Nous n’avons pas toujours l’opportunité de parler directement avec les instances au pouvoir. Mais le 20 mars dernier, notre responsable de campagne Climat et Énergie Mélina Laboucan-Massimo a été invitée à témoigner des impacts des sables bitumineux devant le Congrès américain.


Le pétrole albertain n’a rien d’éthique

Extrait du discours présenté au Congrès :

« Aujourd’hui, je suis seule devant vous, parlant au nom de ma famille, de ma communauté et des nombreuses personnes touchées par les impacts dévastateurs des sables bitumineux et par leur développement dans le Nord de l’Alberta.

Je suis seule devant vous aujourd’hui, mais je sais que je parle aussi au nom des milliers de Canadiens qui sont aujourd’hui prêts à rejoindre le mouvement de lutte contre les sables bitumineux et surtout prêts à gagner cette bataille. Ensemble, nous avons réussi à faire stopper le projet de pipeline Keystone XL.

Maintenant, tous ensemble, mobilisons-nous pour faire annuler le projet de pipeline d’Enbridge : le Northern Gateway.

Alors que je me tiens devant vous, membres du Congrès américain, je voudrais vous parler de communautés comme celle de Fort McKay qui, à cause de l’exploitation pétrolière, ne peut plus boire l’eau qui sort du robinet. Je voudrais vous parler des taux élevés de cancers liés à la pollution engendrée par l’extraction du pétrole à Fort Chipewyan.

Je voudrais vous parler des violations, perpétrées par les pétrolières, aux Traités et aux Droits autochtones pourtant clairement indiqué à la Section 35 de la Constitution Canadienne.

J’ai peur que la terre sur laquelle mes ancêtres ont vécu depuis des milliers d’années soit détruite à tout jamais si nous continuons sur ce chemin. »

Quelque jours après, nous apprenions que le Président Obama faisait la promotion du pipeline Keystone XL dans le Sud des États-Unis. Un revirement de position à saveur électoraliste, mais qui n’entame en rien la détermination des groupes autochtones et écologistes.

Visionnez la vidéo (en anglais seulement)

Les citoyens mobilisés

Il y a une opposition tout aussi intense et diversifiée envers le projet de pipeline de la compagnie Enbridge, le Northern Gateway. S’il est approuvé, ce pipeline permettra de transporter le pétrole brut des sables bitumineux à travers les Rocheuses, par le nord de la Colombie-Britannique, jusqu’au port de Kitimat, où il serait chargé à bord de supertankers en direction de l’Asie. Le projet prévoit un traffic de 200 supertankers par an, chargés d’environ 300 000 tonnes de pétrole brut chacun, transitant à travers des eaux parmi les plus dangereuses au monde.

La société Kinder Morgan cherche elle aussi à construire un nouveau pipeline à travers les Rocheuses dans le sud de la Colombie-Britannique pour atteindre le marché asiatique, tandis que TransCanada pense à faire couler le pétrole brut albertain vers l'Est jusqu’au Québec.

Sables bitumineux et démocratie ne font pas bon ménage

Les sables bitumineux sont la source d’émissions de gaz à effet de serre (GES) en plus forte augmentation au Canada, et la construction de nouveaux pipelines signifie un développement important de la production, donc encore plus de GES.

Le revers de la médaille est que, sans nouveaux pipelines, l'expansion prévue de la production de pétrole issu des sables bitumineux devrait connaître un arrêt brutal.

C'est pourquoi le Premier ministre Stephen Harper et ses alliés de l'industrie pétrolière sont prêts à tout pour faire tourner l’opinion en faveur de ce projet. Allant jusqu’à porter de graves accusations envers les opposants, comme on a pu le voir au début de l‘année.

Pour aider à faire accepter ce projet de pipeline, le gouvernement Harper a publiquement utilisé le mot « radical » pour caratériser les groupes environnementaux et autochtones et a même été jusqu’à qualifier Greenpeace - une organisation fondée sur le principe de la non-violence – de groupe « extrémiste » potentiellement dangereus et pouvant porter atteinte à la sécurité des Canadiens.


Notre crime supposé : soulever des questions quant à la pertinence de tripler la taille de l'exploitation des sables bitumineux alors même que les scientifiques climatiques disent que nous devons cesser de construire de nouvelles infrastructures de combustibles fossiles si nous voulons éviter des niveaux catastrophiques de réchauffement climatique.

Monter le volume?


Greenpeace a donc mené une petite enquête et a obtenu, en vertu de la Loi d'accès à l'information, des documents internes du gouvernement qui détaillent la façon dont le gouvernement fédéral travaille activement avec les compagnies pétrolières pour attaquer les lois environnementales en Europe et aux Etats-Unis. Des lois qui dérangent l’industrie pétrolière des sables bitumineux. Ces documents démontrent que le gouvernement fédéral, plutôt que d'introduire des mesures visant à réduire la pollution, a choisi de se joindre, à l'invitation de l'Association canadienne des producteurs pétroliers, à cette campagne de relations publiques destinée à « monter le volume » afin de soutenir l’industrie des sables bitumineux ici et à l'étranger.

Comme le faisait remarquer le professeur Mark Jaccard, l'un des plus grands experts de la politique en matière de climat au Canada : « Nos dirigeants politiques nous mentent s‘ils souhaitent aider et encourager l'expansion de l'exploitation des sables bitumineux tout en promettant de prendre des mesures pour éviter une catastrophe climatique maintenant imminente. Si vous aimez cette planète et vos enfants, et que vous faites preuve d'objectivité dans l'examen des conclusions de la science, vous n'avez aucun autre choix que celui de batailler ferme pour arrêter le Northern Gateway et les autres projets de pipelines. »


À nous, citoyens, de « monter le volume » de notre opposition au pétrole sale. Nous vous garderons informés des prochains développements de notre campagne.

D’ici-là, nous avons rendez le 22 avril pour signifier notre attachement à une terre en santé.