Débat sur l’environnement - le bilan

Fort consensus dans la lutte aux changements climatiques

Actualité - 7 mars, 2007
Le 7 mars dernier, 730 personnes ont assisté à Montréal au débat sur les grands enjeux environnementaux du prochain mandat gouvernemental qu’organisaient Greenpeace, Équiterre, Vivre en ville, Environnement Jeunesse, le Regroupement national des conseils régionaux de l’environnement du Québec et Nature Québec.

Le candidat Stéphane Bergeron (PQ), appréciant une remarque de Dominique Bernier (Québec solidaire).

Modéré par le journaliste et animateur de la radio de Radio-Canada, Michel Lacombe, le débat avait lieu à la TOHU, un bâtiment vert voisin des quartiers généraux du Cirque du Soleil. Notons qu'en 2003, le débat des groupes écologistes avait attiré près de 150 personnes. L'intérêt pour de tels événements semble donc en croissance au Québec. Rien d'étonnant alors que l'environnement est devenu, au fil des sondages, une des deux principales préoccupations des Québécois.

« On a eu deux fois plus de gens que ce à quoi on s'attendait », a fait valoir Steven Guilbeault. « Nous n'avions aucun budget de publicité pour cette soirée. Alors de toute évidence, les gens s'intéressent à l'environnement. De plus, on pouvait observer, aux différentes réactions spontanées de la foule, que ces personnes n'étaient pas affiliées à un parti ou à un autre ». Les cinq principaux partis du Québec ont répondu à l'appel, dont le ministre sortant de l'Environnement, Claude Béchard (PLQ - Kamouraska-Témiscouata) et le critique officiel de l'opposition en Environnement, Stéphane Bergeron (PQ - Verchères). Les autres représentants des partis étaient Simon-Pierre Diamond (ADQ - Marguerite d'Youville) , Sylvain Castonguay (PVQ - Mirabel) et Dominique Bernier (QS - Frontenac).

Fort consensus dans la lutte aux changements climatiques

Le débat s'articulait autour de quatre thèmes : Énergie et lutte aux changements climatiques, Forêt et Aires protégées, Budget et financement, Environnement et santé.

Première constatation : la lutte aux changements climatiques est une priorité pour tous les partis politiques québécois. Cela est si évident que les cinq formations politiques rivalisaient d'audace et de solutions de lutte aux changements climatiques au cours de ce débat.

« On peut voir qu'il y a des consensus au Québec sur certains enjeux : le transport en commun, l'efficacité énergétique, le protocole de Kyoto… », lance Steven Guilbeault, directeur de Greenpeace, au Québec. « Bien sûr, il y a des différences quant à la mise en œuvre de ces grandes politiques et sur la façon de s'attaquer aux grandes problématiques de l'heure. Mais dans l'ensemble, tous les partis s'entendent pour dire que l'heure est à l'action. Ça, le prochain gouvernement devra manifestement en tenir compte quand viendra l'heure de choix cruciaux dans la lutte aux changements climatiques ».

Bilan des Libéraux

Le représentant du Parti libéral du Québec, Claude Béchard, a senti le besoin de défendre le bilan du gouvernement libéral.

« Je n'ai pas l'intention de faire un plaidoyer pour le fédéralisme ou pour l'indépendance, a lancé Claude Béchard. « Je pense qu'on est là ce soir pour parler d'environnement. L'environnement transcende les frontières, l'environnement transcende les individus aussi, dépend des gestes que chacun de nous pouvons poser. Eh oui, je suis fier de faire parti d'un gouvernement qui a posé un certain nombre de gestes.

Le Québec s'est doté de sa première loi sur le développement durable, d'un fond vert, d'un plan de lutte contre les changements climatiques. Je ne plaide pas que ce plan est parfait, je ne plaide pas que ce plan est terminé, mais nous avons un plan dont on peut être fier. L'ensemble des groupes écologistes, avec l'ADQ, avec différentes formations, des groupes syndicaux et autres, s'est joint à une coalition pour défendre notre plan, pour aller chercher l'argent qu'on voulait avoir à Ottawa. On demandait 328 millions, on a eu 350 millions. On peut en être fier.

Oui il reste du chemin à faire, oui on doit le faire, mais dans les gestes qui restent à faire, force est d'avouer que nous avons un plan, que nous avons des mesures qui ont été identifiées, et que nous avons là un point de départ qui est beaucoup plus solide qu'uniquement du vent et des paroles. »

Le représentant du Parti québécois, Stéphane Bergeron, a profité de l'occasion pour faire un lien entre souveraineté et indépendance politique et énergétique. « Je pense qu'il est important de signaler qu'on subit à l'heure actuelle une très grande dépendance à l'égard des produits fossiles et il nous faut chercher l'indépendance par rapport au pétrole, et dans ce sens-là je pense qu'il faut mettre de l'avant des mesures énergiques visant à réduire cette dépendance à l'égard du pétrole », estime Stéphane Bergeron, du PQ. « Et à cet égard, le fait de proposer par exemple la levée de la TVQ sur l'achat de véhicules hybrides, le fait de faire en sorte de développer un parc automobile au niveau du gouvernement du Québec, au niveau des institutions publiques, qui soit composé essentiellement de véhicules ou bien électrique, ou bien hybrides, ou présentant une consommation à peu près équivalente, je pense que c'est des mesures concrètes qu'on peut mettre de l'avant pour imprimer une tendance. »

Développement éolien et protection forestière

Quant à l'énergie éolienne, tous les partis se sont entendus pour investir davantage dans ce secteur. Seul point de discorde : la façon d'y arriver. La candidate de Québec Solidaire est revenue à la charge avec la création d'Éole-Québec. Le PQ lui a répondu que cette responsabilité doit revenir à Hydro-Québec. Quelques candidats se sont réclamés de l'héritage de Robert Bourassa en matière de grands projets énergétiques.

La partie de ce débat qui portait sur la forêt et les aires protégées a donné lieu à des échanges très vifs. Claude Béchard a parlé de continuité et des mesures que son gouvernement a prises. Il a fait valoir les défis posés par la norme de calcul des aires protégées de l'UICN, qu'aucun gouvernement n'avait adopté auparavant, de l'objectif gouvernemental de 8 % pourtant repoussé deux fois, de ce qu'il restait à accomplir, de ce qu'il faut accomplir. Le PLQ s'engage à suivre les recommandations du rapport Coulombe qui demandait 12 pour cent d'aires protégées en forêt. « Le sifflet a sonné la fin de la récréation », a signalé Claude Béchard. Le Parti vert du Québec et Québec solidaire ont poussé plus loin. Le Parti vert arrêterait toute exploitation au-delà du 52e parallèle. Quant à Québec solidaire, il ne faut pas seulement s'occuper de ces 12 pour cent à protéger en vertu des normes internationales, mais de l'ensemble des questions touchant à la forêt en impliquant les communautés locales à la discussion.

Mais les échanges les plus marquants ont eu lieu autour du parc du Mont Orford et de la loi 23. Le candidat du PQ, Stéphane Bergeron a pris à partie le ministre sortant de l'Environnement, Claude Béchard. « À partir du moment où un gouvernement décide de violer sa propre loi, quel gouvernement ne fera pas la même chose par la suite », a demandé Stéphane Bergeron. « On vient d'ouvrir une boîte de Pandore qui met en danger l'ensemble des parcs nationaux du Québec. On a le Parc national du Mont Saint-Bruno dans lequel il y a une pente de ski, va-t-on le mettre en vente bientôt », a-t-il aussitôt ajouté.

« Je veux bien que Monsieur Bergeron dise qu'il va scrapper la loi 23, mais c'est quoi votre solution? » lui a répondu Claude Béchard. « Quelle est votre alternative? Vous avez eu ce dossier-là pendant plusieurs mois puis il ne s'est rien passé », lui a répondu Claude Béchard ». Ce qui a laissé le député du PQ de glace.

Étiquetage obligatoire des OGM

Le public a réagi fortement lorsque les candidats ont discuté de l'étiquetage obligatoire des organismes génétiquement modifiés ou OGM. Les réactions spontanées ont été encore plus fortes lorsque les représentants du PQ, de l'ADQ et du PLQ se sont montrés incapables de promettre l'étiquetage, malgré leurs positions respectives favorables à une telle mesure gouvernementale. Bref, des professions de foi, mais très peu d'engagements concrets, comme en fait foi cet extrait du débat.

  • « On avait pris l'engagement, le ministère de l'Agriculture travaille dessus, lance Claude Béchard, du PLQ.
  • Êtes-vous pour ou contre l'étiquetage? demande Dominique Bernier, de QS. Oui ou non?
  • Oui je souhaite que ce soit mis en place le plus rapidement possible, reprend Claude Béchard.
  • Je suis personnellement en faveur, ajoute Stéphane Bergeron.
  • Je vais devoir en décevoir plusieurs, avance timidement Simon-Pierre Diamond, de l'ADQ. Je ne m'appelle pas Mario Dumont. Je ne voudrais pas l'engager dans quelque chose qui est... Moi, personnellement je suis en faveur [de l'étiquetage obligatoire des OGM]. Est-ce que lui s'est engagé là-dessus? Est-ce que notre parti s'est engagé là-dessus? Je ne le sais pas du tout. »

Québec solidaire a également proposé au cours de cette discussion un moratoire sur les OGM, qu'a appuyé le Parti vert, mais qu'ont refusés les trois autres partis.

Greenpeace est d'avis que les porte-parole qui ont le mieux représenté leur parti et offert des alternatives crédibles en environnement sont la candidate de Québec solidaire dans le comté de Frontenac, Dominique Bernier, et le ministre sortant de l'Environnement et candidat du PLQ dans Kamouraska-Témiscouata, Claude Béchard. Le candidat du Parti québécois dans Verchères et critique officiel de l'opposition en Environnement, Stéphane Bergeron, suivait de peu le groupe de tête. Les représentants de l'ADQ, Simon-Pierre Diamond (candidat dans Marguerite-d'Youville) et du Parti vert du Québec, Sylvain Castonguay (candidat dans Mirabel n'ont pas particulièrement marqué les esprits. Notons cependant que Sylvain Castonguay était dans une situation plus difficile que ses adversaires, compte tenu du fait que son propre parti ne lui avait pas transmis les questions des groupes en préparation à ce débat.