Ceux qui pensent que la nouvelle étude parue dans la revue scientifique Nature (abonnement requis - en anglais seulement) et relatée sur Cyberpresse, peut servir de caution à l’industrie des sables bitumineux l’ont-ils seulement lue ? C’est ce que je me demande. L’étude des chercheurs Neil Swart et Andrew Weaver de l’Université de Victoria, intitulée « The Alberta oil sands and climate » (Les sables bitumineux de l’Alberta et le climat) compare l’impact sur le climat de la combustion du pétrole contenu dans les sables bitumineux avec celui des autres combustibles fossiles.

Ils concluent, sans surprise, que la combustion de tout le charbon présent sur la planète entraînerait un impact plus considérable (avec 14,79 degrés de réchauffement) que la combustion des sables bitumineux albertains. Avec 0,36 degré de réchauffement, cette dernière représenterait tout de même presque la moitié de l’impact lié à toutes les émissions antérieures produites au cours de l’histoire de l’humanité.

Mais ils notent également que dans les faits, nous ne sommes pas en train de choisir entre le charbon ou les sables bitumineux. Nous poursuivons actuellement les deux options, même en sachant que la pleine exploitation des réserves prouvées de sables bitumineux (c’est-à-dire le pétrole pouvant être rentablement extrait avec la technologie présente aux prix actuels, soit approximativement 10 % de la quantité totale du pétrole enfoui dans les sables) produirait les trois quarts de la quantité totale des émissions de CO2 permises pour toute l’Amérique du Nord si l’on veut avoir 66 % de chance de maintenir le réchauffement sous la cible de deux degrés Celsius, conforme à l’entente internationale en vigueur.

Pour sa part, Weaver a rejeté avec énergie l’idée voulant que son étude apporte de l’eau au moulin des défenseurs des sables bitumineux.

« Le but de notre rapport n’est pas d’accorder une absolution inconditionnelle à l’industrie des sables bitumineux » affirme le Dr Weaver. Effectivement, il « s’oppose de manière absolue » pour des raisons sociales et environnementales au pipeline Northern Gateway. Et il ajoute que les politiques s’inspirant de la directive de l’UE en matière de combustibles constituent « probablement la voie de l’avenir » puisque selon lui, les gouvernements devront trouver des façons d’inciter les consommateurs «à reporter leur demande pour les hydrocarbures vers d’autres sources d’énergie ».

Et si on prend la peine de lire en entier l’article que Weaver a publié en collaboration avec Neil Swart, on se rend compte qu’il se termine sur un plaidoyer contre l’aménagement de nouveaux oléoducs et les autres sortes d’infrastructures destinées à augmenter l’extraction des combustibles fossiles. Les auteurs concluent aussi à la nécessité d’investir dans des solutions de rechange :

« Si les décideurs nord-américains et internationaux tiennent à limiter le réchauffement planétaire à moins de 2 ºC ils devront manifestement mettre en pratique des mesures capables d’assurer la transition rapide des systèmes énergétiques planétaires actuels, grands producteurs de gaz à effet de serre, vers des sources d’énergie qui n’en émettent pas, en évitant de s’engager à promouvoir de nouvelles infrastructures ayant pour caractéristique de favoriser les combustibles fossiles. »

Il est vrai qu’on agit actuellement au Canada pour faire reculer l’utilisation du charbon (l’Ontario procède à la fermeture de cinq centrales thermiques au charbon), mais l’effet de ces initiatives louables est annulé par l’exploitation de plus en plus intensive des sables bitumineux. En raison surtout de l’important pouvoir politique dont jouit l’industrie pétrolière au Canada, les sables bitumineux sont devenus la source de gaz à effet de serre qui progresse le plus rapidement : leur exploitation représente la principale raison expliquant l’échec du Canada à honorer ses engagements internationaux en matière de lutte aux changements climatiques, et son absence de leadership durant les négociations mondiales sur le climat.         

L’essentiel du message que les Canadiens et le gouvernement Harper devraient retenir après avoir lu ce rapport est que nous devons faire évoluer le marché en délaissant le plus vite possible les combustibles fossiles. Nous devons pour cela accorder la priorité à l’élimination progressive des combustibles à forte teneur en carbone comme le charbon, le gaz naturel de source non traditionnelle et les sables bitumineux.