Aujourd’hui, l’Association Québécoise de Lutte contre la Pollution Atmosphérique (AQLPA) s’est dite inquiète des conséquences pour la santé humaine et des écosystèmes de l’entreposage de coke de pétrole (petcoke) comme cela se fait présentement aux abords de la rivière Détroit. Greenpeace travaille sur ce dossier en collaboration avec l’AQLPA et nous partageons évidemment les mêmes préoccupations. Comme l’a mentionné André Bélisle, président de l’AQLPA, « contrairement à ce qu’affirment les représentants de l’industrie, nos recherches démontrent plutôt que l’entreposage du petcoke doit se faire de façon sécuritaire afin de protéger la santé des populations et des écosystèmes ».

petcokePhoto: Kathleen Galligan, archives associated press / La Presse

Sables bitumineux et petcoke

En plus des graves impacts liés à sa production en Alberta, la venue éventuelle de pétrole bitumineux à Montréal pourrait accroître la pollution de l'air et les émissions de gaz à effet de serre (GES) dans toute la province, à cause de la disponibilité accrue de petcoke. En effet, le projet d’inversion et d’augmentation du flux de la Ligne 9 d’Enbridge et le projet de pipeline de Transcanada augmenteraient la production de pétrole des sables bitumineux (les projets totalisent plus d’un million de baril par jour). Cela engendrerait l'augmentation de la quantité de petcoke produit, entreposé et utilisé. Plus on raffine de pétrole (en particulier le pétrole lourd comme celui des sables bitumineux), plus on met en circulation du coke de pétrole, plus on abaisse son prix et plus la demande augmente (pas tout à fait le principe de la saucisse Hygrade...).

Mais qu’est-ce que le petcoke ?

Le raffinage du pétrole, c’est aussi la production de sous-produits dont le coke de pétrole (petcoke ou poison pour les intimes...). Les contaminants indésirables générés par le processus de raffinage sont concentrés en un sous-produit appelé coke de pétrole. Le petcoke est composé essentiellement de carbone et généralement de 2 à 10 % de soufre. Il peut comprendre de 5 à 15% de matières volatiles.

Le petcoke plus polluant que le charbon

En terme de pollution atmosphérique, le coke de pétrole utilisé comme combustible dégage une intensité carbonique beaucoup plus élevée que le charbon et émet de 5 à 10% de CO2 en plus, gaz à effet de serre notoire. Ainsi, une tonne de petcoke serait responsable de l’émission de 53,6% plus de CO2 qu’une tonne de charbon. D’autres analyses indiquent que les émissions de CO2 pourraient être encore plus importantes, la combustion d’une tonne de petcoke produisant jusqu’à 80% fois plus de CO2 comparativement à une tonne de charbon. Le Québec est d’ailleurs le plus grand utilisateur de petcoke au Canada, plus que l'Ontario et l'Alberta réunis. Pas très glorieux alors qu’on se vante de ne pas utiliser de charbon au Québec… En changeant le pétrole actuel (conventionnel) pour celui des sables bitumineux, Québec mettra sur le marché davantage de ce poison nocif. En plus du CO2, la combustion de petcoke émet également un autre gaz polluant, le SO2 qui contribue à la formation du smog et des pluies acides.

Des « montagnes » de petcoke laissées à tous les vents

Outre les impacts sur les émissions atmosphériques causés par l’utilisation du petcoke comme combustible, d’autres types d’impacts doivent être considérés. Notamment, ceux liés à l’entreposage inadéquat du produit, laissé à tous les vents comme cela s’est vu au printemps 2013 aux abords de la rivière Détroit.

Le petcoke contient des volumes significatifs de particules de poussières de l’ordre de 10 microns de diamètres (PM10) et de particules de 2,5 microns (PM 2,5). Ces particules sont connues comme pouvant occasionner des problèmes cardiaques et des problèmes respiratoires comme l’irritation des voies respiratoires, l’asthme et l’emphysème. Dans le port de Los Angeles où il y avait d’importants monticules non protégés de petcoke, des études ont démontré un lien entre les poussières provenant de ces monticules et le taux d’incidence des problèmes respiratoires et cardiaques de la population avoisinante. Il faut savoir que les particules de petcoke, en plus du carbone, sont composées d’azote, de soufre, de produits organiques et de métaux. Deux métaux sont en concentrations importantes dans le petcoke ; le nickel et le vanadium. Il s’agit de métaux reconnus comme pouvant avoir des effets négatifs sur la santé et potentiellement cancérigènes.

Il faut donc considérer que la présence de monticules de petcoke peut représenter un danger pour la santé en fonction de l’exposition aux matières particulaires fines. D’ailleurs les fiches toxicologiques des compagnies productrices et/ou utilisatrices ne laissent planer aucun doute sur la dangerosité du produit pour la santé. Partout on y souligne d’éviter d’inhaler les poussières et d’éviter que le produit ne soit en contact avec les sols et/ou cours d’eau.

Québec doit évaluer les impacts liés au petcoke

Il est évident que Québec n’est pas préparé adéquatement pour faire face aux conséquences de l’arrivée du pétrole sale albertain et de ses sous-produits comme le petcoke. À l’heure où une coalition pro-inversion de la ligne 9B d’Enbridge voit le jour (quel beau projet économique que d’augmenter les GES et la pollution…), il est plus que temps que le gouvernement du Québec officialise les détails de l’évaluation environnementale qu'il mènera sur l'arrivée des sables bitumineux au Québec. Les enjeux liés à l'augmentation des émissions de GES et les préoccupations de santé publique doivent absolument être évalués par le gouvernement du Québec.

Voici la conclusion à laquelle arrive, André Bélisle, président de l’AQLPA : « c’est stupéfiant de constater la négligence dont on fait preuve présentement en laissant à tous les vents des tas de petcoke sans égard pour la santé des populations et de l’environnement ! Sachant que le Québec est le plus gros utilisateur canadien de coke de pétrole et que l’augmentation prévue de la production et du raffinage du pétrole sale des sables bitumineux ne pourra que faire augmenter l’utilisation et la combustion du coke de pétrole, il y lieu de s’inquiéter grandement au Québec pour la qualité de l’air. Nous demandons une évaluation environnementale et une audience publique par le BAPE au Québec pour assurer le respect de nos engagements environnementaux qui sont maintenant  sur la ligne de feu ».

Blogue réalisé en collaboration avec l’AQLPA