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La crise des cyanobactéries, au Québec, a été amplifiée par Jean 
Charest et son gouvernement à la suite d'une entente qu'il a passé 
avec l'Union des producteurs agricoles du Québec, en octobre 2006.

La crise des cyanobactéries, au Québec, a été amplifiée par Jean Charest et son gouvernement à la suite d'une entente qu'il a passé avec l'Union des producteurs agricoles du Québec, en octobre 2006.

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Montréal, Canada — Lac à l’Anguille, Lac Bolduc, Lac Caron, Lac Carré, Lac Saint-Charles, Lac Saint-Louis, Petit Lac Saint-François…[1] Voilà tous des lacs qui sont contaminés aux algues bleues sur l’ensemble de leur superficie. Jour après jour, la liste des lacs contaminés augmente. Le Québec compte maintenant 71 lacs contaminés en tout ou en partie [2] par ces microorganismes aquatiques qui se développent dans les eaux calmes et riches en nutriments comme le phosphore.

Les effets sont multiples. Des effets que le Ministère de l’Environnement du Québec a très bien analysés et décrits dans un rapport qu’il a lui-même publié en 2003. On peut lire à la page 40 et 41 de ce rapport d’importants passages qui relatent les ennuis causés par le phosphore dans l’environnement [3], et notamment par le phosphore issu des intrants agricoles. « Les apports excessifs de phosphore aux sols constituent un problème pour plusieurs lacs et rivières du Québec, car cela favorise leur eutrophisation », écrit le MDDEP, qui établit aussi que la prolifération d’algues et de plantes aquatiques « deviennent une nuisance plutôt qu’un élément essentiel de l’écosystème » et « que le phosphore – plutôt que l’azote – constitue l’élément limitant la production végétale ». En définitive, le MDDEP décrit en détail les phénomènes associés à l’eutrophisation que nous reproduisons par petites touches, parce que cela démontre bien le niveau de connaissances que détenait alors le MDDEP : « les algues et les plantes rendent peu attrayante la pratique d’activités récréatives telles que la baignade et les sports nautiques », elles « peuvent entraîner le colmatage progressif des conduites d’amenée d’eau », en ce qui a trait à la consommation de l’eau, « la présence d’algues microscopiques peut occasionner des problèmes de désinfection et lui donner un goût désagréable », « la végétation qui envahit le milieu peut conduire à la modification progressive du substrat (lit de la rivière), ce qui entraîne du même coup la disparition de certaines espèces (poissons, benthos) » et enfin, le MDDEP affirme que « la respiration nocturne et la décomposition des végétaux présents en trop grande quantité dans le milieu peuvent abaisser les concentrations d’oxygène dissous dans l’eau à des niveaux néfastes pour la vie aquatique. Dans les cas extrêmes, la mortalité massive de poissons peut se produire. » À la lecture de ce rapport, la santé publique et l’environnement sont clairement mises en danger, noir sur blanc.

Depuis, autour des lacs contaminés, des plages ferment, la qualité de vie s’en trouve altérée, de nombreux riverains mettent leurs maisons en vente, le prix des propriétés est à la baisse, les vacanciers fuient ces plans d’eau, les saisons touristiques apportent moins de revenus et les taxes de plusieurs municipalités en souffrent. Pourtant, le gouvernement connaissait, depuis 2003, toute l’ampleur et le potentiel de la crise que les cyanobactéries pourraient éventuellement soulever. Il aurait pu agir.

Or, cette crise, le gouvernement l’a récemment amplifiée de toutes pièces.
En effet, le 4 juin dernier, le premier ministre Jean Charest et la Ministre de l’Environnement, Line Beauchamp ont dévoilé un plan de lutte contre les cyanobactéries  [4] qui repose essentiellement sur des mesures volontaires et individuelles plutôt que sur des mesures plus contraignantes pour l’industrie, plus strictes et, en bout de ligne, plus efficaces. Ce plan ne contient notamment aucune mesure concernant l’industrie agricole, pourtant la principale source de phosphore.

Il est bien sûr souhaitable et nécessaire de responsabiliser résidents et citoyens autour de ces plans d’eau afin qu’ils préservent ou créent des boisés sur les rives, diminuent ou éliminent l’utilisation de savon contenant du phosphate et s’engagent généralement à signer et à respecter la Charte des lacs [5]. Mais ces mesures risquent bien d’être insuffisantes.

En fait, en adoptant cette politique volontariste de lutte, Québec s’assure une position tactique de repli en faisant passer la responsabilité des échecs à venir sur le dos des résidents, des municipalités et des organisations de gestion des bassins versants. De plus, Jean Charest s’offre ni plus ni moins qu’une tentative de dédouanement politique de son manque d’action dans ce dossier depuis 2003. Tout en promettant des mesures ultérieurement, le gouvernement essaie en quelque sorte de détourner l’attention de l’opinion publique. Et il semble oublier, gros gros oubli, l’agriculture dans la gestion des cyanobactéries

Plus grave, le 6 décembre 2006, le gouvernement Charest a conclu un accord avec l’Union des Producteurs agricoles (UPA) qui exemptait le secteur agricole de nouvelles mesures environnementales jusqu’en 2010 [6]. Intitulé Plan d’action concerté sur l’agroenvironnement et la cohabitation harmonieuse [7] ce plan ne prévoit aucune cible précise sur la réduction de la dissémination du phosphore dans l’environnement résultant des activités agricoles. Il omet totalement la source principale en phosphore dans l’environnement.

La responsabilité des intrants agricoles dans l’eutrophisation de nos lacs ne semble pourtant plus à faire. On estime que 77 % du phosphore dans le bassin versant de la Baie Missisquoi provient de l’agriculture et plus précisément des élevages (porcs) et de la culture intensive de maïs qui les accompagnent. Un autre rapport du Ministère de l’Environnement est assez éloquent à ce sujet [8] :

     
  • Rien que dans le bassin de la Yamaska, ce sont près de 11 000 tonnes de phosphore provenant de l’agriculture (6700 tonnes sous forme de lisier principalement de porcs et 3800 tonnes sous forme d’ajout de fertilisants).
  •  
  • La rivière Boyer aurait 317 tonnes excédentaires de phosphore.
  •  
  • Les taux d’eutrophisation des rivières au Québec à cause du phosphore sont considérables : à 97 % pour les rivières Yamaska et Des Milles Îles ; à 96 % pour la rivière Chateauguay ; à 94 % pour la rivière l’Assomption ; à 64 % pour la rivière St-François.

Voilà qui confirme les pires craintes de Greenpeace [9] que le gouvernement libéral, à la veille des élections au Québec, ait pu tenter d’acheter la paix avec l’UPA jusqu’en 2010. Et voilà qui explique peut-être la timidité et le manque d’envergure du plan gouvernemental contre les cyanobactéries.

« S’il faut que le gouvernement du Québec aille plus loin, on va aller plus loin, a affirmé Jean Charest, lorsqu’il a lancé son plan de lutte [10]. Mais je ne peux pas légiférer jusqu’à une décision individuelle des gens d’acheter du savon contenant du phosphate ou non ». Voilà une déclaration qui illustre parfaitement l’échec des mesures basées sur le volontariat et la confiance que le gouvernement porte envers son propre plan. Au lieu de miser sur les actions individuelles des résidents quant à leur utilisation de savons à base de phosphate, il serait certainement plus efficace pour Québec d’interdire ou de réduire considérablement ce phosphate dans les savons.

Au Québec, depuis 1972, les savons pour lave-vaisselle sont exemptés des réglementations qui limitent le phosphate. La Suisse et l’état de Washington ont interdit le phosphate dans le savon pour lave-vaisselles. L’Union européenne s’apprête à faire de même à partir de 2008. Au Manitoba, le chef du Parti libéral vient de déposer un projet de loi [11] pour interdire les mêmes phosphates dans les mêmes savons. Mais, ici, au Québec Jean Charest semble manque de courage, sinon de transparence.

Le gouvernement devrait reconnaître que l’agriculture et en particulier l’élevage intensif des animaux et les grandes cultures qui les accompagnent (comme le maïs) sont les sources principales des excédents de phosphores dans l’environnement. Que les cyanobactéries sont les symptômes d’un problème structurel.  Que le modèle industriel de l’agriculture est un échec. La capitulation de Jean Charest face à ces immenses défis n’est vraiment pas une bonne solution.  Le gouvernement devrait agir en conséquence et prendre le virage vers une agriculture qui soit écologiquement et socialement durable.

Agir

     
  1. 1. Dans les municipalités respectives de Saint-Anaclet, Sainte-Marguerite, Sainte-Anne-des-Lacs, Saint-Faustin, Saint-Charles-de-Bellechasse, La Tuque, Saint-François-Xavier.
  2.  
  3. 2. Répertoire des lacs et rivières du MSSS .
  4.  
  5. 3. Synthèse des informations environnementales disponibles en matière agricole au Québec (MDDEP) - pdf
  6.  
  7. 4. Plan de lutte aux cyanobactéries provincial
  8.  
  9. 5. Chartre des lacs
  10.  
  11. 6. Accord avec L'UPA
  12.  
  13. 7. Plan d’action concerté sur l’agroenvironnement et la cohabitation harmonieuse - pdf
  14.  
  15. 8. Gouvernement du Québec, synthèse des informations environnementales agricoles - pdf
  16.  
  17. 9. Actualités Greenpeace
  18.  
  19. 10. Cité dans La Presse du 5 juin 2007
     
  20.  
  21. 11. Projet de loi au Manitoba

  22. 12  Quelques données supplémentaires au sujet des phosphores
— Éric Darier

Quelques données sur le phosphore et l’agriculture

Pour tirer les choses au clair quant à la responsabilité des intrants agricoles dans la contamination aux cyanobactéries de nos lacs et cours d’eau, Greenpeace publie une série de données ministérielles sur l’ampleur de la contamination agricole. En effet, les propres études du gouvernement démontrent que le problème de la surcharge en phosphore est assez généralisé dans de nombreux bassins versants.

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