Dans cet article, je voudrais partager mon expérience depuis quelques mois avec le Groupe Local de Montréal de Greenpeace. Je le fais parce que je crois que cette expérience est poignante et démonstrative de l'immense pouvoir que les citoyens peuvent avoir. Un pouvoir qui, s'il est dirigé vers une cause constructive, pourrait faire des merveilles et déplacer des montagnes. Mon expérience, bien qu’encore jeune, a fait naitre en moi un grand sens des responsabilités et d'aspiration que je n'avais pas ressenti depuis longtemps.

Pouvoir citoyen

La première chose que j'ai réalisé, après une tournée de présentations, fut de constater la grande diversité que nous étions, ce que je trouve toujours encourageant.

Des gens de diverses nationalités étaient présents, incluant des Allemands, des Hongrois, des Tunisiens, des Français et personnellement, je viens de la

Syrie. Cette diversité s'étend aussi naturellement à nos intérêts intellectuels, allant des sciences naturelles aux sciences humaines, et à ma grande joie aux beaux-arts. Nos compétences et nos capacités étaient donc également très diversifiées. Et pourtant, jamais je n'ai ressenti que je n'étais pas le bienvenue ou hors de propos, bien au contraire. L'esprit du groupe a presque instantanément grandi en moi et un sentiment d'appartenance s'ensuivit rapidement. 

Dans notre dernière réunion, nous avons eu l'immense plaisir d'accueillir un compatriote de la Nouvelle-Écosse, dans un groupe qui est presque exclusivement québécois et francophone. L'un de nous a très gentiment servi de traducteur, du français vers l'anglais durant toute la réunion (2 heures), gagnant ainsi une « consécration séchée »* comme récompense (non, je ne suis pas jaloux ...). Notre coordinateur Philippe, a résumé cet événement de manière si pertinente et concise que je ne peux pas m'empêcher de le citer : "Nous avons fait l'expérience de la diversité, dans ses défis et sa beauté. "

Alors, qu'est-ce qui peut faire que la diversité d'un obstacle devienne une force de renforcement de l'unité? Naturellement, une cause commune joue un rôle essentiel.

 Nous avons tous un intérêt et une préoccupation pour les questions environnementales. Mais je crois qu'il y a une force plus fondamentale en jeux.  Personnellement, je sentais un grand sens de la citoyenneté, et je ne parle pas d'un morceau de papier qui est finalement inutile. Je fais plutôt référence à cette volonté d'agir pour changer et améliorer notre système politique et le monde en général, non pas motivé par la colère ou l'indignation, mais en premier lieu par un sens du devoir et de responsabilité, supprimant les efforts réactifs pour quelque chose de plus proactif et durable. Dans un environnement qui  favorisant les libertés politiques et culturelles, ce sentiment d'appartenance primordiale pousse à se rendre compte que la liberté et les droits a besoin, plus que tout, de devoirs et de responsabilités. L'un ne peut vraiment exister sans l'autre. C'est ce sentiment commun de la responsabilité et la passion qui peut lier un peuple ensemble. En effet, il peut devenir une source d'identité. Armé de connaissance, de débrouillardise, d'organisation, de compassion, et la tête froide, cette citoyenneté peut devenir un point d'appui imparable du changement.

Pendant les préparatifs de notre manifestation contre l'extraction du gaz de schiste au Québec et en solidarité avec nos compatriotes de la Colombie-Britannique,qui ont également organisé une manifestation, le lundi 22 Octobre, je n'ai pu m'empêcher de remarquer une joie de vivre, une joie profonde dans notre travail, qui est très contagieuses, pendant que nous travaillions sur nos bannières et instruments. Ce sentiment d'inspiration était décuplé au cours de la manifestation elle-même, avec nos divers participants, jeunes et plus âgés, chantant et dansant tout en étant agrémentés par la présence d'un ours polaire dansant (bipède comme vous pouvez le voir sur la photo). La seule chose plus consistante que la douleur que je ressentais dans mes bras pour avoir tenue une grande bannière pendant 2 heures, était le sourire qui a était dessiné sur mon visage. Je me suis senti épanouis en tant qu'individu. Je me sentais membre utile à l’intérieur d'un tout, un citoyen. Le vrai changement se crée dans la joie , au cours de votre travail et en dehors de celui-ci. La joie de vivre et le fait de faire votre part ne sont heureusement pas contradictoires comme ils sont parfois décrits, bien au contraire. Notre rassemblement à l'échelle nationale a été accueilli avec succès et avec l’attention des médias, et  l'exploitation du gaz de schiste au Québec est toujours suspendue. De l’organisation, du positivisme et de la clarté sont des ingrédients important de la réussite,  cette réussite nous échapperait si nous étions frustrés et agités.

Le changement a besoin d'une citoyenneté active

Le succès d'une démocratie se mesure non seulement par ses institutions et son leadership, aussi importantes soient-elles, mais aussi par ses citoyens et sa durée de vie civique. Je crois fermement que par-dessus tout, le changement a besoin d'une citoyenneté active qui est organisée, dynamique, rationnelle et passionnelle. Il exige des citoyens égaux, qui agissent en tant que pionniers, non seulement en apportant la conscience des problèmes, ce qui est très important, mais aussi dans la création de solutions et en proposant des innovations. Nous sommes depuis longtemps au-delà du point où nous pouvons plus nous permettre de croire que nous sommes des bergers ayant besoin de bétail. Le moyen le plus rapide pour les gens de perdent leur pouvoir, c'est de penser qu'ils n’en ont pas. Je crois sans aucun doute que les citoyens unis dans leur passion, leur dynamisme et leurs valeurs profonds peuvent accomplir ce que nous sommes toujours amenés à croire impossible et naïf.

Alors, faites votre part solidairement dans la joie



 

*Une « consécration séchée » est un petit objet (souvent une petite sculpture en pâte à modelé séchée, d’où leur nom) qui sont remis en réunion pour reconnaître le travail ou la présence remarquable d’un ou d’une membre du groupe.