Rapport sur les principaux responsables du pillage d'une des dernières forêts anciennes du monde
Intitulé Destruction en Chaîne, ce rapport d'enquête a suscité de vives réactions, notamment de la part des industriels. Les actions de désobéissance civile de Greenpeace, au siège social de la compagnie Abitibi-Consolidated à Montréal, en juillet, puis en septembre dans la rivière Saguenay au Québec, où un navire exportant de la pâte à papier de SFK Pâte a été bloqué pendant près de dix heures, ont permis d'alerter les marchés internationaux quant au manque de protection de la forêt boréale. Greenpeace répond aux propos véhiculés en particulier par le Conseil de l'industrie forestière du Québec (CIFQ) qui représente entre autres les intérêts d'Abitibi-Consolidated, Bowater, Kruger et SFK Pâte.
À PROPOS DU SOMMET SUR L'AVENIR DU SECTEUR FORESTIER…
Ce que l’industrie forestière dit :
L'ensemble des intervenants du milieu forestier, incluant les groupes environnementaux, travaillent tous ensemble depuis des mois à préparer le Sommet sur l'avenir du secteur forestier.
Ce que l’industrie forestière ne dit pas :
Greenpeace participe aux travaux du Sommet sur l'avenir du secteur forestier. Nous contribuons à ce que les engagements et les solutions mises de l'avant soient à la hauteur des attentes du public, notamment en ce qui a trait à la protection de la biodiversité et la mise en œuvre d'une foresterie durable.
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À PROPOS DES EFFORTS DE PROTECTION AU QUÉBEC DEPUIS 25 ANS
Ce que l’industrie forestière dit :
Depuis 25 ans le Québec a fait des efforts énormes pour protéger des portions importantes de la forêt : 22 parcs, 70 réserves écologiques, 11 refuges fauniques et plusieurs écosystèmes forestiers exceptionnels.
Ce que l’industrie forestière ne dit pas :
Les parcs et les réserves écologiques du Québec jouent un rôle essentiel pour générer des retombées économiques régionales et pour combler un fort potentiel d'écotourisme, mais ils ne peuvent, à eux seuls, assurer la protection de la biodiversité québécoise. Faisant près de 1510 km2 le Parc du Mont-Tremblant est le plus grand parc du Québec géré par la SEPAQ. La grandeur moyenne des parcs du Québec fait quant à elle 296,3 km2, une superficie souvent trop petite pour assurer la protection d'espèces ayant besoin de grands espaces protégés pour survivre.
Prenons l'exemple du Caribou forestier, une espèce classée « vulnérable d'extinction » par le Ministère des ressources naturelles et de la faune du Québec. Une récente étude scientifique publiée dans le Journal of Wildlife Management identifie la création de grands refuges fauniques, de plusieurs milliers de km2, en forêts intactes et incluant des zones tampons, comme principal moyen de contrer l'éradication de cette espèce vivant en forêt boréale.
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À PROPOS DE L'APPUI DE L'INDUSTRIE À LA CRÉATION D'AIRES PROTÉGÉES
Ce que l’industrie forestière dit :
L'industrie forestière s'est prononcée en faveur du parachèvement du réseau d'aires protégées.
Ce que l’industrie forestière ne dit pas :
Le gouvernement du Québec s'était donné par le passé pour objectif de protéger 8 % de la superficie du Québec avant 2005, tel que stipulé dans la Stratégie québécoise sur les aires protégées. Le CIFQ, qui n'a jamais appuyé cette politique auparavant, a fait connaître cette position d'appui… en 2007!!! Avec deux ans de retard sur l'objectif initial. La position d'appui du CIFQ ne fait toujours pas l'objet d'un engagement écrit, de cibles fixes et
d'échéanciers clairs. Par ailleurs, l'objectif de protéger 8 % de la superficie du Québec ne doit pas être vu comme une finalité, mais plutôt comme un pas vers l'atteinte de la protection de 12 % de la forêt boréale d'ici 2010, comme le recommandait le rapport de la Commission Coulombe en 2004.
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À PROPOS DU DÉVELOPPEMENT DURABLE
Ce que l’industrie forestière dit :
La notion de développement durable de Greenpeace peut être remise en question puisque Greenpeace ignore les volets économiques et sociaux.
Ce que l’industrie forestière ne dit pas :
Le développement durable se fonde sur trois pôles : l'économie, le social et l'environnemental. En raison de l'irresponsabilité outrancière des grandes compagnies forestières du Québec qui ont surexploité la forêt dans le passé sans jamais œuvrer à se restructurer, des crises majeures éclatent au Québec dans chacun de ces trois pôles.
C'est pour résoudre ces crises, et donc pour rétablir un minimum de développement durable dans ce secteur, qu'il faudra notamment protéger la forêt, mais également changer en profondeur le modèle forestier actuel. Le seul fait qu'il y ait des crises à répétition prouve hors de tout doute que ce modèle n'arrive visiblement pas à assurer la vitalité économique et sociale des communautés forestières.
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À PROPOS DU BOIS COMME MATÉRIAU ÉCOLOGIQUE
Ce que l’industrie forestière dit :
Le bois est le matériau écologique par excellence.
Ce que l’industrie forestière ne dit pas :
Le bois est un matériau écologique s'il provient d'une gestion durable et responsable des forêts, et s'il ne provient pas d'une forêt de haute valeur de conservation, qui devrait être protégée plutôt qu'exploité. La certification FSC est la seule garantie minimum qui assure que le bois est récolté de façon écologique. C'est par ailleurs le seul logo de certification qui se retrouve directement sur les produits du bois.
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Ce que l’industrie forestière dit :
Seulement 18 % de la forêt boréale est sous aménagement forestier.
Ce que l’industrie forestière ne dit pas :
Pour en arriver à ce calcul, l'industrie inclut dans son calcul toutes les sous-zones de la zone de végétation boréale, même les zones sans arbres de la Taïga et de la Toundra forestière. L'utilisation de cette donnée, qui comprend des zones sans arbres, montre toute la malhonnêteté intellectuelle de l'industrie forestière et illustre la campagne de désinformation que celle-ci même pour rehausser son image.
Cette donnée provient d'un tout nouveau rapport du forestier en chef, qui a été mis à la disposition de l'industrie forestière et du public le 14 septembre dernier. On peut y lire aussi que la superficie totale des unités d'aménagements forestiers représente 58.2 % de la forêt boréale continue et que la superficie totale des unités d'aménagements forestiers destinés à la production forestière représente 35.9 % de la forêt boréale continue.
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À PROPOS DE L'IRRESPONSABILITÉ DE GREENPEACE
Ce que l’industrie forestière dit :
Greenpeace agit en irresponsable vis-à-vis des travailleurs du Québec, du développement économique régional et celui des communautés locales.
Ce que l’industrie forestière ne dit pas :
La surexploitation des forêts, par les industriels et le gouvernement, est en partie responsable de la crise forestière actuelle. « Nous avons surexploité [la forêt] et tout le monde le savait. Le gouvernement a accordé des droits de coupe pour du bois qui n'existait pas. » C'est par ces mots que l'ancien président de Tembec, Frank A. Dotorri, a avoué à la revue Commerce que les industriels ont accumulé les profits aux dépens de la forêt et des travailleurs du Québec.
N'est-ce pas l'industrie et le gouvernement qui agissent en irresponsable?
Greenpeace trouve regrettable de constater que si le gouvernement du Québec et l'industrie forestière n'avaient cessé de retarder la création d'aires protégées, la diversification économique des communautés forestières et une réelle gestion durable des forêts, le Québec serait beaucoup mieux placé pour traverser l'actuelle crise économique et environnementale.
Greenpeace est de plus fortement préoccupée par l'attitude d'Abitibi-Consolidated, qui a déclaré dans l'édition du 21 janvier dernier du Progrès dimanche, que cette compagnie « favorise l'embauche de personnes détentrices d'un diplôme d'études professionnelles (DEP) en pâtes et papiers avant les anciens travailleurs de ses usines fermées ».
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À PROPOS DE LA RIGUEUR DE GREENPEACE
Ce que l’industrie forestière dit :
Que le rapport de Greenpeace présente des faussetés et des demi-vérités.
Ce que l’industrie forestière ne dit pas :
L'industrie forestière ne possède aucune donnée scientifique valide et indépendante pouvant contredire le fait que les entreprises forestières coupent actuellement les dernières forêts intactes du Québec, et que ces forêts présentent un fort potentiel de conservation.
Quant à elle, Greenpeace cite plusieurs articles scientifiques démontrant le potentiel de biodiversité plus élevée en forêts intactes comparativement aux forêts ayant connu des perturbations anthropocentriques.
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À PROPOS DE LA CERTIFICATION FSC ET DE GREENPEACE
Ce que l’industrie forestière dit :
Que la certification FSC est la certification de Greenpeace.
Ce que l’industrie forestière ne dit pas :
Parmi toutes les normes de certification forestière existantes, la norme du Forest Stewardship Council (FSC) est la plus reconnue internationalement, par les clients et les gouvernements, comme étant socialement responsable, rigoureuse, basée sur la performance et permettant de mesurer l'amélioration des pratiques de gestion durable des forêts. De plus, le FSC est la norme la plus recherchée à travers le monde auprès des gros clients du secteur forestier.
Au Canada, Ikea, Home Depot, Dell, Random House Canada, Hydro-Québec, Limited Brands et Cascades comptent parmi les entreprises qui ont choisi de s'approvisionner auprès de fournisseurs ayant la certification FSC.
Non seulement les certifications préférées de l'industrie (CSA et SFI), qu'elles financent elles-mêmes, ne sont pas reconnues par la communauté environnementale, mais ils ne font pas l'objet de chaîne de traçabilité permettant de retrouver les produits issus de pratiques de gestion durable des forêts et ne sont pas considérés par les grands consommateurs sur le marché international. Alors que la demande augmente pour les produits forestiers certifiés par le FSC, le gouvernement du Québec tarde à retirer les obstacles législatifs à cette certification. Au Québec, moins de 12 % du territoire forestier est certifié par le FSC, alors que l'Alberta et l'Ontario en comptent plus de 30 %.
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À PROPOS DU FINANCEMENT DE GREENPEACE
Ce que l’industrie forestière dit :
Que Greenpeace est financée par les compagnies qui fabriquent de l'acier, du béton ou du plastique.
Ce que l’industrie forestière ne dit pas :
Pour conserver son indépendance, Greenpeace ne sollicite et n'accepte aucune aide financière provenant de gouvernements, d'entreprises ou de partis politiques, depuis plus de 30 ans. Nous comptons principalement sur la générosité de donateurs individuels. Greenpeace compte près de trois millions donateurs individuels de par le monde, près de 30 000 au Québec.
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À PROPOS DE LA NOTION DE SALISSAGE
Ce que l’industrie forestière dit :
L'objectif de Greenpeace est de mener une campagne de salissage de l'industrie forestière québécoise.
Ce que l’industrie forestière ne dit pas :
L'objectif de Greenpeace est plutôt de protéger la forêt boréale. Une des stratégies que Greenpeace emploie est de dénoncer certaines entreprises forestières, tel qu'Abitibi-Consolidated, Bowater et Kruger.
Par ailleurs, Greenpeace met en lumière les efforts d'autres entreprises forestières qui prennent des engagements concrets pour une gestion plus durable de la forêt boréale, tels que Domtar et Tembec, qui ont certifié une partie de leurs territoires par le FSC, et qui proposent des territoires de haute valeur de conservation en vue de leur protection.
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À PROPOS DU MARCHÉ
Ce que l’industrie forestière dit :
Que Greenpeace défavorise les entreprises québécoises face à leurs compétiteurs Brésiliens ou Russes.
Ce que l’industrie forestière ne dit pas :
Greenpeace mène campagne dans toutes les plus importantes régions forestières du monde tels que l'Amazonie brésilienne, la forêt du Congo, les forêts d'Indonésie, de Papouasie-Nouvelle-Guinée, des îles Solomon, de Thaïlande, les forêts boréales du Canada, de la Finlande, de la Suède, de la Norvège, de la Russie, du Mexique, du Chili, de l'Argentine et des États-Unis et dans la forêt du Grand-Ours en Colombie-Britannique.
L'objectif de Greenpeace n'est pas de diriger les clients d'Abitibi-Consolidated, Bowater, Kruger et SFK Pâte vers d'autres pays fournisseurs ailleurs dans le monde, mais plutôt d'utiliser leur pouvoir d'achat pour forcer les compagnies forestières exploitant les forêts du Québec à agir de façon plus responsable.
Ne sommes-nous pas en mesure de nous demander quelle place le Québec compte se tailler sur des marchés de plus en plus soucieux de l'environnement? Comment les entreprises forestières d'ici comptent-elles concurrencer dans ce marché très compétitif?