Aurore boréale au-dessus des Montagnes Blanches, priorité de conservation au Québec

Le Rendez-vous national de la forêt québécoise vise, selon la première ministre, à développer « une vision commune des défis que nous devons relever » afin de « consolider notre fierté» du secteur forestier québécois.  Le gouvernement du Québec mise sur le développement de la filière bois et veut vanter les avantages « écologiques » de ce matériau pour relancer l’industrie.  Selon Greenpeace, si le bois présente effectivement certains avantages climatiques comme matériau, ce ne sont pas tous les bois qui sont écologiques. Nous croyons qu’encore beaucoup de chemin reste à parcourir pour assurer une gestion durable de nos forêts publiques et ainsi vanter le bois québécois comme étant « écologique ». La première étape incontournable est d’assurer que la forêt soit adéquatement protégée.

Se décoller de l’arbre pour voir la forêt

À peine 5% du territoire forestier québécois où l’industrie opère est actuellement protégé. Les images satellites montrent que près de 90% du territoire au sud de la limite nordique des coupes a déjà été coupé ou fragmenté. L’urgence pour notre gouvernement, qui est le gestionnaire de nos forêts publiques, est de s’assurer de ramener un équilibre entre exploitation et conservation. Éviter ce sujet au Rendez-vous sur la forêt serait de passer complètement à côté d’un des enjeux les plus criants pour la crédibilité de l’industrie, pour l’occupation de meilleures parts de marchés et pour la santé de nos écosystèmes forestiers.

Ainsi nous croyons que le gouvernement Marois doit en priorité :

  1. Protéger la Vallée de la Broadback : La forêt menacée de la Vallée de la Broadback couvre 23 000 km2 et englobe une des dernières grandes forêts vierges du Québec.  Les Cris et Greenpeace y revendiquent la protection d’un territoire de plus de 13 000 km2 depuis des années afin de permettre la sauvegarde du caribou forestier dans le secteur, une espèce qui selon les dernières recherches risque de disparaître si les coupes et les chemins se poursuivent. Le gouvernement québécois doit agir sur ce dossier.
  2. Imposer un moratoire de coupe sur les Montagnes Blanches, une zone de forêt vierge directement menacée par l’industrie forestière au nord du Lac St-Jean, et établir avec les Premières Nations une grande aire protégée dans le secteur. Le  manque de protection dans le secteur menace actuellement l’acceptabilité sociale des compagnies qui y opèrent, risquant ainsi de limiter leur accès aux marchés.
  3. Diversifier l’économie régionale en distribuant les volumes de bois aux plus petits joueurs comme les coopératives forestières, en développant les autres produits de la forêt (produits forestiers non-ligneux, écotourisme, développement éco-culturel, etc.) et en s’assurant d’une transformation optimale des produits issus de la forêt.

Ne pas répéter les erreurs du passé

Le gouvernement Marois a annoncé son intention de protéger 12% du territoire québécois dans les deux prochaines années, une cible minimale déjà fixée il y a plus de 20 ans. Bien que cette cible n’ait rien de scientifique, il y a là un défi à relever et le gouvernement doit faire preuve de créativité et d’audace. Par exemple, nous croyons que le Forestier en Chef devrait avoir comme mandat d’inclure les cibles de conservation dans ses calculs de possibilité forestière, plutôt que de tout allouer à l’industrie pour qu’ensuite le ministère de l’Environnement tente de lui en soutirer une partie. Cette pratique est une des principales causes du retard embarrassant du Québec forestier en termes de conservation.

Trop de pouvoir et d’influence sont laissés aux mains des grandes multinationales qui tiennent souvent en otages les communautés forestières afin d’obtenir les faveurs du gouvernement. Le nouveau régime forestier peut briser cette tendance lourde, mais pour ça le gouvernement doit accompagner les petites entreprises, leur assurer des volumes suffisants et permettre la diversification de leur gamme de produits issus de la forêt. En échange, tous les acteurs de la forêt devraient proactivement participer à la mise en place du réseau minimal d’aires protégées en forêt commerciale, afin de respecter les critères de certification et les intérêts des marchés internationaux.

Il n’y a pas d’aménagement durable des forêts sans conservation de la biodiversité

Il est clair que le Rendez-vous de Mme Marois ne règlera pas tous les enjeux du secteur forestier, mais nous croyons fermement que le gouvernement doit prioriser la conservation des dernières forêts vierges s’il est réellement engagé à assurer la durabilité de l’industrie et la santé de nos écosystèmes forestiers. Contrairement à ce que dit la grande industrie en marge du Rendez-vous, le développement durable est un incontournable, et non un obstacle à la prospérité. L’intégration de la conservation comme outil pour s’assurer que l’industrie s’accapare davantage de parts sur les marchés nous apparaît une clé dont le secteur forestier québécois ne peut se passer.

Le nouveau régime forestier fait place à l’aménagement écosystémique et à la gestion intégrée des ressources. Il est temps de prouver que cette intention est réelle en concrétisant les efforts nécessaires au maintien de la biodiversité, des fonctions des écosystèmes et des caractéristiques pré-industrielles de la forêt québécoise. Selon Greenpeace, le développement de la filière bois ne peut se faire sans ces éléments essentiels, et le Rendez-vous national de la forêt est le moment opportun pour mettre les balises en place afin d’assurer un avenir prometteur pour la forêt québécoise.