Le gouvernement du Québec et l'Union des producteurs agricoles
(UPA) ont profité de la visite du président Obama à Ottawa le 19
février dernier pour rendre public le Portrait agroenvironnemental
des fermes du Québec et de se vanter de progrès en environnement.
Daté de mars 2008, le rapport était pourtant prêt depuis belle
lurette. Mais que cache donc ce rapport que l'on publie aussi
tardivement et en catimini ?
Premièrement, il importe de souligner que ce rapport est financé
par les gouvernements du Québec, du Canada et par l'UPA, des
intervenants qui en matière de protection de l'environnement en
agriculture n'ont pas une crédibilité établie.
Deuxièmement, ce « portrait » s'appuie principalement sur des
déclarations recueillies auprès d'agriculteurs. Il ne s'agit donc
pas d'un rapport neutre à l'abri de conflits d'intérêts, mais
plutôt d'un « autoportrait ». D'ailleurs, le rapport reconnaît que
des tests de qualité des rivières et des lacs auraient dû être
effectués afin de vérifier si les déclarations des agriculteurs
reflétaient la réalité [Louis-Gilles Francoeur, Le Devoir, 20
février].
Troisièmement, l'autosatisfaction en agroenvironnement affichée
par le gouvernement et l'UPA n'est pas corroborée pas certaines
données révélées par le rapport lui-même :
Le rapport prétend qu'il y a eu une réduction de l'utilisation
du phosphore depuis 1990 qui atteignait, encore, en 2007, 39 509
tonnes. Mais le rapport ajoute qu'il n'y a pas eu de progrès
significatifs, ni très fiables. Pour reprendre les mots du
rapport :
- « Il est difficile de certifier si une baisse si importante
de ce bilan [...] a été effectivement enregistrée en pratique
considérant l'incertitude reliée à certaines hypothèses de
calcul [...] ». (p.30). En effet, les biais liés à de telles
autodéclarations non contre-vérifiées par les agriculteurs ont pour
conséquence qu'une partie de la soi-disant réduction de phosphore
(2,3 kg par hectare) représente tout de même 12 % de tout le
phosphore utilisé en agriculture au Québec pour 2007. Abracadabra !
On fait « disparaître » 12 % du phosphore tout en permettant au
gouvernement et à l'UPA de déclarer des progrès en
agroenvironnement. Magique !
- Les ventes de nitrate sont au même niveau qu'en 1990, soit
environ 100 000 tonnes par an (graphique 3.4). Tandis que le
phosphate est l'aliment nutritif des algues bleues et vertes dans
les lacs et rivières, le nitrate est l'aliment nutritif des algues
rouges. Rappelons que l'été dernier, l'estuaire du St-Laurent a été
victime d'une marée rouge particulièrement sévère.
- Le pourcentage des surfaces des champs arrosés de pesticides
serait passé de 42 % en 1998 à 48 % à 2007 (figure 3.15).
Malheureusement, le rapport évite d'évaluer la causalité entre
cultures génétiquement modifiées (OGM) et l'augmentation des
surfaces arrosées d'herbicides. En effet, les OGM rendent plus
facile l'utilisation de produits chimiques.
Depuis 2002, l'indice de pression (c'est-à-dire les kilos
d'ingrédients actifs de pesticides par hectare) stagne à environ
2,5 kg. Ce rapport ignore toutefois complètement les vrais
problèmes de toxicité, car l'ajout d'autres produits aux
ingrédients actifs multiplie la nocivité des herbicides. Certaines
études scientifiques récentes sur l'herbicide Roundup comme
celles de Gilles-Éric Séralini et ses collègues(1), démontrent que l'herbicide de Monsanto a
des effets dramatiques sur les cellules d'embryon humain. Comme le
Roundup est l'un des herbicides requis pour l'utilisation
des cultures OGM, il aurait été pertinent d'en tenir compte.
En conclusion, si le gouvernement souhaite rétablir sa
crédibilité en matière de progrès agroenvironnementaux au Québec,
il faudrait éviter un tel exercice d'écomarketing au profit d'un
portrait crédible s'appuyant sur des vérifications externes sans
que sa diffusion soit manifestement délibérément noyée par
l'actualité. Après tout s'il y a eu des progrès en
agroenvironnement, pourquoi ne pas simplement le vérifier
indépendamment et sur des données plus fiables. Ainsi, on pourrait
encourager les agriculteurs ayant réellement agi pour une vraie
protection de l'environnement. Encore faudrait-il que le
gouvernement alloue des budgets pour effectuer de telles
vérifications indépendantes. Le gouvernement a une chance de
rectifier le tir dans le budget 2009. Sinon, il est à parier que
les algues bleues, vertes et rouges auront un très bel avenir cet
été et au cours des années prochaines, au grand dam de la
population et des écosystèmes concernés.
(1) Time- and
Dose-Dependent Effects of Roundup on Human Embryonic and Placental
Cells. N. Benachour, H. Sipahutar, S. Moslemi, C. Gasnier, C.
Travert et G. E. Séralini Archives of Environmental
Contamination and Toxicology, Volume 53, no. 1 / Juillet,
2007.
Greenpeace, Réseau québécois des
groupes écologistes, AmiEs de la Terre de Québec, Union paysanne,
Coopérative La Grande Ruche.