les changements climatiques et la majorité serait même prête à payer une taxe carbone afin de réduire les émissions de GES au pays. Celui-ci vient compléter une série d’autres sondages réalisés à différents moments et qui tous convergent pour montrer que les Canadiens veulent de l’action de la part de leur gouvernement sur la question climatique.
Le Canada fut jadis un faiseur de paix à l'échelle international et vous nous transformez maintenant en ennemi de la planète.
À titre d’exemples, citons :
· Le Canada est le seul pays qui, à son retour des négociations de l’ONU à Copenhague sur les changements climatiques, a revu à la baisse ses objectifs en matière de réduction des émissions, permettant ainsi l’augmentation de la pollution et des effets des changements climatiques;
· Le Canada est le seul pays qui a renoncé à ses engagements envers le Protocole de Kyoto après l’avoir ratifié selon un accord international juridiquement contraignant;
· Le Canada n’a pas renouvelé le financement d’EcoEnergie, un programme important en faveur des énergies renouvelables, mais a continué à subventionner l'industrie pétrolière et gazière à raison d’environ 1,4 milliard de dollars par année;
· En 2010, faisant preuve d'un manque de démocratie et de respect sans pareil envers la volonté du Parlement, les sénateurs conservateurs ont étouffé le seul projet de loi à l’étude au parlement concernant les changements climatiques, sans même prendre la peine d'en débattre.
· Une collusion malsaine existe entre le gouvernement Harper et des entreprises et association qui opèrent dans l’exploitation des sables bitumineux. Intitulé Who’s Holding Us Back, un rapport de Greenpeace démontre comment Shell et l’Association canadienne des producteurs pétroliers contribuent à l’inaction du Canada dans le dossier du climat et essaient de faire dérailler le progrès à l'étranger.
· La politique étrangère du Canada comporte des mesures de pression contre d’importantes politiques environnementales de l'Union européenne et des États‐Unis visant à pénaliser la pollution relativement élevée due aux gaz à effet de serre provenant de l'exploitation des sables bitumineux.
Le gouvernement fédéral a négligé de réglementer les émissions de gaz à effet de serre du Canada, malgré nos engagements internationaux et malgré les propres objectifs, quoiqu’insuffisants, du gouvernement fédéral. Le rythme insoutenable de l'exploitation des sables bitumineux accroîtra les émissions de gaz à effet de serre au Canada qui dépasseront 100 millions de tonnes dans la décennie courante. Cette attitude inquiétante d'inaction de l’actuel gouvernement du Canada et ses tentatives de saper les politiques en matière de changements climatiques, combinées à une défense farouche de l'industrie canadienne des combustibles fossiles, montre que ce gouvernement a perdu ses repères moraux.
En tant que société civile canadienne, nous déclarons unanimement que ceci est inacceptable.
Faute à vos idéaux, le Canada est dorénavant connu pour agir davantage en faveur des grandes sociétés pétrolières que dans l'intérêt des Canadiens lors des négociations. Vos positions et autres décisions ont mérité dernièrement au Canada les critiques de la communauté internationale. Celle-ci l’accuse de perturber les négociations internationales sur le climat et de saboter les efforts des autres nations pour mettre en place une entente mondiale efficace pour reprendre le contrôle du climat mondial.
Mr. Harper, le monde a besoin d'un accord international contraignant, ambitieux et équitable sur les changements climatiques. Nous exigeons des changements. Sinon, nous manquerons d’assumer nos responsabilités morales envers nous‐mêmes, nos enfants et nos petits enfants, et d’agir pour faire face à ce qu’on qualifie comme étant la pire crise que l’humanité ait jamais connue. Selon The Global Humanitarian Forum, au cours de la dernière année seulement, 300 000 personnes ont péri de causes liées aux changements climatiques. L’heure n’est plus à l’intimidation ni aux tactiques d’entrave, Mr Harper. L’heure est à l'action et aux solutions.
Le Canada DOIT réduire ses émissions d’au moins 25% sous les niveaux de 1990, d'ici 2020, même si cela signifie que nous devons nous apauvrir économiquement. En perdant la santé de notre planète, nous perdrons tout, de toutes façons. L'environnement, c'est la PRIORITÉ #1.
Emmanuelle Bourassa Beaudoin