L’assemblée annuelle des actionnaires de Metro, qui se tenait le 27 janvier 2009 au centre-ville de Montréal, avait une invitée inattendue. Parmi la foule, Beth Hunter, Coordonnatrice de la campagne océans chez Greenpeace, était des actionnaires afin de souligner les faibles efforts effectués par l’entreprise pour la promotion des produits durables de la mer.
Éric R. La Flèche, Président et chef de la direction de Métro lors de l'assemblée générale du 27 janvier 2009 à Montréal.
L'épicier Metro, qui compte un réseau de 558 magasins d'alimentation au Québec et en Ontario, a concentré l'essentiel son Assemblée générale sur les bilans financiers de l'entreprise, mentionnant ici et là quelques initiatives environnementales comme le recyclage, l'offre de sacs réutilisables, la vente de quelques produits biologiques et un logo encourageant l'achat écologique. L'impact de notre consommation des poissons et fruits de mer sur les océans ne faisait pas partie de la rencontre.
Une question difficile :
Pendant la période de questions, Beth Hunter a demandé : « Alors que d'autres supermarchés canadiens et à l'international développent des politiques d'achats durables pour les aliments de la mer, et cessent la vente de certaines espèces sur la Liste rouge de Greenpeace tout en offrant des produits plus verts, Metro n'a pas pris de telles initiatives. Des clients ont écrit des lettres, signé des cartes postales et fait des appels téléphoniques demandant à la compagnie d'arrêter de vendre des espèces sur la Liste rouge, d'adopter une politique d'achat durable, et d'améliorer l'étiquetage des aliments de la mer. Ma question est la suivante : est-ce que la compagnie va s'engager à mettre en place une politique d'approvisionnement en poissons et fruits de mer durable »?
Visionnez la question de Beth Hunter, Responsable de la campagne océans Greenpeace, à la conférence de presse de Metro
Un vieux refrain :
En guise de réponse, le chef de la direction de Metro, M. Éric La Flèche, s'en est tenu à un vieux refrain : la compagnie prend conseil auprès de Pêches et Océans Canada et du Conseil canadiens des distributeurs en alimentation. Deux acteurs qui n'ont, jusqu'à présent, témoigné aucun empressement ni motivation afin de résoudre les problèmes graves que subissent les océans. M. La Flèche affirme toutefois que ses équipes «regardent sérieusement » la question de l'étiquetage et de la provenance des poissons. Celui-ci n'a pas voulu aborder la question plus en profondeur, notamment concernant la litigieuse question des critères et normes de l'étiquetage. L'amélioration des océans ne semble pas faire partie du plan stratégique l'avenir rapproché de celui qui se qualifie de «chef de file de la distribution alimentaire au Canada ».
Une piètre performance :
Metro demeure à ce jour l'un des huit supermarchés ciblés dans le rapport Épuisé - Rapport sur les supermarchés et l'avenir des aliments de la mer - publié par Greenpeace en juin 2008.
Le rapport montre que Metro ne possède pas de politique durable des aliments de la mer et poursuit la vente d'espèces présentes sur la Liste rouge de Greenpeace. Le supermarché ne fait pas non plus un très bon travail d'information auprès de ses consommateurs quant à l'origine du poisson et des moyens de pêches ou d'élevage qui ont été mis en œuvre pour son acquisition. La Liste rouge de Greenpeace énumère les espèces dont la population est dangereusement en déclin, conséquence d'une exploitation industrielle et trop intensive.
Étiquetage : les deux conditions
Il faut savoir que pour être complet, l'étiquetage des aliments de la mer durables doit communiquer aux consommateurs deux informations cruciales : le lieu et la méthode de pêche ou d'élevage employée. À partir de ce moment, les consommateurs auront en main les informations nécessaires et pourront faire des choix plus verts, directement de leur épicerie. Pour le moment, Metro ne semble comprendre l'étiquetage que sous la seule dimension du lieu.
Plus de mesures nécessaires :
L'épicier doit ouvrir les yeux : la pérennité de nos océans est en péril. Près de 75% des espèces de poissons commerciales sont exploitées à pleine capacité, surexploitées ou épuisées, dont un grand nombre se trouve sur les tablettes de Metro. Un sondage mené par Greenpeace a révélé que les consommateurs achèteraient volontiers des produits de la mer durable s'ils étaient identifiés comme tels dans les supermarchés. Il est du devoir du détaillant de faire sa part, sinon, le géant de l'alimentation n'aura tout simplement plus de poissons à vendre.