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Opinion

OGM: y a-t-il un capitaine à bord ?

Éric Darier, Responsable de la campagne de Greenpeace contre les OGM

Le Devoir - mercredi 24 janvier 2007

Les réactions de certains élus québécois à la campagne de publicité de Greenpeace pour l'étiquetage obligatoire des organismes génétiquement modifiés (OGM) sont de nature à laisser perplexe au sujet de notre classe dirigeante.

Pour tenter de trouver une explication au fait que les libéraux de Jean Charest n'ont pas encore instauré l'étiquetage obligatoire des OGM malgré une promesse de janvier 2003, leur propre programme électoral et la recommandation unanime des membres de la Commission sur l'agriculture de l'Assemblée nationale en juin 2004, le gouvernement prétend attendre l'accord des autres provinces et du fédéral. Le Parti québécois, quant à lui, rejette tout «mouvement unique» sans l'aval de Washington et d'Ottawa. C'est le monde à l'envers... Pourtant, l'étiquetage obligatoire des OGM ne devrait pas être si difficile à mettre en place. Depuis cinq ans, tous les sondages indiquent qu'entre 80 et 95 % des Québécois le réclament. Or, quatre ans plus tard, on attend toujours la réalisation des promesses libérales.

Briller parmi les meilleurs?

En effet, pour justifier leur indécision, le gouvernement répète partout le mantra du ministre de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation, Yvon Vallières. En 2006, celui-ci avait déclaré à la Commission de l'agriculture (CAPA) de l'Assemblée nationale qu'afin de minimiser les préjudices potentiels sur la mise en marché des produits agroalimentaires québécois, il lui apparaissait «souhaitable d'agir de concert avec les autorités canadiennes concernées et dans le respect des accords commerciaux [...]». Sauf que le beau concert fédéraliste en faveur de l'étiquetage que veut bien nous présenter le PLQ ne risque jamais d'avoir lieu. La Chambre des communes a déjà dit non, en 2001, à l'étiquetage obligatoire des OGM en votant contre un projet de loi privé présenté par un député libéral. Bien sûr, depuis avril 2004, Ottawa a mis en place l'étiquetage «volontaire». Et le volontariat industriel canadien fonctionne tellement bien qu'il n'a produit à ce jour aucune étiquette sur des aliments contenant des OGM! Bref, le gouvernement de Jean Charest attend les provinces et Ottawa... qui a déjà dit non! Pourtant, le 15 janvier 2003, quand Jean Charest a fait la promesse d'étiqueter les OGM, il n'a pas attendu l'accord des provinces et d'Ottawa pour le faire. Par ailleurs, il n'a pas non plus attendu Ottawa pour mettre en place son Plan vert de lutte contre les changements climatiques, un défi au moins aussi difficile que l'étiquetage obligatoire des OGM.

Restons forts, qu'ils disaient...

Quinze des 16 députés signataires de la déclaration non équivoque de Greenpeace en faveur de l'étiquetage obligatoire des OGM sont des députés péquistes. Leur chef n'en fait pas partie. Il a plutôt choisi de nous faire parvenir une lettre pleine d'équivoque, le 4 août dernier, au moment d'une campagne partielle à Pointe-aux-Trembles, lettre qu'il croit évidemment suffisante pour le faire passer dans la liste des députés verts. André Boisclair nous écrivait alors que «l'étiquetage obligatoire des OGM représente un défi de taille, aux conséquences multiples», que «ce n'est donc pas une question à prendre à la légère» et que «le programme du PQ propose de mettre en place un système de gestion qui nous permet de tracer le parcours de nos aliments, de la terre à la table». Parlons-en, de la traçabilité des OGM. C'est justement la clé de voûte vers un étiquetage obligatoire des OGM. Il suffirait au chef du PQ d'aller au bout de son raisonnement et de réclamer l'étiquetage obligatoire des OGM au Québec. Or, déclaration surprenante, le 17 janvier dernier, de Joël Simard-Ménard, porte-parole du chef de l'opposition: « Il faut rejeter tout mouvement unique du Québec, sans qu'il soit concerté avec les États-Unis et le reste du Canada.» Ça parle au diable: le chef souverainiste du Québec attend une «concertation» avec Washington et Ottawa pour avancer! Pourquoi vouloir se «concerter» avec Ottawa et Washington qui ont déjà décidé unilatéralement de priver les consommateurs du droit et du choix de savoir si leurs aliments contiennent des OGM? Bravo l'indépendance! Heureusement que les gouvernements péquistes précédents n'ont pas attendu l'accord de Washington ou d'Ottawa pour mettre en place les garderies à 5 $ par jour ou des normes pour les aliments certifiés biologiques! Depuis des années, les gouvernements libéraux et péquistes du Québec ont souvent été les premiers à instaurer des politiques innovatrices. S'ils avaient attendu l'accord d'Ottawa ou de Washington, nous les attendrions encore. En fait, dans de nombreux cas, Québec a fait preuve de leadership, qui a ensuite fait boule de neige ailleurs. C'est ça, la volonté et le courage politiques. Le Québec doit aller de l'avant avec l'étiquetage obligatoire des OGM. De plus, les conditions gagnantes sont réunies: 90 % des Québécois sont d'accord... Alors, y a-t-il un capitaine à bord ?