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Algues bleu-vert

Algues bleu-vert

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Montréal, Canada — Le 19 février dernier, le gouvernement du Québec et l’Union des producteurs agricoles (UPA) ont rendu public leur Portrait agroenvironnemental des fermes du Québec pour 2007 et pourtant disponible depuis mars 2008. Que cache donc ce que l’on publie si tardivement et le jour de la visite du président Obama à Ottawa comme si on voulait éviter de faire des vagues?

Le Portrait agroenvironnemental des fermes du Québec est prêt depuis maintenant plus d’un an. Étrangement, celui-ci est rendu public le 19 février 2009, une journée marquée par la visite d’Obama à Ottawa. Mais que cache donc ce rapport que l’on publie aussi tardivement et en catimini?

Selon plusieurs groupes environnementaux 1 , dont Greenpeace, il s’agit davantage d’une opération d’écomarketing dans l’optique de faire croire que la situation écologique en agriculture s’améliore. La réalité est quelque peu différente, voici pourquoi…

Un simple sondage

Ce rapport, qui se dit évaluer « […] l’évolution des pratiques agroenvironnementales des fermes du Québec […] à partir d'une comparaison temporelle de 40 indicateurs agroenvironnementaux » (Source : MAPAQ), est en fait un autoportrait que l’industrie se fait d’elle-même. Effectivement, le document s’appuie principalement sur des déclarations recueillies auprès d’agriculteurs, non contre-vérifiées par des scientifiques indépendants. S’il est intéressant et primordial de recueillir le point de vue des agriculteurs, ces sources d’information ne peuvent en aucun cas servir de données uniques pour une évaluation de l’évolution des pratiques agroenvironnementales des fermes du Québec.

La question du financement

Le « portrait » est financé par les gouvernements du Québec, du Canada et par l’UPA, des intervenants qui en matière de protection de l’environnement en agriculture n’ont pas une crédibilité établie. Seriez-vous en faveur de confier aux automobilistes le soin d’affirmer qu’ils conduisent en dessous des limites de vitesse? À la fois juges et parties, c’est pourtant ce que vous demandent les deux principaux bailleurs de fonds de l’« évaluation ».

Incohérence et contradiction

Le « portrait » fait état de progrès environnementaux en agriculture alors que les chiffres font état d’un surplace ou d’une croissance de l’utilisation des pesticides. À titre d’exemple :

  • En 2007, les ventes de nitrate sont au même niveau qu’en 1990.
  • De 1998 à 2007, le pourcentage des surfaces des champs arrosés de pesticides serait passé de 42 % à 48 %.

Le rapport prétend qu’il y a eu une réduction de l’utilisation du phosphore depuis 1990, une diminution qui atteignait près de 40 000 tonnes en 2007. Dans un même souffle, le rapport dit pourtant qu’il n’y a pas eu de progrès significatifs, ni très fiables. Pour reprendre les mots du rapport lui-même : « Il est difficile de certifier si une baisse si importante de ce bilan [...] a été effectivement enregistrée en pratique considérant l’incertitude reliée à certaines hypothèses de calcul [...] ». (MAPAQ, p.30). Progrès ou non ? Il faudrait savoir…

Problème de méthode

En fait, le rapport est victime des biais liés à une recherche basée sur des autodéclarations des agriculteurs non contre-vérifiées . Conséquemment, ce que les agriculteurs qualifient de « réduction » de phosphore (2,3 kg par hectare) correspond à 12 % du phosphore utilisé en agriculture au Québec pour 2007. Abracadabra ! On fait « disparaître » 12 % du phosphore tout en permettant au gouvernement et à l’UPA de déclarer des progrès en agroenvironnement. Magique, mais non scientifique !

Si le gouvernement souhaite rétablir sa crédibilité en matière de progrès agroenvironnementaux au Québec, il faudrait éviter un tel exercice d’écomarketing au profit d’un portrait crédible s’appuyant sur des vérifications externes sans que sa diffusion soit manifestement délibérément noyée par l’actualité.

Des oublis importants

Le « portrait » évite d’évaluer plusieurs éléments essentiels afin de mesurer la part des pesticides dans l’agriculture québécoise. Notamment, le lien entre cultures génétiquement modifiées (OGM) et l’augmentation des surfaces arrosées est ignoré, alors que les vrais problèmes de toxicité - comme l’ajout d’autres produits aux ingrédients actifs des OGM – passent sous silence.

Conclusion

En conclusion, si le gouvernement souhaite rétablir sa crédibilité en matière de progrès agroenvironnementaux au Québec, il faudrait éviter un tel exercice d’écomarketing au profit d’un portrait crédible s’appuyant sur des vérifications externes sans que sa diffusion soit manifestement délibérément noyée par l’actualité. Après tout s’il y a eu des progrès en agroenvironnement, pourquoi ne pas simplement le vérifier indépendamment et sur des données plus fiables. Ainsi, on pourrait encourager les agriculteurs ayant réellement agi pour une vraie protection de l’environnement. Encore faudrait-il que le gouvernement alloue des budgets pour effectuer de telles vérifications indépendantes. Le gouvernement a une chance de rectifier le tir dans le budget 2009. Sinon, il est à parier que les algues bleues, vertes et rouges auront un très bel avenir cet été et au cours des années prochaines, au grand dam de la population et des écosystèmes concernés.

Passez à l'action

Exigez un virage vert en agriculture

Contactez le ministre de l’Agriculture, monsieur Laurent Lessard, et demandez que son ministère des Finance effectue des études en agroenvironnement vérifiées de façon indépendante. (Pour plus d’inspiration, consultez les demandes de Greenpeace en prévision du budget 2009-2010)

Ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation
200, chemin Sainte-Foy, 12e étage
Québec (Québec) G1R4X6
Tél. : 418 380-2525
Fax : 418 380-2184
Sans frais 1-888 222-6272
ministre.mapaq@mapaq.gouv.qc.ca



(1) Réseau québécois des groupes écologistes, AmiEs de la Terre de Québec, Union paysanne, Coopérative La Grande Ruche.