leona

Photo: Leona Aglukkaq, ministre de l'Environnement (source: CBC)

Le 15 juillet, Madame Leona Aglukkaq a été nommée ministre de l’Environnement par Stephen Harper et succède ainsi à Peter Kent qui laisse un désastreux héritage.

D’emblée, mentionnons que la ministre Aglukkaq aura trois décisions décisives à prendre au cours des prochains mois et qui nous permettront assez rapidement de juger si l’on peut encore espérer un brin de sérieux de la part du gouvernement fédéral dans la lutte aux changements climatiques.

1. La première consiste à finaliser une règlementation sur les GES en provenance du secteur du pétrole et du gaz. Cette dernière doit permettre de plafonner rapidement et réduire la pollution en provenance de ce secteur qui n'est toujours pas règlementé. Ceci inclus les sables bitumineux dont les émissions connaissent la plus forte croissance au Canada.

2. La deuxième décision sera l’approbation ou non de l’expansion de la mine de sables bitumineux Jack Pine de Shell, pour laquelle le comité chargé de l’évaluation environnementale a statué qu’elle aura des impacts irréversibles sur l’environnement et les droits des Premières Nations. À elle seule, cette mine augmenterait la production de 100 000 barils de pétrole sale par jour. Permettre l’expansion des sables bitumineux et des réseaux pipelinier et ferroviaire qui l’accompagnent ne fera qu’alimenter les changements climatiques, augmenter les risques à notre sécurité et nous pousser au fond du gouffre.

3. Finalement, la nouvelle ministre doit rapidement adopter un plan de lutte aux changements climatiques qui réduira drastiquement les émissions de GES au Canada. Rappelons que le gouvernement Harper n’a identifié que 50% des mesures qui lui permettraient d’atteindre la cible de réduction de GES qu’il s’est fixé pour 2020. Pire encore, cette cible est l’une des pires au monde et elle est loin de respecter ce que la science exige en termes d’effort de la part des pays industrialisés (en 2020, le Canada vise un niveau d’émissions de GES équivalent à +3% par rapport à l’année 1990 alors que la science exige de -25 à -40%...). Éventuellement, le gouvernement canadien devra aussi faire sa juste part et se doter d’une cible plus ambitieuse pour éviter le réchauffement planétaire de 5 degrés Celsius vers lequel nous nous dirigeons actuellement.

L’heure est grave, les défis sont grands. Espérons que Madame Aglukkaq saura honorer son nouveau titre. Malheureusement, avec Joe Oliver qui est toujours le ministre responsable des Ressources naturelles, l’espoir est plus que mince de voir un véritable changement dans l’agenda extractiviste et propétrole du gouvernement Harper.

Protéger l’Arctique, vraiment?

En tant que présidente du Conseil de l’Arctique (et responsable de l'Agence de développement économique du Nord) Mme Aglukkaq a récemment réitérer son intention de faire davantage de place à l’industrie pétrolière et gazière en Arctique. Sa nomination comme ministre de l’Environnement reflète une importance grandissante pour les questions de l’Arctique alors que le futur du climat planétaire est étroitement lié à la protection de cette région. Espérons qu’elle saura reconnaître l’urgence d’agir pour nous sauver et sauver l’Arctique face aux changements climatiques et aux développements industriels prônés par des compagnies qui n’ont des yeux que pour leur profit.

Le ministre Kent: un héritage désastreux pour l’environnement

Après John Baird et Rona Ambrose, nous étions en droit de nous attendre à moins pire de la part du ministre sortant de l’Environnement, M. Peter Kent. Malheureusement, ce dernier a fait office de marionnette pour le bureau du premier ministre Harper et nous a retirés du Protocole de Kyoto en présentant cela comme une bonne nouvelle. Mme Aglukkaq doit rompre avec cette récente tradition de médiocrité et redonner ses lettres de noblesse à Environnement Canada. Ce ministère ne peut continuer à bâillonner ses scientifiques et faire la promotion des sables bitumineux. Son rôle n’est pas d’affaiblir les protections environnementales ni de faire du «greenwashing» en présentant le pétrole le plus sale au monde comment étant « vert » et « éthique ».