Peter Kent avait mis ses bas verts pâlottes aujourd’hui pour annoncer  que le Canada atteignait cette année la moitié de sa cible de réduction de gaz à effet de serre pour 2020. Sortez le champagne ! Le plus jouissif est bien sûr le fait que le gouvernement de Stephen Harper s’attribue ce faramineux progrès :

« Ce résultat est attribuable à l’approche réaliste du gouvernement Harper visant la réglementation des gaz à effet de serre un secteur à la fois, ce qui a mené à la réduction des émissions tout en continuant de créer des emplois et de favoriser la croissance économique » a dit l’honorable Peter Kent, ministre de l’Environnement du Canada.

En fait, cette fameuse approche réaliste tient du fait que notre super gouvernement, digne d’une sous-filiale des grandes pétrolières, a simplement changé les règles de calculs des émissions de GES et ensuite réévalué à la baisse les prévisions pour 2020. Cette modification vient du fait qu’Environnement Canada a inclus pour la première fois certaines portions d’un secteur qui jusqu’à présent n’avait jamais été inclus dans la comptabilisation des GES : les forêts.

Cette inclusion de ce qui s’appelle en jargon climatique l’ATCATF (Affectation des terres, changements d’affectation des terres et foresterie) n’est pas une mauvaise chose, mais ça devient complètement ridicule si l'on inclut seulement les éléments qui permettent au Canada d’améliorer théoriquement son bilan (ex : la repousse des arbres après la coupe) et que l’on exclut les émissions réelles provenant de ce secteur (ex : la perturbation des sols lors de la coupe et la libération du carbone, la combustion de biomasse dans les centrales électriques, etc.). Pour l’honnêteté, on repassera.

Le grain de sable dans l’engrenage

L’autre manipulation patente de M. Kent vient du fait que les quelques réelles diminutions de GES ne proviennent aucunement de nouveaux programmes fédéraux (les seules actions de Peter Kent dans le domaine du climat furent de retirer le Canada du protocole de Kyoto, de couper les fonds pour la recherche et de traiter les groupes environnementaux de radicaux) mais plutôt des avancées de certaines provinces comme l’Ontario qui ferme ses centrales au charbon et la Colombie-Britanique qui a imposé une taxe carbone. Ceci étant dit, le secteur des sables bitumineux et ses émissions faramineuses de l’ordre de 45 MT annulent à eux seuls tous les progrès fait par les provinces.

La cerise sur le sundae : le rapport publié par M. Kent nous montre que même malgré la manipulation des méthodes de calcul, le Canada n’atteindra pas sa cible médiocre de réduction prévue pour 2020 si la tendance se maintient. Alors voilà, c’est définitivement le temps des vacances pour prendre autant les gens pour des valises !