Le gouvernement de la Première ministre de la C.-B. Christy Clark a donné son feu vert la semaine dernière à la création d’une autre ferme salmonicole à Clayoquot Sound, une réserve de biosphère de l’UNESCO. Si vous avez pris le temps de vous tenir au courant des derniers développements entourant l’élevage du saumon, cette démarche va sans doute vous sembler à l’encontre de l'intuition. Jusqu’à hier, Greenpeace et d’autres groupes espéraient encore un peu que les Fédéraux, qui n’avaient pas encore donné leur approbation finale, suivraient pour une fois une approche précautionneuse en suspendant toute nouvelle autorisation dans la région. Malheureusement, les Fédéraux ont comme d’habitude fait passer les intérêts de l’industrie salmonicole avant la santé précaire de nos écosystèmes marins et de nos stocks de saumons sauvages.

Le ministère des Pêches et des Océans du Canada a considéré hier qu’il valait la peine d’ajouter une 21e ferme dans la région malgré les risques potentiels encourus, l’état déplorable des stocks de saumons sauvages locaux, l’éclosion de diverses maladies dans les fermes existantes, sans attendre le dépôt prochain de la Commission Cohen portant sur le déclin des populations de saumon rouge du fleuve Fraser. De plus, le ministère des Pêches et des Océans a procédé en dépit de la nette opposition de la Première Nation Tla-o-qui-aht, de sept autres organisations environnementales bien connues dont Friends of Clayoquot Sound, de la Living Oceans Society, de la Fondation David Suzuki, de Georgia Strait Alliance, du Wilderness Committee, de la fondation T. Buck Suzuki et de Greenpeace.

Il est important de savoir qu'on n'a vu nulle part dans le monde une population de saumons sauvages prospérer à proximité immédiate de fermes d’élevage du saumon. Certains chercheurs établissent un lien entre la présence de nombreuses fermes aquacoles sur la côte est et le fait que le saumon sauvage de l’Atlantique apparaît dans la liste des espèces en voie de disparition. Cette dure réalité constitue un signal d’alarme pour les groupes de défense de l’environnement préoccupés par cette situation, dont il a été question précédemment. C’est pourquoi ceux-ci ont fait parvenir hier à la Première ministre Clark une lettre, la deuxième depuis que Mainstream Canada a proposé l’établissement d’une ferme salmonicole de 55 hectares à Meares Point, près de Plover Point. Dans cette missive, ils dénoncent l'autorisation et demandent des explications sur cette décision manifestement mal avisée. Parmi les principales raisons qui justifient notre opposition, il y a le fait que le gouvernement s'obstine à ne pas vouloir prendre en compte les préoccupations croissantes entourant les pathogènes décelés sur les fermes salmonicoles de la C.-B. Non seulement ces pathogènes rendent malades les saumons d'élevage, mais ils constituent une menace pour nos stocks de saumons sauvages. 

Les remontes du saumon à Clayoquot Sound diminuent d'une manière spectaculaire, notamment pour le saumon Chinook, dont certaines remontes ne comportent que quelques dizaines de ces poissons, plutôt que des dizaines de milliers. On a par ailleurs signalé cette année la présence d'éclosions de maladies dans les fermes d’élevage de Clayoquot, ce qui, hélas, n'est pas un phénomène nouveau. On a en effet rapporté la présence de pathogènes hautement contagieux, dont le virus de la nécrose hématopoïétique infectieuse (NHI), le virus de l'anémie infectieuse du saumon (vAIS), et la nécrose pancréatique infectieuse (NPI). Pour cette raison, l'Agence canadienne d'inspection des aliments (ACIA) a lancé un programme de surveillance des pathogènes de deux ans englobant toute la côte, dont le but est de dresser un tableau plus complet de la situation du saumon sauvage en Colombie-Britannique.

La situation est plus claire en ce qui concerne le marché canadien du détail. Les chaînes de supermarchés du Canada commencent à comprendre que la vente de produits de la mer très controversés et non durables comme le saumon élevé dans des piscicultures à enclos ouverts entre en contradiction avec leurs politiques d'approvisionnement durable, et l'une d'elles, Overwaitea Food Group, a même pris l'initiative audacieuse de cesser la vente de ces poissons dans ses magasins. Des entreprises innovatrices trouvent des façons nouvelles et plus intelligentes d'élever du poisson tandis que les consommateurs réalisent l'intérêt de conserver des stocks de poissons sauvages dans nos océans.

Il est honteux que le gouvernement provincial chargé de gérer nos côtes et les ministères fédéraux, dont le mandat est de préserver la vie marine de nos eaux, ont comme qui dirait la tête coincée dans des parcs à filet.