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Les troncs, les cimes et les branches laissés en forêt, qui sont à la source des projets de biomasses, ne sont pas des déchets, mais plutôt de la matière organique essentielle pour maintenir la qualité des sols.
AgrandirIl existe certains risques potentiels en lien au développement de la filière énergétique à partir de la biomasse forestière. Avant de déclarer que la biomasse forestière est une énergie verte, le Québec a-t-il bien examiné tous les aspects du cycle de vie de la ressource ? Quels ont été les critères d’évaluation utilisés par le gouvernement pour déterminer quels projets d’utilisation de la biomasse sont compatibles avec le développement durable ? L’utilisation accrue de la biomasse forestière ne menace-t-elle pas la biodiversité et les écosystèmes forestiers ? L’utilisation massive de la biomasse forestière ne va-t-elle pas augmenter l’érosion et/ou l’acidification des sols ?
Il est vrai que certaines bioénergies qui affichent un bilan énergétique net et global élevé tout en ayant une faible teneur en carbone peuvent aider à réduire les émissions de GES lorsqu’ils remplacent des énergies fossiles comme le pétrole, le charbon ou le mazout. Cependant, ces nouveaux combustibles ne doivent en aucun cas détruire des écosystèmes intacts ou dégrader des écosystèmes déjà fortement fragilisés par des opérations forestières industrielles existantes.
D’emblée, certains critères doivent être mis de l’avant. Toute production de bioénergies doit répondre aux conditions suivantes :Les troncs, les cimes et les branches laissés en forêts, qui sont à la source des projets de biomasses valorisés par le gouvernement, ne sont pas des déchets, mais plutôt des matières organiques essentielles afin de maintenir la qualité des sols. Les branches et autres «résidus» forestiers sont la source même de nutriments essentiels pour favoriser la régénération des prochaines générations d’arbres et de forêts, déjà confrontés à croître sur des territoires dégradés et appauvris en nutriments.
Outre l’aspect énergétique potentiellement intéressant, il importe de considérer de façon globale le rôle que joue la biomasse dans la lutte aux changements climatiques. Or, l’exploitation forestière qui précède la récolte de la biomasse peut avoir des conséquences néfastes sur le réchauffement planétaire. Un rapport international publié par Greenpeace démontre que les coupes à blanc entraînent une augmentation des émissions de carbone, une réduction de la capacité de stockage de la forêt et une accélération de la fonte du pergélisol. Elles réduisent également la résistance de la forêt aux conséquences des changements climatiques. De telle sorte qu’à son tour, la forêt engendre de nouvelles émissions de GES, ce qui finit par créer un cercle vicieux où le réchauffement détériore la forêt qui, une fois dégradée, augmente le réchauffement. Dans certains cas, les forêts continuent à émettre des émissions longtemps après qu’on y ait fait des coupes - pendant plus de 10 ans, et cela, même s’il y a du reboisement.
On apprend aussi que la majorité du carbone en forêt boréale se retrouve dans le sol, et que pour atténuer le réchauffement planétaire et diminuer les émissions de GES dès maintenant, il faut protéger les forêts intactes qui stockent d’importantes quantités de carbone. Malgré tout, le gouvernement ne tient pas en compte ces éléments dans ses calculs des émissions de GES évités par l’utilisation de la biomasse.
Greenpeace presse le ministère des Ressources naturelles et de la Faune à compléter des analyses de cycle de vie (impacts environnementaux et sociaux élargis inclus) et de cycle du carbone de façon complète (les émissions reliées à l’exploitation forestière, au transport et à la transformation inclus) pour tous les projets de bioénergies et de les soumettre à un examen public.
Bref, les bioénergies peuvent jouer un rôle non négligeable dans la lutte aux changements climatiques. Il ne faudrait cependant pas croire que les bioénergies représentent une solution miracle au problème de l’utilisation non durable de l’énergie. Son utilisation doit absolument s’accompagner de mesures politiques et sociales afin de réduire la consommation d'énergie, d'augmenter l’efficacité énergétique et d’interdire la dégradation des écosystèmes forestiers déjà fortement fragilisés par l’exploitation forestière.