Déversements d’hydrocarbures : le Conseil de l’Arctique met les Canadiens en danger

Actualité - 4 février, 2013
À la veille de la réunion des ministres de l’Environnement du Conseil de l’Arctique à Jukkasjärvi, en Suède, Greenpeace constate que le plan d’urgence en cas de déversement de pétrole, dont elle a obtenu copie, repose sur des mesures inadéquates et ne prévoit pas de pénalités efficaces. Cet accord doit être adopté lors de la réunion du Conseil de l’Arctique au mois de mai, moment où le Canada se verra confier la présidence de l’organisme.

Pack ice melting Packeis © Bernd Roemmelt / Greenpeace

 

« Cet accord exige tellement peu du Canada et des autres pays de l’Arctique que, dans les faits, il est totalement inutile », a affirmé Patrick Bonin, responsable de la campagne Climat-Énergie et Arctique de Greenpeace Canada. « Malgré les promesses qu’il s’agirait du premier accord légalement contraignant à l’égard des déversements, l’équipement d’urgence de base, les méthodes pour boucher les puits accidentés ou pour nettoyer les zones et les animaux souillés de pétrole sont des informations capitales qui brillent par leur absence. L’entente affirme simplement que les nations de l’Arctique devraient s’assurer de prendre les mesures nécessaires avec les ressources dont ils disposent. »

De plus, le document provisoire ne mentionne aucunement la responsabilité financière des compagnies pétrolières ni la procédure à suivre en cas de déversement transfrontalier. Une omission particulièrement grave pour les Canadien(ne)s, puisque des compagnies au large du Groenland à l’est, et au large de l’Alaska à l’ouest, forent déjà dans ces régions. Les scientifiques affirment que le pétrole déversé pourrait rester emprisonné dans la glace et ainsi voyager jusqu’à 1 600 km dans l’océan.

« Ce sont des compagnies inexpérimentées en forage arctique et qui opèrent dans l’un des environnements les plus dangereux au monde. Cet accord ne fait presque rien pour protéger l’Arctique canadien et les peuples qui y habitent des effets potentiellement dévastateurs d’un déversement de pétrole transfrontalier », a ajouté Patrick Bonin.

Rappelons que les zones de forage en Arctique se trouvent dans des endroits exceptionnellement éloignés. En cas de déversement, la disponibilité des ressources de secours et leur efficacité ne sont pas garanties. Une telle situation, conjuguée à l'incapacité avérée de Shell, Gazprom et Cairn à fournir un plan d'intervention, prouve que le Conseil de l'Arctique ferme délibérément les yeux sur la réalité des risques dans cette région.

De sérieuses questions restent sans réponse quant à l’implication des compagnies pétrolières dans la rédaction de l’accord. Des photos du compte Flickr du Conseil de l’Arctique montrent que des représentants de l’industrie pétrolière ont participé aux groupes de travail, notamment à la réunion pendant laquelle le document a été finalisé.

Enfin, l’accord n’offre aucune proposition sur la marche à suivre par les entreprises responsables dans l’éventualité d’une catastrophe comme celle de Deepwater Horizon. « Au lieu de cela, le document s’apparente au traité de l’ONU sur l’interdiction des essais nucléaires en affirmant simplement ‘Si cela ne vous embête pas trop, merci de développer un plan national pour ne pas faire exploser les bombes atomiques!’ », a résumé Ben Ayliffe, chef de la campagne Pétrole et Arctique de Greenpeace International.

Télécharger le document provisoire de l’accord (en anglais)