Il faut aujourd'hui souligner la décision visionnaire de madame Pauline Marois, chef du Parti Québécois, de sortir le Québec du nucléaire et d'adopter des options énergétiques plus prometteuses, plus sécuritaires et plus efficaces. Bravo!
Cependant, certains commentaires négatifs en réaction à l’annonce de madame Marois sont surprenants. Je passerais sur les commentaires prévisibles de la vice-première ministre du Québec, madame Nathalie Normandeau, qui accuse Mme Marois de « suivre un peu trop facilement la direction du vent. » (Le Soleil). Provenant de madame Normandeau, qui a toujours le projet d’embarquer le Québec dans l’aventure du gaz de schiste, ce commentaire manque de crédibilité, qualité qui fait justement défaut à Mme Normandeau sur les dossiers des ressources naturelles.
Pour sa part, le chef de l’ADQ, Gérard Deltell, défend l’industrie nucléaire en affirmant au quotidien Le Soleil que: « Pauline Marois utilise la catastrophe du Japon comme prétexte pour justifier son radicalisme. Elle n'a aucun sens des responsabilités. Elle joue avec l'émotion des gens, espérant se faire du capital politique ». Il est vraiment étrange que l’ADQ appuie l’industrie nucléaire qui est pourtant le symbole même de ce que l’ADQ prétend dénoncer, c’est-à-dire des secteurs étatisés grassement subventionnés par les contribuables et gérés bureaucratiquement par Ottawa et Québec.
M. Deltell: pourquoi l’ADQ ne propose-t-elle pas que les 2 milliards de dollars qu’Hydro-Québec prévoit d’engloutir dans la construction d’un nouveau réacteur nucléaire à Gentilly soient par exemple offerts sous forme de crédit d’impôt aux contribuables qui choisiraient d’investir dans leur logement ou leur petite entreprise pour faire des économies d’énergie? Ce serait plus proche des valeurs de l’ADQ, non? De plus, cette approche créerait des emplois dans la construction dans toutes les régions du Québec. Dommage que l’ADQ soit maintenant pour le statu quo… nucléaire.
Certains chroniqueurs comme Pierre Jury dans le quotidien Le Droit, ou Gilbert Lavoie dans Le Soleil ont aussi analysé assez négativement la décision pourtant courageuse de madame Marois.
Parfois, il y des erreurs factuelles véhiculées par les chroniqueurs. Par exemple, Gilbert Lavoie affirme que « Le Parti québécois est dans l'erreur lorsqu'il affirme que le gouvernement pourrait consacrer les 2 milliards $ prévus pour la réfection au développement d'autres formes d'énergie ». Faux! Gilbert Lavoie mélange les coûts de décontamination et de gestion des déchets nucléaires que la centrale actuelle a produits avec ceux de la construction d’un nouveau réacteur. En effet, que l’on décide ou non de continuer l’aventure du nucléaire, il y aura des coûts de 914 millions $ pour la fermeture et de 598 millions $ pour la gestion des combustibles qu’on aura à payer de toute manière après la fermeture prévue de Gentilly-2 en 2013. Les 2 milliards de dollars mentionnés par Mme Marois sont seulement pour la construction d’un nouveau réacteur. Par conséquent, elle a raison de dire que le Québec pourrait investir cet argent dans des options énergétiques plus prometteuses.
En fait, parler de « réfection » du réacteur nucléaire Gentilly-2 est une mauvaise utilisation du terme, car il ne s’agit pas d’une réparation majeure, mais bien de la construction d’un nouveau réacteur (appelé CANDU-6), et qu’on devrait désormais appeler Gentilly-3. La seule raison pour laquelle l’industrie nucléaire parle de « réfection » c’est pour éviter une consultation publique sur le réacteur CANDU-6 qui est aussi controversé que les précédents. Parler de « réfection », c’est comme dire que vous allez « réparer » votre vielle voiture en changeant le moteur, la carrosserie, les roues, le châssis, les sièges, le volant, les freins, etc. au prix d’une nouvelle voiture!
Donc, bravo à Pauline Marois et au PQ pour leur position sur Gentilly-3!