Des activistes escaladent une plateforme de forage dans l’Arctique russe

Actualité - 24 août, 2012
Ce matin, une équipe d’activistes de Greenpeace comptant parmi ses membres Kumi Naidoo, directeur général de Greenpeace international, et un activiste canadien, est montée sur la plateforme de forage Prirazlomnaya du géant énergétique russe Gazprom, au large de la côte nord-est de la Russie, dans la mer de Pechora.

Action à la plateforme pétrolière de Gazprom en cours © Denis Sinyakov / Greenpeace

 

MISE À JOUR

Ce soir, 15 heures après avoir escaladé la plateforme de forage du géant pétrolier russe Gazprom dans la Mer de Pechora, six activistes de Greenpeace, incluant le directeur général de Greenpeace International Kumi Naidoo, sont descendus volontairement. Dans des conditions météorologiques glaciales, les activistes ont été constamment arrosés avec de l’eau par les travailleurs de Gazprom qui étaient apparemment plus intéressés à mettre en péril la sécurité de nos activistes pacifiques qu’à opérer leur plateforme de forage.

Pour éviter de compromettre inutilement leur sécurité physique dans ces conditions glaciales si difficiles, les activistes ont décidé de ne pas poursuivre cette action. On ne peut en dire autant de Gazprom, qui semble être déterminé à aller de l’avance avec son programme de forage dans une des régions les plus fragiles de la planète. La détermination et le courage de ces activistes ont interrompu la plus importante activité pétrolière en Arctique, tout en attirant l’attention mondiale autour de cet enjeu crucial. L’occupation de cette plateforme de forage n'est qu'une action de plus dans la vaste campagne mise en branle cette année pour sauver l’Arctique; une campagne qui ne saurait être intimidée ni arrêtée par les canons d’eau ni par aucune autre forme de brutalité corporative.


À 4 heures du matin heure locale, l’équipe d’activistes internationaux a quitté le Arctic Sunrise, le navire de Greenpeace, à bord de trois bateaux pneumatiques pour ensuite escalader la plateforme de forage à l'aide de cordes d’amarrage. Les membres de l’équipe ont ensuite pris position sur la plateforme pour demander à Gazprom d’abandonner ses plans de forage pétrolier dans l’Arctique. Ils ont réussi à arrêter complètement les opérations. Les activistes ont suffisamment de provisions pour tenir pendant plusieurs jours.

« Je participe à cette action pour mes petits-enfants et les petits-enfants de la planète. Je pense qu’il est très arrogant de la part des ingénieurs de concevoir cette installation de forage pour l’Atlantique Nord. Je pense que c’est une catastrophe en devenir », a affirmé l’activiste canadien Terry Christenson, originaire de Parry Sound, en Ontario. Terry Christenson a commencé à faire de l’escalade il y a presque 20 ans déjà et s’est joint comme activiste à Greenpeace il y a quatre ans.

De la plateforme, le directeur général de Greenpeace International, Kumi Naidoo, a déclaré : « Mes compagnons activistes et moi avons escaladé cette plateforme pétrolière rouillée forts d’un mandat qui nous a été donné par plus d’un million de personnes qui se sont jointes au mouvement pour protéger l’Arctique, et nous sommes ici en leur nom. Nous prenons également position aux côtés des Peuples Autochtones russes, qui la semaine dernière seulement ont signé une déclaration commune pour s’opposer au forage pétrolier en mer dans cette région qui est située à proximité de leur territoire traditionnel. »

C’est la seconde fois que Kumi Naidoo participe à une action directe pour empêcher le forage pétrolier dans l’Arctique. L’activiste en droits de la personne originaire de l’Afrique du Sud est monté sur une plateforme de forage exploitée par la compagnie anglaise Cairn Energy au large du Groenland en juin 2011. Cairn a depuis cessé l’exploration dans cette région.

« Comme dans le cas des plans de forage irresponsables de Shell en Alaska, la question n’est pas de savoir si un déversement de pétrole se produira dans l’Arctique, mais bien quand il se produira. La seule façon d’empêcher un déversement de pétrole catastrophique dans cette région unique est de bannir dès maintenant de façon permanente tout forage », a précisé Kumi Naidoo.

Le géant énergétique russe Gazprom semble prêt à commencer le forage commercial à plein rendement au début de l’année prochaine. Cette entreprise deviendra ainsi la toute première société à amorcer la production pétrolière commerciale dans les eaux de l’Arctique. La semaine dernière, Greenpeace a découvert que la plateforme de Gazprom fonctionne sans plan officiel d’intervention en cas de déversement d’hydrocarbures. Le plan d’intervention de Gazprom a été approuvé en juillet 2007 pour une période de cinq ans exactement, mais le ministère russe des situations urgentes a admis à Greenpeace dans une lettre que l’entreprise ne lui a pas soumis de nouveau plan.

L’Arctique est l’un des environnements les plus extrêmes et hostiles de la planète pour le forage pétrolier. Le site de forage de Gazprom est recouvert de glace de mer épaisse pendant près des deux tiers de l’année, alors que des températures aussi basses que – 50 °C ne sont pas inhabituelles. De violentes tempêtes frappent souvent la mer de Pechora et, pendant le long hiver nordique, cette mer est plongée pendant des mois dans une obscurité presque totale. Malgré des risques aussi extrêmes, Gazprom n’a transmis au public qu’un résumé de ses plans d’intervention en cas de déversement d’hydrocarbures. Pourtant, même ce document montre que l’entreprise serait totalement prise au dépourvu si un accident se produisait dans le Grand Nord et qu’elle devrait compter sur des méthodes de nettoyage inférieures aux normes — telles que des seaux et des pelles — qui ne fonctionnent tout simplement pas dans un milieu glacé.

La semaine dernière, Greenpeace Russie et WWF Russie ont publié un rapport indépendant commandé par des experts du centre russe Informatika Riska, qui ont mis au point un modèle informatisé de risque pour les scénarios de déversement pétrolier sur la plateforme Prirazlomnaya, la plateforme même qu’occupent actuellement les activistes.

Les experts ont examiné des dizaines de milliers de scénarios possibles et ont conclu que la zone de contamination possible couvre plus de 140 000 kilomètres carrés d’eau libre, ainsi que plus de 3 000 kilomètres de littoral.

La semaine dernière également, Greenpeace International ainsi que le Comité de sauvegarde de la Pechora et Iz’vatas ont tenu une conférence à Oussinsk, en Russie, pour étudier les effets du forage pétrolier arctique sur les communautés autochtones. Après avoir entendu des conférenciers venus du Groenland au delta du Niger, le groupe formé de 30 représentants a rédigé et signé une déclaration commune s’opposant au forage pétrolier dans les eaux de l’Arctique et demandant que le gouvernement les consulte relativement aux droits de forage sur leurs terres traditionnelles.