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Cheminées d'une station thermique au charbon.

Cheminées d'une station thermique au charbon.

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Montréal, Canada — La capture du CO2 ne réglera pas les problèmes liés aux sables bitumineux et à la production d’électricité par les centrales au charbon d’Amérique du Nord.

La capture et la séquestration du CO2 (CSC), la technologie fétiche des apôtres de l’exploitation des sables bitumineux de l’Alberta et de la production d’électricité au moyen de centrales au charbon, vient de subir un important revers. Son principal allié, l’administration Bush, vient de retirer son appui au projet CSC de la société FutureGen. Or, sans l’injection massive de subventions gouvernementales, celle-ci est condamnée. En coupant l'herbe sous le pied des tenants de la CSC, le gouvernement américain pourrait signer l’arrêt de mort d’une technologie très coûteuse et dont la valeur n’a même jamais été prouvée. Cette technologie de la capture et de la séquestration, ou entreposage, ne saurait constituer une réponse à la crise du réchauffement planétaire qui secoue le Canada en raison de son coût élevé et des longs délais de mise en production.

Tandis que l’industrie de la houille met tous ses espoirs dans la CSC, la demande mondiale pour l’énergie renouvelable continue d’exploser. Par exemple, de 2000 à 2005 le marché international pour les panneaux solaires a connu une progression annuelle de 40 %.

Selon Arthur Sandborn, responsable de la campagne Climat et Énergie à Greenpeace Canada, « le captage du CO2 et son entreposage constituent une technologie extrêmement chère qui va empêcher l’industrie d’investir dans la véritable solution de l’avenir :  l’énergie renouvelable. Le captage du gaz carbonique  n’est qu’un écran de fumée, un truc de relations publiques dont se servent l’industrie des sables bitumineux et ceux qui produisent de d’électricité avec des centrales thermiques au charbon. »

Le captage, ou séquestration, pour les nuls

Le procédé consiste d’abord à récupérer les émissions de gaz carbonique engendrées durant le traitement des sables bitumineux ou suivant la combustion du charbon dans les centrales thermiques. On comprime ensuite le gaz puis on l’achemine par des canalisations jusqu’à un site où il demeurera enfoui de façon permanente, du moins l’espère-t-on. En théorie, le gaz carbonique piégé pour toujours dans les profondeurs de la terre, ne pourra jamais s’échapper et atteindre l’atmosphère. Il ne peut donc aucunement favoriser le réchauffement planétaire.

Mais en réalité, l’injection sous pression du gaz carbonique dans de vieux puits de pétrole ou de gaz naturel, en suivant le procédé de la récupération assistée du pétrole, est sujette à des fuites, en plus de produire des combustibles fossiles émanant des puits remis en état de produire.

Mais la CSC présente d’autres inconvénients que les fuites : la capture et l’entreposage accroissent la production de dioxyde de carbone puisque cette séquestration exige l’utilisation d’une quantité supplémentaire d’énergie. De plus, comme c’est un peu le cas pour les déchets radioactifs, le dioxyde de carbone doit rester isolé si l’on veut éviter des dommages à l’environnement.

L’acheminement du dioxyde de carbone et son entreposage soulèvent en outre des inquiétudes. En effet, bien que le CO2  ne soit pas toxique en lui-même, il peut s’accumuler dans les dépressions du terrain en raison de sa densité supérieure à celle de l’air et causer des cas d’asphyxie.

Au Canada, la capture et l’entreposage ne sont pas des solutions valables

L’intérêt manifesté au Canada envers la CSC provient surtout de la volonté affichée par l’industrie pétrolière d’exploiter les sables bitumineux. Ceux-ci doivent être chauffés afin d’en séparer le bitume. Ce traitement permet ensuite de les valoriser en un pétrole brut synthétique. Ces procédés énergivores expliquent que les sables bitumineux engendrent de trois à cinq fois plus de GES que le pétrole classique.

Chose étonnante, on ne projette pas de construire d’installations pour capter et entreposer le CO2 provenant des sables bitumineux et jusqu’ici aucune grande usine n’a été mise en opération. L’usine commerciale de démonstration de la société EnCana est toutefois en opération à Weyburn en Saskatchewan, et il existe en Norvège un projet appelé Sleipner, piloté par la compagnie Statoil, qui consiste à enfouir le gaz carbonique sous le fond de la mer. On trouve quelques autres usines en fonctionnement dans le monde, et on en projette d’autres, mais les délais de mise en production sont longs et les coûts élevés.

En septembre 2007, la compagnie d’électricité Saskpower, une société de services publiques saskatchewanaise, décidait d’annuler le projet de la première centrale thermique au charbon construite à l’échelle industrielle dotée de la technologie de la capture et de l’entreposage du CO2. L’estimation des dépenses en capital de l’usine de 450 mégawatts a bondi de 1,7 à 3,8 milliards $ canadiens, ce qui a finalement incité les dirigeants à mettre le projet au rancart.

En janvier dernier, les gouvernements d’Alberta et du Canada ont rendu public un rapport émanant du Carbon Capture Task Force, un groupe d’intervention chargé d’étudier la technologie de la capture et de l’entreposage du carbone. L’étude intitulée Canada’s Fossil Energy Future proposait de réduire d’ici 2015 les GES de 5 millions de tonnes (Mt), une quantité minuscule, grâce à une subvention gouvernementale au montant faramineux de 2 milliards $ canadiens. Ces cinq Mt en moins ne représentent que 0,6 % des 750 Mt émissions de GES présentement produites en un an au Canada.

« Proposer une diminution de 5 millions de tonnes d’ici 2015 comme l’a suggéré le groupe d’intervention, équivaut à admettre que la capture et l’entreposage ne pourront réduire de manière significative les émissions de GES dans un avenir prévisible », a indiqué Arthur Sandborn. « La seule chose que la technologie de la capture et de l’entreposage parvient à capturer avec brio, c’est l’argent durement gagné par les contribuables. »

La CSC ne peut se passer de copieuses subventions prélevées à même les deniers publics

La liste des organismes et des personnes qui appuient officiellement FutureGen ressemble au bottin mondain de l’industrie du charbon. Cette alliance comprend le ministère américain de l’Énergie (DOE), BHP Billiton, Rio Tinto, American Electric Power Service Corp., Anglo American et la plus grande entreprise de production d’électricité à partir de la houille, le groupe chinois Huaneng.

Même si le nombre d’alliés que possède FutureGen est impressionnant, cela n’a pas empêché la compagnie de tendre la main pour récolter l’argent des contribuables. Voici d’ailleurs quelques-uns des cadeaux qu’a obtenu FutureGen :

  • Le ministère de l’Énergie des É.-U. a accepté d’assumer 75 % du financement du projet FutureGen.
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  • Le gouvernement américain a consenti un ensemble de prêts totalisant 17 millions afin de permettre l’installation de FutureGen dans l’Illinois.
     
  • La taxe de vente a été supprimée sur les matériaux de construction et certaines pièces d’équipement.
  • L’Autorité financière de l’Illinois a accordé des prêts à faible taux d’intérêt à hauteur de 50 millions de dollars américains.

Comme si ces cadeaux en argent n’étaient pas suffisants, les législateurs de l’Illinois ont voté une loi faisant de l’État le propriétaire de tout le gaz carbonique séquestré, libérant ainsi FutureGen de toute responsabilité financière et civile en cas de rejet accidentel de CO2 dans l’environnement. Une véritable aubaine pour la compagnie.

Les législateurs américains, dont la dépendance envers le charbon est tenace sont également convenus d’indemniser FutureGen en cas de poursuite et de régler les frais des polices d’assurance de la firme au cas où elle se ferait poursuivre devant les tribunaux.

Quoique la centrale thermique du projet FutureGen devait d’abord entrer en activité en 2012, elle en est encore au stade de la planche à dessin. Et même si le président Bush a dévoilé l’existence du projet en 2003, il a fallu quatre ans au consortium du charbon pour porter son choix sur la ville de Mattoon, en Illinois.

L’explosion des coûts

Le Département de l’Énergie des États-Unis a par la suite exigé une réévaluation de la conception de la centrale thermique en raison de l’escalade époustouflante des dépenses liées à la réalisation de la centrale, soit 1,76 milliards $ US en à peine trois ans, soit une augmentation de 85 %. Cela a eu pour effet de retarder davantage la réalisation du projet FutureGen.

Lorsque le Département de l’Énergie des États-Unis s’est engagé à financer 75 % d’un projet dont la valeur estimée s’établissait désormais à plus de 1,3 milliard $ américains, le président américain, bien que porté sur les dépenses, en a eu assez et a jugé que la technologie du captage était décidément inutile et trop chère.

D’autres plans de captage et de séquestration comme le projet pétrolier et gazier Miller au Royaume-Uni, dirigé par BP, et celui d’une coentreprise entre Statoil-Hydro et Shell en Norvège ont connu des ennuis financiers et avorté.

[R] évolution énergétique

Dans un rapport intitulé [R] évolution énergétique rendu public en 2007, Greenpeace prouvait de façon convaincante que même sans captage et entreposage du CO2 , et sans recourir à l’énergie nucléaire, le monde pouvait satisfaire tous ses besoins énergétiques grâce à une intensité énergétique accrue et une transition vers l’énergie renouvelable.

Chaque dollar dépensé dans des voies sans issues comme celle du captage et de l’entreposage du gaz carbonique est un dollar qui n’est pas investi dans des solutions véritables comme l’énergie renouvelable ou l’accroissement de l’efficacité énergétique. Maintenant que le projet FutureGen semble presque enterré et que celui de l’usine de captage en Saskatchewan est annulé, cet écran de fumée qu'est la technologie du captage et de l’entreposage du CO2,  un leurre mis de l'avant par l’industrie des combustibles fossiles, semble enfin se dissiper.

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