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Le 22 avril dernier, dans une manifestation organisée par la Coalition Québec-Kyoto, la nouvelle ministre de l’Environnement, Line Beauchamp, est venue dire ceci aux manifestants. « Pour moi, le mot-clef durant ce mandat, ce sera le mot exigence. Je serai exigeante en votre nom face aux industriels. Je serai exigeante en votre nom face au ministère de l'Environnement du Québec. Je serai exigeante avec moi-même et vous pouvez être exigeants vis-à-vis de moi ». Et puis, après nous avoir dit qu’une de ses trois priorités serait le développement de technologies vertes, madame Beauchamp nous a dit qu’elle était prête à écouter, qu’elle voulait nous écouter, qu’elle nous implorait de lui parler pour qu’elle nous écoute.

Madame Beauchamp, on veut bien vous parler là.
Mais tsé c’est que…
(sur le ton de la confidence)
Vous avez une grosse banane dans l’oreille.
Une banane nommée Desmarais, Power Corporation, Gaz de France, Suez.
Une grosse République de banane dans l’oreille.
Dirigée depuis le domaine Sagard, dans Charlevoix, propriété des Desmarais.
Mais Sagard, justement Sagard…
Sagard-mal-votre affaire madame Beauchamp.
Sagard-mal votre affaire monsieur Charest.
Sagard-mal votre affaire monsieur Desmarais.

En décembre 2004, Nicolas Sarkozy a séjourné à Sagard.
C’est un ami proche de monsieur Desmarais.
Jusque là tout va bien.
Mais ça se corse quand le PLQ obtient un gouvernement minoritaire, le 26 mars.
Desmarais sent le tapis commencer à lui glisser tranquillement sous les pieds.
Mais, oh, surprise, le 6 mai, son ami, Nicolas Sarkozy est élu président de la France.
Quelle chance! Ce soir-là, on rapporte dans le Figaro que Desmarais père fête la victoire avec Sarko ou célèbre restaurant Le Fouquet’s.
Peu après, Sarkozy émet publiquement la possibilité d’une fusion entre Suez et Gaz de France ou entre Total et Gaz de France. Power Corp a des intérêts dans Total. Mais pas encore dans Suez. Le 4 juillet, pour la fête nationale des Américains, le BAPE remet son rapport sur Rabaska. Cadeau du ciel : le BAPE annonce que Rabaska constitue que un projet qui présente des risques mais des « risques acceptables ».

Un mois plus tard, le 5 août, après avoir rencontré Bush à Kennebunkport, Sarkozy revient hanter les couloirs de Sagard, en visite privée.
Deux mois plus tard, le 4 octobre, surprise, le gouvernement retire le dossier de Rabaska à la Commission de protection du territoire agricole (CPTAQ) et refuse du coup de déférer le dossier à la Régie de l’énergie.
Dix jours après ce scandale, ô surprise des surprises, ô pure coincidence : Suez, une entreprise française propriété de Desmarais, fusionne avec Gaz de France, partenaire du projet Rabaska.
À peine neuf jours s’écoule alors…
Et le 24 octobre, coincidence suprême, Québec va de l’avant officiellement avec Rabaska.

M. Desmarais doit réaliser une chose : Nous vivons dans un état de droit. M. Charest doit réaliser qu’il a la responsabilité de gouverner cet état de droit. M. Béchard doit réaliser que son rôle est de s’assurer que ce projet ne va pas à l’encontre des règles collectives que nous nous sommes donnés au fil des ans dans cet état de droit. Et Mme Beauchamp doit réaliser que son rôle est que ce projet respecte les normes environnementales que nous nous sommes données dans cet état de droit.

Si ces rôles et prérogatives ne sont pas respectées, nous avons pour responsabilité collective de leur faire entendre raison. Rabaska est un mauvais projet, bien sûr. Mais pour aucune raison au monde une société ne doit accepter de se faire passer sur le corps comme le gouvernement du Québec est en train de faire sous l’influence de Paul Desmarais.

Le processus d’examen du projet Rabaska a été manipulé du début à la fin. Il a été corrompu.
On a nommé William Cosgrove à la direction du BAPE, un ardent défenseur du privé et des industriels.
On a limogé Thomas Mulcair, qui s’opposait et s’oppose toujours à Rabaska.
On a remplacé Mulcair par Béchard, l’homme de main de Charest, l’homme des basses œuvres de Charest. Ça nous a donné Orford. Ça nous donne maintenant Rabaska.
On a désinformé la population sur Cacouna et Rabaska.
On a camouflé le fait que le gaz importé vise à répondre directement, par Cacouna, et indirectement, par Rabaska, aux besoins énergétiques des Etats-Unis.
On a délégué aux audiences du BAE des fonctionnaires vendus à Rabaska.
On a permis au BAPE de faire des recommandations biaisées. Le BAPE n’a fait aucune contre-expertise indépendante des avancées faites par les promoteurs de Rabaska.

Voilà de grands mépris :
Mépris par le gouvernement Charest des lois de l’environnement et du développement durable.
Mépris de la Loi sur le développement durable
Mépris de la Loi sur la protection des espèces menacées ou vulnérables
Mépris de la Loi sur la qualité de l’environnement
Mépris de la Loi sur la protection des terres agricoles
Mépris du principe élémentaire de précaution.
Mépris de la commission de protection du territoire agricole (CPTAQ).
Mépris des résidents de proximité au terminal. On banalisé les risques et impacts sur leur santé.
Mépris du patrimoine historique et touristique de la région de Québec au profit des grands actionnaires des promoteurs et au profit de Desmarais.
Mépris de l’intérêt supérieur des Québécois au profit des intérêts du capitalisme sauvage.
Mépris de l’environnement.
Mépris de l’état de droit.

Ce gouvernement est prêt à tout.

Avec pour résultat aujourd’hui que rien n’est crédible.
On exige que le processus d’examen soit refait. De façon rigoureuse et objective.
On exige la CPTAQ.
On exige la Régie de l’énergie.

Pourquoi, pourquoi cet empressement, pourquoi ce désastre?
Ce mépris de la démocratie?
Ce mépris de l’état de droit?

Depuis 2000, la famille Desmarais a versé 165 000 $ au PLQ
La riche famille Desmarais, qui dispose de la 7e fortune en importance au Canada, a contribué pour environ 165 000 $ au Parti libéral du Québec, depuis 2000. Tous les membres de la famille, du patriarche aux petits-enfants, ont fait des contributions personnelles aux libéraux. La plupart ont donné le maximum autorisé, soit 3 000 $.
Même le petit-fils de l’ex-premier ministre libéral du Canada, Jean Chrétien, a donné 9 000 $ aux libéraux du Québec en 3 ans. Les Desmarais n’ont donné à aucune autre formation politique au Québec.
Mais ce n’est pas tout. Presque tous les membres des conseils d’administration de Power Corporation ont remis des dons personnels. La somme atteint près de 120 000 $. Au total, ça fait 285 000 $ qui ont été donnés au Parti libéral du Québec par les proches de la famille Desmarais.

Y’a vraiment des coups de pied au cul qui se perdent au Québec.

Mais j’ai des bonnes nouvelles pour Mario et Pauline.
Les Libéraux abdiquent.
Les Libéraux se savent en sursis.
Et monsieur Desmarais sait très bien qu’ils le sont.
Pour lui, c’est la fin du PLQ.
C’est la fin de Jean Charest.
Voilà ce qui se cache derrière l’empressement à adopter Rabaska.
Le PLQ vivant sur du temps emprunté, le contrôle des Desmarais sur l’agenda du projet de Rabaska apparaît compromise.
Ça sent le roussi.
Ça sent la fin de règne.
Ça sent le changement.

Pis j’ai des bonnes nouvelles pour vous autres.
Cet empressement dit que les Desmarais… ont peur.
Ils ont peur de perdre le contrôle sur le gouvernement.
Ils ont peur de perdre Rabaska.
Ils ont peur de… vous autres.
Faque ils se dépêchent…
Ils retirent Rabaska au CPTAQ.
Ils refusent de soumettre Rabaska à la Régie de l’énergie.
Ils adoptent en vitesse grand V.
Les Libéraux sont tout contents de livrer la marchandise.
Ils pensent que comme ça, les Desmarais s’en iront pas à l’ADQ.

Alors, puisque c’est comme ça que ça marche…
Monsieur Desmarais.
Voulez-vous qu’on vous montre c’est quoi un état de droit?
Voulez-vous qu’on vous montre c’est quoi le pouvoir de la rue?

À votre place, je ferais attention.
Votre ministre Beauchamp, est prête à nous écouter.
Ben, madame Beauchamp, écoutez ben ça :
M’as vous le dire ce qu’on va faire, madame Beauchamp.
Vous voulez qu’on soit exigeants hein.
Ben on va EXIGER.
On va exiger que vous abandonniez Rabaska, comme aujourd’hui.
On va l’exiger demain.
Pis on va l’exiger après-demain.
Pis la semaine prochaine.
Pis la semaine d’après aussi.
On va exiger aussi que vous, là, les Libéraux, vous nous redonniez notre état de droit.
On va exiger du respect.
Du respect pour l’environnement.
Pis du respect tout court.

Le gouvernement a déclaré la guerre à l’état de droit.
Alors, il faut que tout le monde mette la main à la pâte.
Il faut que toute la société mette du sien…

Pis là, je pense qu’à ce moment-là on va voir ce qui arrive quand madame Beauchamp écoute vraiment.
Quand madame Beauchamp, monsieur Béchard et monsieur Charest deviennent exigeants avec monsieur Desmarais.

Non à Rabaska.
Non aux ports méthaniers.
Vive la coalition des groupes environnementaux.
Vive les opposants.