Ce que les Libéraux ont caché aux Québécois

Des groupes rendent publique une étude économique du gouvernement libéral sur les OGM

Actualité - 17 mars, 2007
Une étude économique donne le feu vert au prochain gouvernement pour mettre en place l'étiquetage obligatoire des OGM. Une vaste coalition d'organismes regroupant agriculteurs, consommateurs et écologistes rend publique une évaluation critique d'une étude entreprise par le ministère de l'agriculture du Québec (MAPAQ)(1).

Des activistes de Greenpeace ont parcouru les allées de supermarchés afin d'affixer des autocollants avertissant les consommateurs sur les produits contenant des OGM.

Cette évaluation confirme que les coûts de l'étiquetage obligatoire desOGM (organismes génétiquement modifiés) au Québec seraient largementinférieurs à ce qu'a toujours avancé l'industrie agroalimentaire. Cerapport devrait lever le dernier obstacle au dépôt rapide d'un projetd'étiquetage obligatoire des OGM par le prochain gouvernement duQuébec.

En effet, selon le MAPAQ, il n'en coûtera pas 150 à 200 M $ pour l'étiquetage obligatoire, comme l'a estimé en 2000(2)l'industrie agroalimentaire, mais plutôt 28 M $. De même, lescoûts annuels pour le gouvernement du Québec seraient seulement de1,7 M $. Rappelons que monsieur Jean Charest et le PartiLibéral du Québec avait clairement promis l'étiquetage obligatoire desOGM avant les élections de 2003.(3)

« Celaconfirme que l'industrie de l'agroalimentaire a grossièrement exagéréles coûts annuels de l'étiquetage obligatoire des OGM, et ceci sansaucun doute, afin de faire peur aux législateurs pour les empêcherd'aller de l'avant avec l'étiquetage obligatoire des OGM »,constate Éric Darier de Greenpeace. « En fait, l'étiquetageobligatoire des OGM coûterait 7 fois moins cher par an que ce quel'industrie a toujours prétendu ». De plus, après avoir promisl'étiquetage, les Libéraux ont promis une étude économique, puis promisd'attendre le fédéral et les provinces. « Ce dernier changement dediscours du gouvernement correspond à la période ou il a reçul'étude », reprend Éric Darier. « Non seulement, legouvernement a brisé ses promesses, mais il a tenu les Québécois dansl'ignorance en plus de leur fabriquer des leurres ».

« Cependant,même les coûts identifiés demeurent hypothétiques et l'étude du MAPAQsous-estime les capacités d'innovation et d'adaptation desentreprises », affirme Charles Tanguay de l'Unions desconsommateurs. « Il faut se rappeler que dans les quelques 45 paysqui ont adopté l'étiquetage obligatoire des OGM, aucun n'a pudocumenter des impacts économiques négatifs significatifs. De toutemanière, le droit à l'information des consommateurs est un droitfondamental reconnu par les Nations-unies »

« Même dansle cas où il y aurait des coûts supplémentaires pour l'étiquetageobligatoire des OGM, il serait pertinent de se demander qui devraitpayer », croit Nalini Vaddapalli d'Option consommateurs.« Serait-ce aux consommateurs qui ne veulent pas manger d'OGM depayer ? Les consommateurs qui achètent des produits certifiésbiologiques pour éviter les OGM payent déjà une surprime. Pourquoi lesagriculteurs qui ne produisent pas d'OGM devraient-ils payer les coûtsde la traçabilité et de la ségrégation pour un produit dont ilsn'obtiennent pas un avantage ? »

« L'étiquetageobligatoire des OGM permettrait également la mise en place d'un systèmede traçabilité qui permettrait d'identifier la source de contaminationcausée par les OGM et donc de protéger les agriculteurs victimes decontamination », croitBenoît Girouard de l'Union paysanne.« Mais d'une manière plus importante, l'étiquetage obligatoirepermettrait aux agriculteurs de produire des aliments sans OGM comme leveut d'ailleurs la majorité écrasante des consommateurs. Le non-OGMc'est l'avenir ! »,

Enfin, les 28 M $ quecoûterait l'étiquetage à l'industrie agroalimentaire sont peu de chosescomparativement aux revenus de 1,2 milliards de dollars des troisgéants de la distribution (Loblaws, Métro et IGA) pour l'exercice2005-2006. À eux trois, ils présentent un faramineux chiffresd'affaires de 45 millards de $. À elle seule, Monsanto, cettemultinationale américaine qui commercialise 90 % des OGM sur laplanète, a fait 800 M $ de profit pour la seule année 2006.

Notes

  1. Étude économique sur les coûts relatifs à l'étiquetage obligatoire des filières génétiquement modifiées (GM) versus non-GM au niveau québécois. 143 pages, MAPAQ. (document pdf)
  2. Economic impact study : potential costs of mandatory labeling of food derived from biotechnology in Canada. KPMG 2000 (document pdf)
  3. Les priorités d'actions politiques du PLQ prévoyaient notamment de : « développer une politique rendant obligatoire l'étiquetage de tous les aliments contenant des organismes génétiquement modifiés (OGM), qu'il s'agisse d'aliments non transformés, d'aliments transformés ou d'intrants utilisés dans la transformation. » (Des aliments sains de la terre à la table - janvier 2003, PLQ, p. 10)