L'agriculture doit devenir une solution aux changements climatiques

Actualité - 7 janvier, 2008
D’ici peu, la Commission sur l’avenir de l’agriculture et de l’agroalimentaire (CAAAQ) remettra son rapport final au gouvernement du Québec. Nombreux sont ceux qui espèrent de cette Commission des recommandations structurelles qui mèneront le Québec vers un virage écologique en agriculture.

Sources des GES agricoles au niveau mondial

Greenpeace donne à la CAAAQ une raison de plus d'aller dans cette direction avec la publication, cette semaine, d'un rapport scientifique faisant état des effets des activités agricoles mondiales sur les émissions de gaz à effet de serre ou GES. En effet, le secteur agricole produit, directement ou indirectement, de 17 à 32 % de l'ensemble des émissions mondiales de GES causées par les humains. De ce fait, le secteur agricole constitue l'une des activités humaines émettant le plus de GES dans le monde, tout juste après le secteur énergétique. Plus du tiers des émissions de GES de l'agriculture provient des sols qui reçoivent trop d'engrais. Cependant, en changeant les pratiques agricoles, l'agriculture pourrait réduire ses émissions de GES et même devenir un puits de carbone plutôt qu'un grand émetteur. Mais ceci nécessite d'abandonner les pratiques agricoles industrielles qui utilisent de grandes quantités de produits chimiques.

Ce rapport de Greenpeace est rendu public alors que s'amorceront, en 2008, plusieurs rencontres sous l'égide des Nations Unies sur l'agriculture et, en particulier, la biodiversité agricole. Dans un contexte où les suites à donner au Protocole de Kyoto se précisent et où l'agriculture peut être considérée comme responsable du tiers des émissions mondiales de GES, il apparaît particulièrement pertinent pour le monde de se pencher sur l'agriculture, et notamment sur le cas de l'agriculture industrielle. Celle-ci utilise en effet de plus en plus d'engrais, machineries, pesticides, OGM, etc. À titre d'exemple, les émissions mondiales du méthane CH4 et de l'oxyde nitreux N2O ont progressé, entre 1990 et 2005, de 17 %. De plus, les prévisions font état d'un accroissement supplémentaire variant de 35 à 60 % d'ici 2030, en raison de l'usage grandissant des engrais azotés et de l'augmentation du bétail.

Symbolique forte à Skandeborg, au Danemark. Un code chimique, N2O, est tracé avec le feu dans un champ pour illustrer les effets néfastes de l’agriculture industrielle sur les changements climatiques. Le N2O est un puissant gaz à effet de serre émis par l’agriculture industrielle, qui surutilise les engrais. Le N2O est 296 fois plus dommageable pour l’environnement que le CO2.

L'État de la situation au Québec et au Canada

En 2004, les activités agricoles étaient directement responsables de 7,25 % du total des émissions de GES du Canada, légèrement moins, à l'époque, que la moyenne mondiale (11 à 15 %) pour les activités agricoles directes. Signalons que les cultures nécessitant beaucoup de fertilisants sont responsables de 50 à 80 % des émissions de N2O ou oxyde de nitrate, un gaz jugé très nocif. Notons que 1 kg d'oxyde de nitrate équivaut à 310 kg de CO2. Sur le plan canadien, les cultures génèrent environ 30 % du total des émissions de GES de l'agriculture alors que la production animale génère à elle environ 53 % de ces émissions provenant de l'agriculture. Ce qui est préoccupant est l'augmentation de 23 % des émissions de GES par l'agriculture entre 1990 et 2004 à cause notamment de la croissance des élevages et de l'utilisation des engrais.

Au Québec, 8,3% des émissions de GES du Québec sont le résultat des activités agricoles. À cela, il faudrait ajouter les émissions de GES des activités agroalimentaires reliées à l'agriculture : transformation, emballage, réfrigération, transport, distribution et entreposage centralisés, importations-exportations, déplacements automobiles des consommateurs vers les mégaépiceries, etc. On peut donc estimer qu'environ 15 % des émissions de GES au Québec proviennent directement et indirectement des activités associées à l'ensemble des secteurs des champs aux assiettes.

Bref, l'agriculture, l'agroalimentaire et l'alimentation au Québec, dans l'ensemble, sont des secteurs qui doivent être considérés comme des émetteurs non négligeables de GES. Greenpeace a bien accueilli le plan additionnel du gouvernement du Québec et, notamment, la mise en place de mesures pour le traitement des fumiers et la valorisation énergétique de la biomasse en milieu agricole. Somme toute, les objectifs de réduction du gouvernement dans le secteur agricole sont relativement modestes : 300 000 tonnes de CO2 ou leur équivalent d'ici 2012. Voilà qui traduit une faible volonté politique d'agir dans ce secteur. Voilà qui traduit bien aussi les limites technologiques qui font obstacle à une véritable réduction des impacts d'une agriculture industrielle qu'il serait souhaitable de réexaminer en profondeur.

Les solutions existent!

Or, les occasions ne manquent pas pour faire mieux en agriculture. Une vision doit désormais s'imposer : celle d'une agriculture qui n'est pas seulement émettrice de GES, mais également un moyen de retenir ou limiter les émissions de GES, notamment par l'adoption de politiques publiques plus respectueuses de l'environnement.

Au Québec, de nombreuses solutions sont discutées depuis un certain temps sur la place publique. Nature-Québec en a identifié ici un certain nombre. Greenpeace a également proposé à la Commission sur l'avenir de l'agriculture et de l'agroalimentaire un ensemble de mesures en faveur de l'agroécologie.

Selon Greenpeace, sur le plan mondial, la séquestration du carbone du sol offre de loin les meilleures possibilités d'atténuation en changeant les pratiques agricoles vers des pratiques plus écologiques, plus respectueuses des sols. Ici, quelques exemples de pratiques à adopter s'imposent :

  • Éviter la jachère à découvert et pratiquer la rotation des sols avec, par exemple, des cultures de légumineuses;
  • Utiliser juste ce qu'il faut d'engrais azoté et de phosphore de fumiers ou de lisiers (ce qui évite aussi les algues bleues!);
  • Opter pour des fumiers solides plutôt que des fumiers liquides pourraient limiter les émissions de méthane
  • Réduire le labourage sans recourir à des herbicides dans les sols organiques;
  • Réhabiliter les sols organiques drainés pour obtenir des terres cultivables, et restaurer les terres dégradées afin d'augmenter les puits de carbone. Autrement dit, il faut éviter de drainer les milieux humides, mener à bien la lutte contre l'érosion des sols et prévoir des apports organiques et des nutriments;
  • Conversion des terres cultivées en pâturages qui permettrait également de modifier l'alimentation animale afin de limiter la production de méthane;
  • Réduire les intrants chimiques et éliminer les cultures (comme les OGM) qui les encouragent.

Les émissions d'oxyde nitreux (N2O) et de méthane (CH4), qui sont des gaz à effet de serre (GES) sont souvent exprimées en unités équivalentes de CO2, en raison de leurs impacts éventuels sur les changements climatiques d'ici 100 ans. Le N2O est 296 fois plus nocif en terme de réchauffement que le CO2, tandis que le CH4 est 23 fois plus nocif.

Greenpeace recommande aussi un plan d'ensemble qui tient compte des nombreuses considérations en santé et en santé environnementale associées à l'agriculture industrielle et qui encouragerait, à titre d'exemple, l'adoption d'un régime alimentaire végétarien, ou du moins une réduction de la consommation de viande, permettant de réduire les GES. À titre indicatif, une personne dont le régime alimentaire correspond à ce qu'un habitant consomme en moyenne chaque jour au Canada, pourrait économiser 3850 kcal (ou de 950 à 1260g de CO2) de combustibles fossiles en diminuant de 50 % de sa consommation quotidienne de viande.

L'élevage d'animaux de boucherie, en particulier du mouton et du bœuf, exerce le plus grand impact sur le climat, avec respectivement 17 et 13 kilos de CO2-équivalent par kilo de viande. Bref, la consommation de viande a des retombées importantes sur les changements climatiques.

Québec : vers une vraie révolution verte en agriculture?

Bien entendu, il va nous falloir attendre un peu pour connaître les conclusions et recommandations de la Commission sur l'avenir de l'agriculture et de l'agroalimentaire (CAAAQ). Mais il devient de plus en plus évident que la piste agroécologique offre une panoplie de solutions à une série de problèmes environnementaux comme les changements climatiques, les pesticides, la disparition des abeilles, etc. La saga des algues bleues de l'été dernier constitue un bel exemple. Abandonnons collectivement les solutions de politiques publiques faites en bout de tuyau par lesquelles s'est conclue cette crise des algues bleues. On sait désormais que l'écrasante majorité des excédents de phosphore dans certains bassins versant du Québec provient de mauvaises pratiques agricoles comme les élevages intensifs.. C'est donc l'ensemble de notre modèle agricole qu'il faut revoir en profondeur.

Avec un gouvernement conservateur minoritaire à Ottawa, il semble évident que le Canada ne relèvera ni le défi des changements climatiques, ni celui d'une agriculture écologique. Les potentiels de synergie sont pourtant bien présents. Des synergies qui respecteraient l'environnement tout comme l'avenir de l'agriculture et des agriculteurs. C'est ça le développement durable !

Lettres d'opinion

  • Greenpeace réplique à Alain Dubuc : Voici la réplique que Greenpeace a servie à Alain Dubuc, qui a publié le 13 janvier dernier dans les pages de La Presse une chronique qui frisait l'hystérie et la désinformation. Notre réplique a été publiée dans les pages de La Presse le 21 janvier, en page A41.

Thèmes