Une informatique plus verte mais encore loin du compte

Analyses d’ordinateurs portables

Actualité - 22 octobre, 2007
Des analyses de substances dangereuses dans les ordinateurs portables commissionnées par Greenpeace montrent que les fabricants sont parvenus à éliminer plusieurs matériaux et produits toxiques visés par diverses réglementations mais qu’il leur reste encore à procéder au remplacement de plusieurs autres tels que le PVC, les retardateurs de flamme bromés (RFB) et les phtalates(1).

Ordinateur portable en cours de démontage en laboratoire.

Greenpeace s'est procuré 18 ordinateurs portables de 6 marques différentes dans 14 pays d'Europe, d'Amérique du Nord et du Sud et d'Asie et a fait réaliser des analyses par un laboratoire indépendant du Danemark et ses propres laboratoires de recherche basés à l'université d'Exeter, en Grande-Bretagne(2).

Les résultats des analyses indiquent la présence de brome dans plus de 40% des composants testés, à des concentrations atteignant jusque 10% en poids. Les portables de Sony contenaient la plus faible proportion de composants additionnés de brome tandis que ceux de Dell en présentaient le plus grand nombre. Du PVC a été identifié dans 44% de l'ensemble des revêtements plastiques des câbles internes et externes testés. Des phtalates étaient présents dans tous les câbles d'alimentation fournis avec les ordinateurs portables ; les teneurs les plus élevées ont été détectées dans ceux de Acer et de HP(3).

« Les concentrations de certaines substances toxiques mesurées dans les composants testés sont conformes aux normes européennes en vigueur, mais plusieurs autres substances et matériaux dangereux ne sont pas encore couverts par des réglementations » commente Yannick Vicaire, porte-parole de la campagne Toxiques de Greenpeace International, « notre objectif demeure l'assainissement complet du secteur informatique par les fabricants et donc l'élimination de toutes les substances nuisibles à la santé, à l'environnement et au bon recyclage des produits ».

Ce nouveau travail d'investigation se veut la suite d'une enquête similaire(4) de Greenpeace sur les toxiques dans les ordinateurs portables vendus en Europe en 2006 en amont de l'entrée en vigueur de la réglementation européenne sur les substances dangereuses dans les équipements électriques et électroniques, alias la directive RoHS(5).

Grâce à la mise en oeuvre de RoHS, les fabricants d'ordinateurs ont largement réduit leurs usages de plomb, de cadmium, de mercure, de chrome hexavalent et de certains retardateurs de flamme bromés. Ces changements sont intervenus dans toutes les entreprises au-delà des frontières du marché européen.

« Les résultats démontrent que des réglementations régionales peuvent exercer une influence positive y compris dans des pays où elles ne sont pas en vigueur. Toutefois, de telles législations sont encore très lacunaires et de nombreuses substances toxiques présentes dans les ordinateurs ou d'autres équipements électroniques mériteraient d'être régulées à leur tour » affirme Kevin Brigden, scientifique des Laboratoires de recherche de Greenpeace, en charge des analyses et auteur du rapport. « Il serait pertinent que des lois comme RoHS qui visent à protéger la santé publique et l'environnement couvrent l'ensemble des substances dangereuses » conclut-il.

Les analyses montrent que pour quasiment chacun des composants où du brome ou du PVC ont été identifiés, on peut aussi trouver un composant équivalent exempt de ces substances dans un autre ordinateur portable. « En théorie, en combinant les composants de différents appareils, l'industrie pourrait presque produire le premier ordinateur sans PVC, sans phtalate, ni composé bromé » ajoute Yannick Vicaire, « laquelle des grandes marques du secteur sera la première à produire un tel ordinateur ? ».

1 - Un résumé en français est disponible sur www.vigitox.fr

2 - Greenpeace a acheté 18 ordinateurs portables, représentant 6 marques populaires (Acer, Apple, Dell, HP, Sony and Toshiba), sur le marché européen mais aussi en Amérique du Nord et du Sud et en Asie entre juillet et septembre 2006.

3 - Brome : Quelque soit leur forme, réactive ou additive, la présence en fortes proportions de composés bromés dans les composants électroniques soulève des préoccupations liées à l'élimination ou au recyclage des produits obsolètes, car même lié chimiquement au polymère, le brome peut contribuer à la formation de substances toxiques dont les persistantes et bioaccumulables dioxines et ses dérivés lors d'un traitement thermique destructif ou de process.

PVC (polychlorure de vinyle) : plastique chloré dont la porduction, l'usage et l'élimination peuvent provoquer une pollution toxique dont la formation de dioxines chlorées, persistantes et bioaccumulabes, et d'autres composés organochlorés nocifs.

Phtalates : ces substances toxiques sont très utilisées comme plastifiants (assouplissants) dans certains plastiques, majoritairement le PVC souple. Les phtalates peuvent s'en échapper au fil du temps. Plusieurs phtalates ont été identifiés dont le DEHP, classé par l'UE comme « toxique pour la reproduction ».

4 - Voir le rapport "Toxics Chemicals in Computers - Exposed": www.greenpeace.org/international/press/reports/toxic-chemicals-in-computers

5 - La directive européenne sur la restriction de l'usage de certaines substances dangereuses dans les équipements électriques et électroniques, alias la directive RoHS (Directive 2002/95), est entrée en vigueur au 1er juillet 2006. Elle interdit, avec certaines exemptions, la commercialisation sur la marché européen d'équipements contenant plus que les valeurs indiquées de plomb, de mercure, de cadmium et de chrome hexavalent (chrome VI) ainsi que deux types de retardateurs de flamme bromés, à savoir les biphényles polybromés (les PBB) et les diphényl éthers polybromés (les PBDE à l'exception du congénère décabromé BDE-209).

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