Les rumeurs se multiplient quant aux pourparlers entre le gouvernement du Québec et Strateco Inc. afin d’autoriser l’exploration avancée et d’éventuellement faire naître la première mine d’uranium de la province. Le projet Matoush, en plein cœur du territoire cris Eeyou Istchee, serait sur le point de recevoir un appui du ministère des Ressources naturelles ? Impatient d’entamer les travaux, Strateco poursuivait ses pressions auprès du gouvernement en lançant des procédures judiciaires en Cour supérieure afin de forcer les ministres Ouellet et Blanchet à prendre une décision sur le dossier controversé.

Voilà une stratégie qui va complètement à l’encontre de l’autodétermination des peuples autochtones et qui ne respecte pas les fondements de la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones. Effectivement, la Nation crie de Mistissini, forte d’une position claire de son Chef Richard Shecapio, de son Conseil de bande ainsi que d’un référendum populaire, a rejeté à 98% le projet de Strateco et a répété à plusieurs reprises son opposition à l’avancement des travaux. Le Grand Conseil des Cris a par la suite donné son soutien à Mistissini en adoptant à l’unanimité une motion pour un moratoire complet sur toute exploration, exploitation ou tout emplacement de déchets d’uranium dans l’Eeyou Istchee, un territoire de plus de 450 000 km2.

Or Strateco et son président et chef de la direction, Guy Hébert, considèrent le droit à l’autodétermination de Mistissini comme « un veto illégal » qui signifie que le gouvernement «abdiquerait l'exercice de son pouvoir discrétionnaire et conférerait à un tiers un pouvoir de décision réel quant à la réalisation du projet». La plainte déposée en cour supérieure vise à faire annuler la clause de consentement libre et éclairé des Cris.

En appui aux Cris

Greenpeace appuie sans équivoque les Cris dans ce combat qui est un des premiers tests du réel pouvoir qui est conféré aux Cris suite à l’entente de gouvernance conclue l’an dernier entre le gouvernement Charest et le Grand Conseil des Cris. Cette entente vise à léguer plus d’autonomie aux Cris et à permettre une plus grande participation dans les projets de développement et la gestion des ressources naturelles. Or si un projet comme celui de Strateco est clairement refusé par la communauté impactée et par le Grand Conseil, il en va de la responsabilité du gouvernement du Québec de respecter cette opposition et de ne pas autoriser la poursuite des travaux.

BAPE et moratoire complet nécessaires

Québec a déjà exprimé soin désir de mettre en place un Bureau d’audience publique en Environnement générique sur la question de l’exploitation de l’uranium. Il est essentiel que le ministre de l’Environnement et sa collègue aux Ressources naturelles mettent en place un moratoire complet sur cette filière afin que les communautés impactées par l’exploitation uranifère ainsi que tous les Québécoises et Québécois puissent être éclairées sur les risques de cette industrie. Avancer un BAPE générique sur l’uranium alors que l’exploration continue partout sur le territoire, et particulièrement dans la zone du Plan Nord, hypothèque grandement la crédibilité de cette démarche.

À l’heure où la réforme de la Loi des mines se fait toujours attendre, où le Québec sort du nucléaire avec la fermeture de la centrale Gentilly-2 et que partout sur la planète la place de l’énergie nucléaire est remise en question, le débat doit avoir lieu sur la place de l’exploitation uranifère dans la belle province. Déjà plus de 300 communautés comme Mistissini et Sept-Îles se mobilisent contre la filière et demandent un moratoire complet. Les travaux de la Coalition pour que le Québec ait meilleure mines éclairent de plus en plus la population sur les enjeux miniers, celle-ci appelant aussi à un moratoire complet sur l’uranium.

Greenpeace rajoute sa voix à celle de millier d’autres et demande au gouvernement du Québec de respecter les Cris dans leur décision. Mme Ouellet, M. Blanchet, ne cédez surtout pas aux pressions de Strateco !