Des thons rouges nageant dans une cage de transport. Greenpeace intervient contre les menaces pour la mer et demande la mise en place d’un réseau de réserves marines à grande échelle pour protéger la santé et la productivité de la mer Méditerranée.
C'est du moins ce que Greenpeace a révélé aujourd'hui au Sommet sur les produits de la mer de Barcelone, en Espagne, en dévoilant un rapport international intitulé Une industrie mise au défi : Vers une aquaculture durable. Ce rapport est l'œuvre des scientifiques du laboratoire de Greenpeace de l'université d'Exeter, en Grande-Bretagne. Ceux-ci font état des mesures les plus urgentes à prendre pour remplacer les pratiques destructrices d'aujourd'hui par des pratiques durables.
Les effets néfastes de l'aquaculture sont nombreux, selon les chercheurs : destruction de l'habitat, contamination des poissons sauvages par les poissons d'élevage, épuisement des réserves sauvages utilisées comme moulée, modification de la chaîne alimentaire, menaces à la sécurité alimentaire et aux droits humains...
Face au déclin continu des réserves de poissons sauvages, la demande pour les produits d'aquaculture (ex. : les crevettes, le saumon, le thon et le tilapia) a monté en flèche. À l'échelle mondiale, l'aquaculture est devenue le secteur de production alimentaire d'espèces animales connaissant la plus forte croissance et fournit près de la moitié (43 %) de tout le poisson consommé par les humains. En 2005, la production mondiale de mariculture (l'aquaculture en milieu marin) était de 18.9 mille tonnes et la production en aquiculture (en eau douce) totalisait 28.9 tonnes.
Or, le prix de l'actuelle abondance de fruits de mer dans nos supermarchés est beaucoup plus cher qu'il n'y paraît dans nos poches. En effet, les impacts sociaux de l'aquaculture se font sentir de par le monde. Au Sri Lanka, 74 % des communautés côtières dans des régions d'élevage de crevettes n'ont plus d'accès direct à l'eau potable, en raison des baisses de niveau et de salinité de l'eau potable. Au Chili, les conditions de travail sont telles dans l'industrie du saumon qu'elles ont eu pour conséquence la mort de 50 personnes au cours des trois dernières années, de plus longues heures de travail conjuguées à de plus bas salaires, de même qu'un accroissement notable des plaintes pour harcèlement sexuel. Les chercheurs ont également relevé des abus aux droits humains dans 11 pays où la culture de la crevette est pratiquée. Seulement au Bengladesh, on note qu'environ 150 meurtres directement ou indirectement liés à l'aquaculture ont jusqu'à ce jour été commis.
Les Canadiens font face à un enjeu environnemental de taille dans ce secteur. Avec une industrie de l'aquaculture qui a quadruplé de taille et de valeur en 15 ans, nos espèces marines et nos eaux éprouvent des problèmes sans cesse croissants. À titre d'exemple, des recherches récentes en Colombie-Britannique suggèrent que les infections de poux du saumon d'élevage causeront le déclin de 99 % de la population de saumon rose sauvage en seulement quatre générations…
Les chercheurs ont également observé les effets dévastateurs que la pollution issue des excréments et rejets de moulée des espèces en élevage peut avoir sur l'ensemble des écosystèmes au pays. Ainsi, une ferme de saumons qui compte 200 000 poissons libère une quantité de matière fécale aussi importante que les nutriments rejetés dans les eaux usées d'une localité de 65 000 personnes. En Colombie-Britannique, plusieurs fermes de saumon contiennent quatre à cinq fois ce nombre de poissons.
Les chercheurs notent entre autres une réduction de la biodiversité à proximité des installations d'aquaculture. En effet, ils ont observé que très peu d'espèces peuvent survivre dans l'environnement aquatique privé d'oxygène que créent les déjections et rejets de moulée des poissons d'élevage. Des recherches à proximité de fermes d'aquaculture de la baie de Fundy, au Nouveau-Brunswick, ont également démontré qu'après seulement cinq ans d'aquaculture, la diversité chutait de façon importante jusque dans un rayon de 200 mètres des unités de production. Notez que dans cette célèbre baie, qui contient la concentration la plus élevée d'élevages de saumon au Canada, la pêche traditionnelle est totalement interdite.
Les effets ne s'arrêtent pas là. Par exemple, les mécanismes choisis par cette industrie pour éloigner les prédateurs peuvent blesser les espèces ou les exclure de leur habitat naturel. De plus, les zones de pêche traditionnelle sont déplacées au gré de la construction de fermes d'élevage dans des habitats essentiels tels que les frayères, les routes de migration…
Plusieurs solutions sont proposées par les chercheurs de l'université d'Exeter dans ce document. La pratique de l'aquaculture multitrophique (plusieurs espèces à la fois : poissons, coquillages, algues…) ou de la culture aquaponique (en recyclant les eaux usées de l'aquaculture) afin de cultiver, à titre d'exemple, des légumes dans un système à boucle d'eau fermée fait partie de ces solutions. À l'heure actuelle, ces deux types de cultures sont pratiqués dans certaines installations au Canada.
À la lumière de cette étude, Greenpeace demande aux supermarchés, marchés et restaurants de bannir de leurs activités commerciales tous les produits d'aquaculture issus de pratiques non durables et d'exiger de l'industrie qu'elle assainisse sa production.
Greenpeace demande aussi l'introduction d'un moratoire sur toute approbation de nouveau site d'aquaculture au Canada, un gel des niveaux de production en élevage en cages ouvertes, une réduction des niveaux actuels de production, et un mouvement vers des systèmes fermés dans les eaux canadiennes. Greenpeace estime que les systèmes fermés, la culture de mollusque, et les pêches industrielles ne peuvent être durables que si une approche de gestion écosystémique est privilégiée au pays, dans le cadre d'un réseau de réserves marines entièrement protégées couvrant 40 % des océans du monde.
Enfin, les chercheurs de Greenpeace de l'université d'Exeter présentent aux supermarchés, marchés, restaurants et différents producteurs une série de recommandations pour aider une industrie à s'engager dans la bonne direction.