À Bali, le Canada doit respecter Kyoto !

Page - 2 décembre, 2007

Fiche d'information

En ratifiant le Protocole de Kyoto en décembre 2002, le Canada s'est engagé à réduire ses émissions annuelles de gaz à effet de serre (GES) de 6 % par rapport à leur niveau de 1990 d'ici 2008-2012. Le Canada est très loin d'avoir respecté ses engagements puisque ses émissions ont continué à augmenter, à tel point qu'à la fin de 2005, elles étaient 25 % plus élevées qu'en 1990. Par rapport à l'objectif de réduction de 2008-2012, l'écart est de près de 33 %. Le Canada est l'un des pays les plus délinquants du monde à cet égard comme l'a révélé un rapport récent des Nations-Uniesl

En fait, parmi les 41 pays industrialisés qui ont accepté des cibles de réduction spécifiques dans le cadre du Protocole, le Canada occupe la 35e position... Si on tient compte aussi des émissions reliées à la foresterie et à l'usage des sols, l'augmentation des émissions canadiennes entre 1990 et 2005 atteint 54 %. C'est énorme - seulement deux des 41 pays ont fait pire. Même les États-Unis, qui n'ont pourtant pas ratifié le Protocole, ont enregistré des augmentations plus faibles que le Canada.

Greenpeace demande au gouvernement de respecter ses engagements et de réduire ses émissions conformément aux exigences du Protocole de Kyoto. Concrètement, cela signifie que, toujours par rapport au niveau de 1990, il faut réduire nos émissions de 30 % d'ici 2020 (soit à 417 Mt) et de 80 % d'ici 2050 (soit à 119 Mt).

Les politiques du gouvernement Harper mènent tout droit vers la catastrophe climatique

Des cibles de réduction qui permettent des augmentations... - Au lieu de conserver 1990 comme année de référence, le gouvernement Harper veut réduire les émissions totales du Canada par rapport à leur niveau de 2006 : de 20 % d'ici 2020, et de 60 à 70 % d'ici 2050. En pratique, cela signifie que les émissions de 2020 seraient encore de 598 Mt par année, soit plus que les 563 Mt que l'on pourrait atteindre dès 2008-2012 en respectant le Protocole de Kyoto.

Les cibles mesurées en intensité des émissions sont trompeuses - Le gouvernement Harper a établi des cibles d'intensité pour l'industrie. L'intensité des émissions est une mesure relative, qui permet de chiffrer les émissions de GES par rapport à l'activité économique. Mais cette approche ne permet pas d'évaluer en chiffres absolus les progrès réels (ni les reculs...) réalisés. Par exemple, entre 1990 et 2005, on a observé une diminution de 18 % de l'énergie utilisée par unité de production, mais, comme la production totale a tout de même augmenté, les émissions en chiffres absolus ont grimpé de 25 %. Bref, cette mesure est trompeuse parce qu'elle reflète essentiellement les améliorations réalisées en matière d'efficacité énergétique, et elle peut cacher de fortes augmentations en termes absolus.

Le gouvernement ignore l'opinion des scientifiques - Le ministre de l'Environnement John Baird a déjà déclaré que les conclusions des spécialistes des changements climatiques étaient claires. Pourtant, il refuse d'agir en conséquence. Il existe un consensus scientifique solide à l'effet que pour éviter les conséquences dangereuses des changements climatiques, il faut limiter l'augmentation de la température moyenne de la Terre à moins de 2 °C. Or, pour ce faire, le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC) a récemment déterminé que les pays industrialisés devaient réduire leurs émissions de 25 à 40 % d'ici 2020. Pourtant, la cible actuelle du gouvernement Harper pour 2020 correspond à une hausse des émissions par rapport à 1990.

Le fonds technologique permet d'acheter l'inaction - Au lieu d'engendrer une réduction absolue des émissions, la politique du gouvernement Harper permet aux entreprises de verser dans un fonds technologique un montant de 15 à 20 $ par tonne de CO2 produite. Le choix de ce montant sous-évalué fait en sorte que les entreprises ne contribueront pas dans une juste mesure à la réduction des GES du pays.

La nouvelle année de référence pénalise les bons élèves et récompense les mauvais - Depuis 1990, certaines entreprises ont réalisé d'importantes réductions de leurs émissions alors que d'autres, notamment dans le secteur du pétrole et du gaz, ont enregistré des hausses spectaculaire. En prenant l'année 2006 au lieu de 1990 comme nouvelle année de référence pour déterminer les réductions, on ne reconnaît pas les efforts des entreprises avant-gardistes, alors qu'on s'engage à reconnaître les réductions à venir des retardataires. De plus, les meilleurs élèves seront doublement pénalisés parce que la deuxième phase de réduction des émissions coûte habituellement plus cher que la première.

Les mécanismes de « reconnaissance des mesures hâtives » profiteront aux grands producteurs de pétrole, d'électricité et de gaz - Le gouvernement Harper accordera - une seule fois - des crédits compensatoires aux entreprises qui ont réduit leurs émissions de GES entre 1992 et 2006. Malheureusement, ces crédits sont plafonnés à 15 Mt alors qu'on estime que l'ampleur des réductions déjà réalisées s'élève à 100  Mt. Encore une fois, on se trouve ainsi à endosser l'inaction des retardataires et à pénaliser les entreprises avant-gardistes. Les crédits accordés doivent correspondre aux réductions absolues, et il faut adopter des cibles semblables aux vrais responsables de la crise climatique au Canada : les producteurs de pétrole, d'électricité produite avec des énergies non-renouvelables et de gaz.

Vers une [R]évolution énergétique

Le gouvernement Harper continue d'affirmer qu'il est impossible d'atteindre la cible de réduction du Canada établie dans le cadre du Protocole de Kyoto et que le simple fait d'essayer aurait des conséquences économiques désastreuses. Ces deux affirmations sont fausses. Dans un rapport intitulé [R]évolution énergétique, Greenpeace indique de façon détaillée comment on pourrait réduire de moitié nos émissions de GES d'ici 2050 sans avoir recours à l'énergie nucléaire ni au charbon, et cela tout répondant à l'augmentation de la demande énergétique et en assurant la croissance économique du pays. Le Canada pourrait encore atteindre sa cible de Kyoto en agissant de façon musclée pour favoriser l'implantation de technologies vertes, l'adoption de mesures d'efficacité énergétique et la diminution du recours aux combustibles fossiles.

Non aux sables bitumineux

Pour produire du pétrole à partir des sables bitumineux, il faut près de cinq fois plus d'énergie que pour les modes de production conventionnels. Cette industrie est la principale responsable de l'augmentation des émissions de GES du Canada. L'exploitation des sables bitumineux a aussi d'autres effets dévastateurs sur l'environnement :

Consommation d'eau douce et rejet des eaux usées - Pour chaque litre de pétrole produit à partir des sables bitumineux, il faut compter de trois à cinq litres d'eau. Ces eaux usées toxiques sont ensuite accumulées dans d'immenses bassins, qui couvrent déjà une superficie de plus de 50 kilomètres carrés. Destruction de la forêt boréale - Les concessions accordées pour l'exploitation des sables bitumineux pourraient entraîner la destruction de 3000 kilomètres carrés de forêt boréale. Pollution de l'air - À cause des sables bitumineux, l'Alberta est devenue la capitale canadienne de la pollution industrielle. En 2003, ses émissions s'élevaient à un milliard de kilogrammes. Utilisation des ressources - L'exploitation des sables bitumineux consomme quotidiennement assez de gaz pour chauffer plus de 3 millions de foyers. Remise en état du territoire - Malgré les promesses à cet effet, aucun site d'exploitation n'a pu obtenir une certification de remise en état satisfaisante.

À cause des prix élevés du pétrole, l'exploitation des sables bitumineux est devenue rentable. On estime que la production pourrait augmenter de plus de 150 % d'ici 2011, et de plus de 300 % d'ici 2020. Cette croissance rapide va complètement annuler toutes les réductions d'émissions qui pourraient être obtenues par une augmentation de l'efficacité des procédés d'exploitation.

Protégeons nos forêts

La déforestation - la conversion permanente d'une zone forestière en une zone dédiée à un autre usage - engendre près d'un cinquième des émissions mondiales de GES. Et le bilan est encore plus lourd quand on ajoute aussi les émissions provenant des coupes industrielles et des autres formes de dégradation des forêts. Les forêts tropicales ont fait l'objet d'importantes négociations internationales dans le cadre des changements climatiques, mais la forêt boréale joue aussi un rôle essentiel pour contrer les changements climatiques. En fait, les arbres, le sol et les tourbières de la forêt boréale contiennent plus de carbone que tout autre écosystème terrestre de la planète.

Pourtant, on rase la forêt boréale au rythme de 900 000 hectares par année. En plus de libérer du carbone qui se retrouve ensuite directement dans l'atmosphère, les coupes réduisent la capacité de récupération et la résistance des forêts aux incendies, aux invasions d'insectes et à d'autres événements nuisibles qui, à leur tour, engendrent la libération d'encore plus de carbone. Les feux de forêt sont déjà plus fréquents et plus intenses dans la forêt boréale canadienne. Si la tendance actuelle se poursuit, la dégradation des forêts et l'augmentation des températures pourraient entraîner la libération de gigantesques quantités de carbone dans l'atmosphère. Au Canada, moins de 10 % de la forêt boréale est protégée contre l'exploitation industrielle.

© Greenpeace Canada - novembre 2007

La première période du protocole de Kyoto prend fin en 2012. Toutefois, pour évaluer la performance des pays, on tiendra compte de la moyenne de leurs émissions annuelles entre 2008 et 2012, ce qui permet d'éviter qu'une année d'émissions atypique ne vienne fausser les résultats. C'est pourquoi, dans la documentation, on réfère souvent aux réductions à atteindre « d'ici 2008-2012 ».

Rapport annuel 2007-2008 sur le développement humain.

4e rapport du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC) - Novembre 2007.

[R]évolution énergétique - Greenpeace (2007).