Actualité - 23 mars, 2009
« Il y a des moments où l’Histoire se joue, où on a le sentiment que le monde ne sera plus comme avant ». La phrase est belle et elle ne vient pas de Greenpeace! Il s’agit de l’introduction prononcée par Monique Jérôme-Forget, le 20 mars dernier, lors du discours sur le budget 2009-2010. Malheureusement, le reste du document ne se mesure pas à la belle envolée lyrique de la ministre. L’analyse d’Éric Darier, directeur de Greenpeace Québec qui était présent au huis clos.
Monique Jérôme Forget, Ministre des finances du Québec
En réalité, le gouvernement a totalement raté son virage vert alors que la crise financière, ainsi que les changements politiques aux États-Unis, auraient dû être les conditions gagnantes pour prendre afin de préparer l'économie de demain aux impératifs écologiques.
Leader mondial vert?
La ministre a aussi annoncé dans son discours que son plan prépare la province à devenir un « leader mondial en environnement et des technologies vertes ». Le gouvernement alloue seulement 8,6 millions de dollars. L'enveloppe du ministère du Développement durable, des Parcs et de l'Environnement augmente d'environ 19 millions de dollars. Greenpeace estimait les besoins du Québec pour la protection de son environnement à 5,3 milliards de dollars. Bien maigre ce budget de « leader ». Encore une fois, les investissements en environnement du gouvernement sont marginaux contrairement à d'autres projets qui n'ont rien durables.
Des choix non durables
Le budget prévoit l'exploration gazière dans le St-Laurent et offre des congés de redevances de cinq ans pour l'industrie. Le gouvernement Charest ouvre donc la porte à une énergie polluante. Le Québec est riche en énergie renouvelable et le défi planétaire est de sortir des énergies fossiles d'ici 2030. Le développement de la fillière gazière est à l'opposé du développement d'une économie durable.
Le budget prévoit aussi 670 millions pour la construction de routes et d'aéroports pour le Nord. Seulement 1,6 million de dollars est alloué pour préserver l'environnement et valoriser le patrimoine naturel du Nord québécois.
Ces deux derniers choix illustrent l'attachement du gouvernement Charest à un modèle économique dépassé et basé sur l'exploitation non durable des ressources naturelles.
Les véhicules écologiques
Le crédit d'impôt pour l'achat d'un véhicule écoénergétique, bien qu'intéressant, reste fort modeste. Les coûts envers ce programme 2009-2010 ne seront que de 2,3 millions de dollars, et seulement 19 000 acquéreurs potentiels sur un horizon de 4 ans seront impliqués.
Aide au secteur forestier
Enfin, le gouvernement accorde quelques millions de dollars pour aider les travailleurs forestiers, ce qui ne fera pas de tort. Il s'agit toutefois d'un bien petit pansement pour traiter une véritable plaie ouverte. Jean Charest doit plutôt cesser la liquidation des forêts intactes et construire une économie durable pour garantir des emplois à long terme aux Québécois.
Absence de vision
L'absence d'une vision cohérente permettant un véritable passage vers une économie verte et durable au Québec est au cœur du décevant budget. Il s'agissait pourtant d'une occasion pour la province de se donner les moyens d'aller de l'avant vers une économie verte et génératrice d'emplois durables. Encore une fois, le gouvernement Charest a raté l'exercice.