Pour tirer les choses au clair quant à la responsabilité des intrants agricoles dans la contamination aux cyanobactéries de nos lacs et cours d’eau, Greenpeace publie une série de données ministérielles sur l’ampleur de la contamination agricole. En effet, les propres études du gouvernement démontrent que le problème de la surcharge en phosphore est assez généralisé dans de nombreux bassins versants.
Dans plusieurs cas, le milieu agricole produit trois fois plus de contamination au phosphore que l’environnement des bassins versants est capable d’en absorber. Dans l’ensemble, au Québec, le secteur agricole produit 70% plus de contamination au phosphore que l’environnement ne peut en absorber. Tous les extraits qui suivent sont tirées des plus récentes études du MDDEP.
- La concentration médiane de phosphore total (PT) dans certaines rivières est de deux à six fois plus élevée que le critère pour la prévention de l’eutrophisation, fixé par le ministère du Développement durable, de l’Environnement et des Parcs à 0,030 mg PT/l. L’eutrophisation des eaux de surface se manifeste par une production accrue d’algues et de plantes aquatiques. Au début des années 1960, la fertilité de certains sols agricoles devait être améliorée afin d’augmenter leur productivité. Ces sols ont donc été enrichis par des apports en phosphore supérieurs aux prélèvements par les récoltes, si bien que, dans certaines régions, la teneur en phosphore d’une proportion non négligeable des sols agricoles a atteint un niveau élevé, voire critique.
- Dans seulement une trentaine de rivières, environ 3 000 tonnes de phosphore excédentaire y seraient deversés annuellement (Tableau 2.3).
- Plus de 60 % des exploitations en surplus sont situées dans les bassins des rivières Etchemin, Chaudière, Saint-François, Yamaska et L’Assomption.
- Pour neuf bassins versants étudiés en 2003 par le Ministère de l’Environnement, lesquels comptent 56 % des unités animales du Québec, il a été établi en que si les fumiers étaient épandus sur 100 % des superficies cultivées, les besoins en phosphore des plantes seraient dépassés pour huit d’entre eux, et ce, sans compter l’utilisation des engrais minéraux. L’analyse des données du recensement agroenvironnemental des entreprises porcines du Québec permet d’établir que 32 % de ces fermes ne possèdent pas de sol pour épandre leur lisier et qu’environ 60 % des entreprises de production porcine doivent avoir recours à des ententes d’épandage en raison d’un manque de superficie. En plus d’apporter du phosphore en excès au sol, les déjections animales causent des odeurs; les charges d’odeurs produites par l’ensemble des bâtiments d’élevage à l’échelle du Québec sont en progression depuis 1971, ils sont passés d’environ 2 millions d’unités d’odeur à plus de 6 millions d’unités en 2001.
- En ce qui concerne les pesticides, en 1999, il s’est vendu plus de 2,7 millions de kilogrammes d’ingrédients actifs dans le secteur agricole, soit plus de 79 % du total des ventes de pesticides au Québec. Les herbicides représentent plus de 50 % de la quantité totale de pesticides vendus. Dans le domaine des pratiques culturales et des aménagements hydroagricoles, moins de données sont disponibles pour établir l’état de situation, mais, encore une fois, certains modes actuels de culture, particulièrement pour le maïs, constituent un facteur de pression tant pour la dégradation de l’état des sols que pour l’érosion des sols et des rives.
- Le secteur agricole utilise des quantités d’eau considérables, mais, au Québec, les besoins des productions végétales sont généralement comblés par les précipitations. Toutefois, afin d’augmenter la productivité des sols, le drainage des sols est souvent nécessaire pour favoriser une croissance optimale des plantes. De la sorte, plus de 25 000 Km de cours d’eau ont été aménagés afin d’évacuer ces excès d’eau vers l’aval, sans compter les surfaces récupérées de zones marécageuses pour y implanter des cultures. (pages iv et v)
- Des bilans de charge de phosphore et d’azote effectués pour quatre bassins versants montrent clairement que le territoire agricole contribue pour une large part à la contamination de certains tributaires du Saint-Laurent, dans une proportion pouvant varier du tiers aux deux tiers du flux net à l’embouchure selon la rivière et selon le descripteur, azote ou phosphore. Cette pollution d'origine agricole se manifeste surtout dans les rivières sillonnant les basses terres du fleuve Saint-Laurent. Les rivières L’Assomption, Châteauguay, du Loup, Maskinongé et Yamaska sont quelques exemples de cours d'eau touchés par cette source de pollution. Les concentrations élevées d'azote total, de phosphore total, de matières en suspension et les valeurs de turbidité plus marquées sont des indices de l'impact des activités agricoles sur la qualité de l'eau. (page v)
- De 1951 à 2001, les quantités d'engrais minéraux utilisées au Québec sont passées de 120 000 tonnes à 430 000 tonnes par année, avec un sommet en 1988 de 527 000 tonnes. (p. 8)
- L'utilisation accrue de matières fertilisantes a ainsi contribué à augmenter, année après année, le niveau de phosphore accumulé dans les sols en plusieurs endroits. Il devrait en résulter une diminution des besoins des cultures pour cet élément, ce qui peut expliquer l'excédent plus élevé que dans le cas de l'azote.
- En ce qui concerne l'azote, quatre des neuf bassins versant auraient dépassé leur capacité à recevoir les fumiers des élevages. À l'échelle du Québec, on comble, par les déjections animales, les besoins en azote de plus de 67 % des superficies cultivées. En ajoutant les engrais minéraux, on enregistre un excédent d’azote de plus de 46 % par rapport aux besoins des cultures.
Pourcentage de couverture des besoins des cultures en phosphore par le fumier et les engrais minéraux dans certains des bassins versant les plus problématiques et les lacs et cours d’eau contaminés aux algues bleues /cyanobactéries.
Une trentaine des lacs et cours d’eau officiellement contaminés sont situés dans des bassins versants clairement identifiés par le gouvernement et dans lesquels les rejets de phosphores excédentaires sont bien plus élevés que ce que l’environnement peut absorber. Notons que cette étude du Ministère ne prend pas en compte les 50 autres lacs ou cours d’eau qui font actuellement l’objet d’une contamination officielle. Dans l’ensemble, au Québec, le secteur agricole produit 70% plus de contamination au phosphore que l’environnement ne peut en absorber.
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| Bassins versants | Fumier | Engrais minéraux | Total | Lacs / rivières |
| Yamaska | 187 % | 112 % | 299 % (1998) a | |
| | | | 376 % (2003) b | |
| | | | | Ruisseau Quilliams |
| | | | | Réservoir Choinière |
| | | | | Réservoir Lemieux |
| | | | | Lac Waterloo |
| | | | | Lac Brome |
| | | | | Lac Davignon |
| | | | | Lac Boivin |
| | | | | Lac Bromont |
| L’Assomption | 141 % | 116 % | 257 % (1998) | |
| | | | 206 % (2003) | |
| | | | | Lac Archambault |
| | | | | Lac Baribeau |
| | | | | Lac Blanc |
| | | | | Lac Bob |
| | | | | Lac Croche |
| | | | | Lac Roxton |
| | | | | Lac en coeur |
| | | | | Lac Ouareau |
| | | | | Lac Provost |
| | | | | Lac Régent |
| Chaudière | 176 % | 25 % | 201 % (1998) | |
| | | | 113 % (2003) | |
| | | | | Lac aux Cygnes |
| | | | | Lac Bolduc |
| | | | | Lac Fortin |
| Saint-François | 114 % | 58 % | 172 % (1998) | |
| | | | 130 % (2003) | |
| | | | | Rivière Magog |
| | | | | Grand Lac St-François |
| | | | | Lac aux Grelots |
| | | | | Lac Brompton |
| | | | | Lac Caribou |
| | | | | Lac Memphrémagog |
| | | | | Lac Massawippi |
| | | | | Lac Magog |
| | | | | Lac Leclerc |
| | | | | Petit Lac Saint-François |
| | | | | Lac Rond |
| | | | | Lac Miroir |
| | | | | Petit Lac Lambton |
| | | | | Lac Pohénégamook |
| | | | | Lac Denison |
| | | | | Rivière St-François |
| | | | | Lac des Monts |
| | | | | Lac Elgin |
| Boyer | 127 % | 32 % | 159 % (1998) | |
| | | | 466 % (2003) | |
| | | | | Lac Saint-Charles |
| Richelieu | 81 % | 57 % | 138 % (1998) | |
| | | | 113 % (2003) | |
| | | | | Lac Selby |
| QUÉBEC | 100 % | 70 % | 170 % (1998) | |
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- a) Poucentage de couverture des besoins en phosphore des cultures
Source des données de base pour le calcul : fichier d’enregistrement des producteurs du ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation, 1998. - b) Poucentage au dessus du critère d'eutrophisation
Note supplémentaire au sujet de la situation de l'eutrophisation au Québec
Afin de réduire la charge en phosphore des cours d’eau, de nombreuses stations d’épuration municipales effectuent la déphosphatation des eaux usées. Le seuil de l’eutrophisation se situe à 0,03 mg/L de phosphore total. Les teneurs en phosphore total sont faibles (<0,03 mg/L) dans les rivières en périphérie des grands centres québécois. La majorité des rivières des bassins agricoles présentent de fortes concentrations de phosphore (>0,05 mg/L) et la plupart d'entre elles sont caractérisées par des concentrations en phosphore supérieures à 0,1 mg/L, suggérant que les charges d'origine agricole contribuent nettement aux apports de phosphore dans les eaux de surface. Au total, environ la moitié des stations ont des médianes supérieures au seuil de 0,03 mg/L.
Par contre, les concentrations de phosphore total sont, dans la majorité des rivières (15 sur 27), plus élevées que le critère pour la prévention de l´eutrophisation fixé à 0,030 mg/l. Dans certaines rivières, la concentration de phosphore total est de deux à six fois supérieure au critère.
Source : Détermination d´objectifs relatifs à la réduction des charges d´azote, de phosphore et de matières en suspension dans les bassins versants prioritaires, Ministère du Développement durable, de l´Environnement et des Parcs (publié en août 2005 mais basé sur des données obtenues entre 2001 et 2003), p. vii
Phosphore total - médianes estivales (1997-1998)

Source : Site internet du ministère de l’Environnement.