Ce mardi a débuté un périple maritime, premier en son genre, le long de la côte ouest canadienne. Pour la première fois, six représentants de six Premières nations ont pris place à bord du Greenpeace Esperanza, faisant cap vers Haida Gwaii, pour aider à connecter deux luttes : celles des communautés côtières de Colombie-Britannique opposées aux pipelines et au trafic pétrolier sur leur côtes à celle du mouvement citoyen mondial, fort aujourd’hui de 7 millions de soutiens, prônant la protection de l’Arctique et l’interdiction du forage pétrolier dans cette zone.  

À bord se trouvent Taylor George-Hollis de la nation Squamish (C.-B.), Candace Campo de la nation Shíshálh  (C.-B.), Audrey Siegl de la nation Musqueam  (C.-B.), Victor Thompson de la nation Haida (C.-B.), Robert Holler de la nation Anishinabe (Québec) (aussi Gardien du feu pendant les cérémonies Tsleil Waututh) et le vidéographe Mike Auger de la nation Crie de Woodland (Alberta).

Tandis que les changements climatiques accélèrent la fonte des glaces de l’Arctique, que les sables bitumineux peinent à étendre leur tentacules jusqu’aux côtes où les y attendent les navires pétroliers, ces derniers mois ont aussi vu la multiplication spectaculaire de mouvements citoyens se dressant contre le développement et les nouveaux projets pétroliers à travers le Canada et les États-Unis.

Au même moment, des activistes et des citoyens engagés ont manifesté leur opposition au forage arctique partout sur la planète, de l’océan Pacifique à la Norvège en passant par la Russie et l’Argentine. À ce mouvement s’ajoutent chaque jour des voix, celles de citoyens provenant de tous horizons, partout dans le monde, et cet été, la côte ouest va être le théatre de cette opposition mondiale aux projets des pétrolières.

La Colombie-Britannique court un grand risque si les nouveaux pipelines de pétrole des sables bitumineux voient le jour et que le forage arctique en Alaska va de l’avant. Pour la province, tout nouveau développement pétrolier signifie l’intensification du trafic maritime pétrolier. Plus de superpétroliers amarrés ou naviguant le long de ses côtes, soit pour exporter le pétrole de l’Alberta ou pour transporter le pétrole pompé sous l’océan arctique.

Cette croissance du trafic pétrolier fera inévitablement augmenter le risque de déversements. Comme si aucune leçon n’avait été tirée de la marée noire de l’Exxon Valdez il y a 26 ans -- et dont les traces sont encore visibles sur le littoral de l’Alaska -- , voilà que nos gouvernement semblent déterminés à répéter les mêmes erreurs.

Mais les gens qui vivent là se souviennent. Et c’est pourquoi, ils sont maintenant unis pour faire front face aux pétrolières. Il n’y aura pas un autre Exxon Valdez sur la côte ouest. La population y veillera.

Les communautés autochtones côtières de la Colombie-Britannique sont parmi les plus menacées par le développement pétrolier dans la région. Quelques-uns de leurs représentants sont à bord de l’Esperanza cette semaine pour tisser des liens avec d’autres communautés d’ici et du reste du monde et nous apporter un message d’espoir : « notre littoral ne sera pas dévasté, car nous allons remporter cette bataille ».

« Chaque personne sur cette planète a la capacité de faire changer les choses et quand nous comprendrons et accepterons le pouvoir que nous avons, nous pourrons changer n’importe quoi. Ce qui est infligé à cette planète, l’est à chacun de nous. Alors unissons-nous pour faire changer les choses maintenant. » -  Victor Thompson de la nation Haida

Si la prise de risque inconsidérée et la cupidité des pétrolières participent à rapprocher les sables bitumineux albertains et le pétrole arctique de l’Alaska sur la carte imaginaire de la destruction environnementale, les évènements récents ont quant à eux réussi à réunir, au sein d’un large mouvement, différentes communautés, dont celles de Burnaby, Cacouna, Seattle, Portland, New York, Québec et maintenant les communautés côtières autochtones de la Colombie-Britannique. Un mouvement qui mettra fin tôt ou tard à cette folie pétrolière. Celui-ci s’exprime aujourd’hui depuis les côtes de la Colombie-Britannique et l’Esperanza, et j’ai bon espoir qu’il puisse en effet changer les choses...

Diego Creimer est conseiller en communications pour la campagne Arctique chez Greenpeace Canada.