Vous êtes ici :
Madame Huybens affirme cependant qu’« il n'y a aucune raison de privilégier une norme plutôt que l'autre » et qu’elles « ont les mêmes objectifs et chacune des avantages et des inconvénients. »
Permettez-nous d’apporter certaines précisions quant aux différences sur les normes, qui sont à notre avis fondamentales et qui expliquent pourquoi Greenpeace favorise la norme FSC. Une analyse exhaustive des normes de certification forestière, effectuée récemment par la firme de consultants indépendants ÉEM, met en évidence les points suivants.
Dans l’article, l’auteur fait référence à la compagnie Abitibi-Consolidated, maintenant AbitibiBowater, qui utilise la norme CSA. On explique que la norme CSA a été élaborée par l’Association canadienne de normalisation. À notre avis, il est inexact d’affirmer que cette association constitue un organisme neutre puisque le financement de cette association provient en majeure partie des industriels1, dont les industriels de la forêt. En revanche, le financement du système de certification FSC provient en majorité d’organismes philanthropiques indépendants. La neutralité de l’organisme est ainsi préservée.
Une autre faiblesse majeure de la norme CSA repose sur le fait que c’est l’entreprise, par le biais du comité de suivi, qui adopte les valeurs, les objectifs, les indicateurs et les critères à respecter. Il faut préciser que les membres du comité de suivi sont nommés par l’entreprise. Avec ce système, l’entreprise forestière s’avère à la fois être juge et partie!2
De plus, puisque chaque comité CSA détermine les objectifs d’aménagement, ceux-ci peuvent être plus ou moins rigoureux d’une région à l’autre. Comment un acheteur peut-il se fier à la certification CSA si les standards élaborés sont variables? À l’opposé, toutes les sociétés forestières engagées envers la norme FSC doivent se conformer aux mêmes exigences environnementales, adaptées à leur contexte biogéographique3. Enfin, la norme boréale a été définie par des experts indépendants et s’assure que la compagnie doit se conformer à des exigences de performance élevées en matière d’aménagement écosystémique, d’évaluation environnementale et de suivi, en plus de protection des valeurs sociales et autochtones.
Le processus de certification de la norme CSA comporte à notre avis une autre lacune importante. Contrairement à la norme FSC, les constatations et demandes d’action correctives émises par le comité de suivi ne sont pas rendues publiques4. Ce processus manque de transparence.
Enfin, plusieurs critères au cœur de la certification FSC et qui sont fondamentaux pour la préservation de la biodiversité sont tout simplement absents de la norme CSA. Cette norme ne tient pas compte des espèces menacées et ne favorise pas la protection des forêts à haute valeur de conservation. De plus, la norme CSA permet la conversion de forêt naturelle en plantation et l’utilisation d’arbres modifiés génétiquement.5
Pour terminer, il ne faut pas ignorer le volet économique lié aux différentes certifications. La longue liste de clients, ici comme ailleurs, qui donne la préférence à la certification FSC témoigne d’une tendance marquée dont le Québec devrait profiter pour s’assurer d’être concurrentiel dans des marchés de plus en plus exigeants sur le plan environnemental. Au Canada seulement, le nombre d’imprimeurs certifiés FSC est passé de 18 à 120 en moins de deux ans6. Peut-on en dire autant de CSA? Sommes-nous en mesure de nommer un seul acheteur qui explicitement donne la préférence à la norme CSA ?
Ceci étant dit, nous sommes d’accord avec Madame Huybens sur un point important : la certification FSC ne remplacera jamais la Loi sur les forêts. La réforme du régime forestier instauré en 1986 se fait attendre. Il est clair que la loi actuelle doit être beaucoup plus rigoureuse et performante pour assurer une gestion forestière responsable.
Cordialement,
Mélissa Filion,
Responsable de la campagne Forêt boréale, Greenpeace.