Kumi Naidoo, directeur général de Greenpeace International
Chers amis, chères amies,
Des millions de gens à travers le monde ont travaillé fort et pendant longtemps pour qu'un traité équitable, ambitieux et juridiquement contraignant émane de Copenhague. Comme eux, j'ai gardé espoir jusqu'à la toute fin. J'espérais que nos dirigeants passent enfin de la parole aux actes; qu'ils concluent un traité permettant d'écarter la menace d'un désastre climatique.
Mes espoirs ont été anéantis. Bien qu'ayant été mandatés par des citoyens de partout dans le monde, les 120 leaders nationaux présents au Sommet n'ont cessé de se quereller. Puisque nos dirigeants n'ont pas été à la hauteur de la situation, un accord ambitieux et digne de la crise climatique brillait par son absence.
La capitale danoise est devenue une scène de crime climatique et les hommes et les femmes coupables d'avoir échoué sont aussi les auteurs d'un nouveau délit de fuite climatique. Nos dirigeants n'ont pas saisi la chance qui leur était offerte de transformer le monde. Ils auraient pu profiter de l'occasion pour remettre l'humanité sur le chemin conduisant à la paix, à la prospérité et à la justice climatique. En agissant ainsi, ils auraient pu écarter à jamais le spectre des changements climatiques catastrophiques.
De quoi ont-ils finalement accouché? D'une entente médiocre comportant tellement d'échappatoires que même le Air Force One, l'avion présidentiel américain, n'aurait aucun mal à le traverser.
Lorsque la confiance n'y est pas...
Le manque de confiance existant entre les pays industrialisés et les pays en émergence a de beaucoup contribué à l'enlisement des négociations. Pourtant, le temps n'a pas manqué aux dirigeants des pays industrialisés pour qu'ils s'engagent à des réductions d'émissions de gaz à effet de serre ambitieuses et à dénicher les milliards de dollars nécessaires pour aider les pays en émergence à s'adapter aux changements climatiques.
Toute l'année durant, les pays en émergence ont affirmé leur volonté de faire leur part, à la différence des pays développés qui ne sont pas allés assez loin. Les États-Unis, notamment, se sont retrouvés en queue du peloton. Ils sont les plus à blâmer pour l'échec de négociations.
Dompter les changements climatiques
Les climatologues du monde entier soutiennent qu'on devra avoir stabilisé les émissions planétaires d'ici 2015 pour empêcher la moyenne des températures mondiales d'augmenter de plus de 2 C par rapport aux niveaux préindustriels.
Pour atteindre ce but, les pays industrialisés (dont le niveau de responsabilité dans l'accumulation des GES est le plus grand) devront procéder aux réductions les plus importantes. Dans l'ensemble, ces pays devront aussi fournir au moins 140 milliards en dollars américains aux pays en voie en émergence pour aider ces derniers à consommer de l'énergie propre, à protéger leurs forêts tropicales et à s'adapter aux conséquences désormais inévitables des changements climatiques.
Toute entente devra être enchâssée dans le cadre d'un traité juridiquement contraignant. Ce n'est cependant pas du tout ce que les leaders mondiaux ont accompli à Copenhague.
Forcer les leaders mondiaux à finir ce qu'ils ont commencé
Il nous appartient désormais, vous et moi, de faire en sorte que nos dirigeants entendent raison. Nous devons nous assurer qu'ils se remettent au travail et que cette fois ils réussissent!
Greenpeace, comme bien d'autres organismes aux quatre coins de la planète, va continuer de faire pression pacifiquement auprès des chefs d'État pour qu'ils fassent le nécessaire afin de sauver des vies humaines et protéger toutes ces espèces sans voix qui ne peuvent faire respecter leurs droits.
De plus en plus de gens reconnaissent le caractère urgent des changements climatiques. Nous croyons que forcer les nations à agir est inévitable. La question est de savoir si nous pouvons contraindre les pays à prendre les mesures qui s'imposent pendant qu'il en est encore temps.
La dernière gifle
En guise de gifle ultime, je viens tout juste d'apprendre que trois activistes de Greenpeace vont devoir passer les trois prochains jours en prison pour avoir déployé une banderole proclamant la nécessité de parvenir à un accord ambitieux. Ils étaient parvenus jeudi à pénétrer dans le palais de Christiansborg à Copenhague, en se faisant passer pour des chefs d'État désireux d'assister au dîner officiel de la reine.
Ils devront passer Noël et le Nouvel An loin de leurs familles. Nos activistes, ceux qui ont tenté quelque chose de véritablement constructif, croupissent présentement en prison, pendant que nos prétendus « leaders » se sont échappés sans laisser de trace : ils fuient cette scène de crime climatique qu'est devenue Copenhague à bord d'avions à réaction privés ou de 747.
Kumi Naidoo
Directeur général
Greenpeace International