Un activiste de Greenpeace transporte un amas de ballons gonflés de CO2 sur la plage de Kuta, en Indonésie. Les activistes se sont déplacés dans le cadre d'une journée de protestation organisée par Greenpeace pour le sommet du G8 et pour l'événement « Coal Trans 2007 », la plus grande réunion annuelle des industriels du charbon, qui débute aujourd'hui en Asie.
En fait, la nouvelle technologie proposée ne permettrait même pas d'atteindre les nouvelles cibles plus modestes que celles de Kyoto établies par le gouvernement du premier ministre Stephen Harper. Avec ces nouveaux objectifs, le Canada n'est plus en mesure de contribuer à sa juste part aux ententes du Protocole de Kyoto. La triste vérité est que la technologie de la capture et du stockage ressemble à de la pyrite de fer : c'est un minerai brillant et alléchant comme de l'or, mais il ne vaut en fait presque rien. La technologie proposée est onéreuse en plus d'être une tactique de diversion; pendant ce temps, le Canada se révèle être un émetteur de plus en plus important parmi la liste des pays émettant le plus de gaz à effet de serre.
En termes simples, disons que retirer le dioxyde de carbone des émissions d'une centrale thermique ou d'une installation émettrice n'est ni simple, ni bon marché, et que ce procédé n'entrera pas en opération à temps pour sauver le climat de la planète. Cette technologie comporte des difficultés que personne n'est parvenu à résoudre à grande échelle. D'énormes sommes d'argent devront être dépensées pour seulement essayer de faire marcher une hypothétique technologie qui n'est qu'expérimentale. On a vraiment l'impression qu'il s'agit du proverbial puits sans fond.
L'industrie fait preuve d'un enthousiasme déplacé en pensant pouvoir réduire considérablement les GES par la CSC. Mais le plus préjudiciable est que même si la CSC parvenait à fonctionner et à atteindre les cibles que l'industrie, dans son grand optimiste, pense que la CSC peut atteindre, le procédé arriverait trop tard pour éviter la détérioration du climat. Selon le consensus international qui prévaut, les émissions de GES devront atteindre un sommet d'ici 2015, puis commencer à décroître, et être en baisse d'au moins 50 % d'ici 2050, si nous voulons éviter les répercussions les plus graves des changements climatiques. Selon les prévisions pourtant optimistes de l'industrie du pétrole et du charbon, la capture et le stockage du carbone ne commenceront pas à être rentables avant 2020 ou 2030; il sera donc trop tard alors pour renverser la tendance au réchauffement planétaire.
Une « feuille de route » produite conjointement par le gouvernement et l'industrie s'est révélée être pleine d'hypothèses qui constituent autant de mises en garde quant aux possibilités de réalisation de la CSC. La feuille de route fait ressortir tant les incertitudes que les limites de la CSC. D'ici 2015, on « pourrait » avoir construit une centrale thermique pilote au charbon munie de la nouvelle technologie, et du dioxyde de carbone en provenance des projets d'usines d'exploitation des sables bitumineux « pourrait » être capturé. Et « si » le Canada créait un réseau de pipelines à travers les provinces de l'Ouest afin de recueillir et transporter le dioxyde de carbone des sables bitumineux sur des centaines de kilomètres jusqu'à une destination encore inconnue, alors « jusqu'à » 10 mégatonnes de ce gaz pourraient être acheminées d'Alberta jusque vers des sites d'enfouissement en 2015.
Dix mégatonnes, c'est moins que 1,2 % des émissions canadiennes de carbone prévues pour l'année en cours, à peine une goutte d'eau. Ce n'est pas avec cette sorte de réductions que le ministre Baird pourra atteindre ses cibles, et encore moins prévenir les changements climatiques.
L'espoir mensonger de pouvoir parvenir à capturer et à stocker la pollution carbonée conduit malheureusement le ministre de l'Environnement hors de la voie qu'il faut suivre. La CSC n'est qu'un écran de fumée dispendieux et probablement sans valeur derrière lequel les entreprises extractrices de pétrole et les gestionnaires des centrales thermiques au charbon ont l'intention de se cacher afin de poursuivre leurs activités polluantes comme si de rien n'était. Le projet de la CSC comporte la promesse qu'un jour une technologie miracle permettra de nettoyer la saleté laissée par l'industrie. Mais il ne s'agit en fait que d'un leurre technologique, qui n'est pas sans rappeler la célèbre promesse de l'industrie nucléaire d'une « électricité trop bon marché pour être facturée au compteur », d'une invitation à déverser aveuglément des flots d'argent en pensant que tout finira par fonctionner.
Au Canada, la politique énergétique, devenue hors de contrôle, a pour effet de brider les efforts visant à prévenir les changements climatiques, et de les diriger dans de mauvaises directions. Il est tout simplement insensé de faire de plus en plus de sacrifices pour mettre au point une technologie permettant d'extraire laborieusement du pétrole, pour ensuite se mettre à la recherche de solutions illusoires pour corriger les méfaits qu'elle engendre, alors qu'un virage radical dans la manière dont nous produisons et consommons l'énergie est ce dont nous avons vraiment besoin. À cette fin, Greenpeace a publié l'année dernière un plan détaillé et concret indiquant comment l'énergie renouvelable, combinée à une efficacité énergétique accrue, permettrait de réduire les émissions mondiales de dioxyde de carbone de presque 50 %, tout en répondant à la moitié des besoins mondiaux en énergie d'ici 2050. Les progrès accomplis depuis des dizaines d'années ont permis la mise au point d'innovations technologiques permettant l'utilisation des énergies renouvelables : le recours aux éoliennes, aux panneaux solaires photovoltaïques, aux usines fonctionnant à l'énergie de la biomasse et aux capteurs solaires est progressivement devenu chose courante.
Toutes ces technologies sont déjà en usage et elles ont prouvé leur efficacité; elles constituent autant d'exemples des projets que le Canada devrait s'efforcer de concrétiser. Malheureusement, le budget du mois dernier n'allait pas du tout dans ce sens, car il allouait 250 millions $, plus des allègements fiscaux, à des projets de capture et de stockage du carbone, sans consacrer un sou aux énergies renouvelables.
Comme le dit un vieil adage en usage dans les milieux politiques « Si vous vous apercevez que vous êtes rendu au fond d'un trou profond, arrêtez de creuser. » À eux seuls, les investissements initiaux du projet pilote de stockage sous terre du dioxyde de carbone de Weyburn, en Saskatchewan, ont atteint 1,5 milliard $, et 28 millions $ ont dû être dépensés depuis lors. Il existe d'ailleurs un autre projet pilote semblable en Norvège dont les coûts sont analogues.
D'après la feuille de route élaborée conjointement par le gouvernement fédéral et l'industrie, il faudra réaliser cinq ou six autres de ces projets pilotes avant d'en arriver à savoir quel type d'usine au juste pourrait fonctionner.
La neige de nos régions arctiques fond, notre climat s'altère, et pendant ce temps nos dirigeants s'enfoncent la tête dans les sables bitumineux. Et la CSC ne va aucunement résoudre les problèmes; le recensement des obstacles d'ordre technique, physique, social et financier est sans fin. Même en vertu du scénario le plus optimiste, la CSC ne pourra pas être prête à temps. Combien de trous, et à quel coût, M. Baird devra-t-il creuser avant de comprendre que la meilleure stratégie de réduction des GES consiste à réduire la quantité de gaz à effet de serre que nous produisons?