Cette semaine à St-Félicien, Pauline Marois, la ministre Martine Ouellet et le député Denis Trottier convient les acteurs du milieu forestier à un Rendez-vous national de la forêt québécoise. Initialement conçus spécialement pour l’industrie, ces deux jours de rencontre furent finalement ajustés pour convenir à la réalité du nouveau régime forestier : il est impossible de parler forêt sans parler aux autres utilisateurs de cette richesse collective comme c’était le cas dans le passé. Ainsi Greenpeace et d’autres groupes partagerons la table avec  les sylviculteurs et les aménagistes, les autochtones, les universitaires, l’industrie et les élus afin d’établir une feuille de route quant aux priorités pour relancer ce secteur névralgique.

Mais tous recevront-ils la même écoute de la part du gouvernement Marois? Déjà ce lundi, les ténors du Conseil de l’industrie forestière du Québec faisaient connaître leurs attentes. Moins d’obstacles, moins de coûts, plus de bois, plus de support du gouvernement…la cassette de l’industrie est bien connue. Malheureusement, la santé des écosystèmes et la protection de la biodiversité ne font pas partie de ces revendications, alors qu’elles devraient être au centre.

De son côté,  le gouvernement Marois a clairement indiqué son intention de développer la filière bois et veut vanter les avantages « écologiques » de ce matériau pour relancer l’industrie.  Or nous croyons qu’encore beaucoup de chemin reste à faire pour assurer une gestion durable de nos forêts publiques. Avant de déclarer haut et fort que le bois québécois est écologique, il faudra tout d’abord s’assurer que la forêt est protégée adéquatement.

Se décoller de l’arbre pour voir la forêt

À peine 5% du territoire forestier québécois où l’industrie opère est actuellement protégé. Les images satellites montrent que près de 90% du territoire au sud de la limite nordique des coupes a déjà été coupé ou fragmenté. L’urgence pour notre gouvernement, qui est le gestionnaire de nos forêts publiques, est de s’assurer de ramener un équilibre entre exploitation et conservation. Éviter ce sujet au Rendez-vous sur la forêt serait de passer complètement à côté d’un des enjeux les plus criants pour la crédibilité de l’industrie, pour l’occupation de meilleures parts de marchés et pour la santé de nos écosystèmes forestiers.

Ainsi nous croyons que le gouvernement Marois doit en priorité :

  1. Protéger la Vallée de la Broadback : La forêt menacée de la Vallée de la Broadback couvre 23 000 km2 et englobe une des dernières grandes forêts vierges du Québec.  Les Cris et Greenpeace y revendiquent la protection d’un territoire de plus de 13 000 km2 depuis des années afin de permettre la sauvegarde du caribou forestier dans le secteur, une espèce qui selon les dernières recherches risque de disparaître si les coupes et les chemins se poursuivent. Le gouvernement québécois doit agir sur ce dossier.
  2. Imposer un moratoire de coupe sur les Montagnes Blanches, une zone de forêt vierge directement menacée par l’industrie forestière au nord du Lac St-Jean, et établir avec les Premières Nations une grande aire protégée dans le secteur. Le  manque de protection dans le secteur menace actuellement l’acceptabilité sociale des compagnies qui y opèrent, risquant ainsi de limiter leur accès aux marchés.
  3. Diversifier l’économie régionale en distribuant les volumes de bois aux plus petits joueurs comme les coopératives forestières, en développant les autres produits de la forêt (produits forestiers non-ligneux, écotourisme, développement éco-culturel, etc.) et en s’assurant d’une transformation optimale des produits issus de la forêt.

Le gouvernement Marois a annoncé son intention de protéger 12% du territoire québécois dans les deux prochaines années, une cible minimale déjà fixée il y a plus de 20 ans. Bien que cette cible n’ait rien de scientifique, il y a là un défi à relever et le gouvernement doit faire preuve de créativité et d’audace. Par exemple, nous croyons que le Forestier en Chef devrait avoir comme mandat d’inclure les cibles de conservation dans ses calculs de possibilité forestière, plutôt que de tout allouer à l’industrie pour qu’ensuite le ministère de l’Environnement tente de lui en soutirer une partie. Cette pratique est une des principales causes du retard embarrassant du Québec forestier en terme de conservation.

Il est clair que le Rendez-vous de Mme Marois ne règlera pas tous les enjeux du secteur forestier, mais nous croyons fermement que le gouvernement doit prioriser la conservation des dernières forêts vierges s’il est réellement engagé à assurer la durabilité de l’industrie et la santé de nos écosystèmes forestiers. L’intégration de la conservation comme outil pour s’assurer que l’industrie s’accapare davantage de parts sur les marchés nous apparaît une clé dont le secteur forestier québécois ne peut se passer.

Les Montagnes Blanches, au nord du Lac St-Jean: priorité de conservation selon Greenpeace